Mardi 2 Juin
Arbre de sensualité

Ce mardi, les musiques sacrées se conjuguent au féminin. Une douceur sensuelle, les relents d’un parfum délicat embaument l’air, s’unissent à ses sons.
Deba des femmes de Mayotte: l’appel de la mer
Leurs visages irradient, baignés d’une joie paisible, un reflet de soleil égaré dans leurs yeux, une ombre fugace glissée sur leurs joues… Leurs robes blanches et violettes à l’unisson, bijoux d’or ciselés qui répondent aux rayons irisés, mains peintes de dentelles de henné : les femmes de Mayotte resplendissent d’une beauté fière et sereine. De leur île de l’Océan Indien, jamais elles n’ont songé venir jusqu’ici, au Maroc, pour présenter le « deba », pratique culturelle et cultuelle, jouée lors des mariages, des retours des pèlerins de la Mecque, des célébrations de fêtes villageoises…Imprégné de spiritualité soufie et de la louange d’Allah, le deba relève du quotidien maorais, constitue, par-delà la musique, une réunion festive des femmes, un bonheur social et naturel, né de la joie d’être ensemble, de vibrer en harmonie. Leurs danses, intimes mais si fortes qu’elles inondent le public, laissent osciller leurs corps de droite à gauche, doucement, tendrement, soutenus par le battement des percussions, un seul cœur…et leurs mains de s’élever vers les branches du chêne. Des mouvements qui rappellent le ressac de la mer, son flot calme et cyclique, qui convie l’immensité, et l’éternité, une croyance en l’au-delà et en la beauté d’un infini présent. Constitué de soli et de répons, leur art a été sacré « Prix France Musique des Musiques du monde 2009 ». Et pourtant : leur chant ne relève pas de la scène, mais de l’intime, d’une musique au naturel et sans artifice, qui sait aussi s’orienter vers le public, propage, ininterrompu son flux généreux.
Souad Massi, le manifeste de la douceur
Un autre moment d’émotion palpable fut le concert de Souad Massi. Une voix ténue et délicate, qui délivre sa force dans la fragilité, une sincérité de chaque instant, une présence qui met sur scène son âme en jeu, pour toucher la nôtre. De chansons douces qui convient nos rêves et nos nostalgies, des airs plus rythmés qui laissent sourdre une irrésistible envie de danser et d’aimer la vie : entouré d’un guitariste, d’un joueur de oud, et d’un percussionniste au doigté délicat, Souad Massi investit l’espace du palais Bab Makina, sait capter l’attention et l’émotion du public, par un charme extrême, aux sonorités rondes, retenues, gracieuses, mais qui s’impose au fil d’un art tissé avec le cœur. Un naturel là encore, qui renie tout artifice, mais se livre, libre, rayonnant. Le public ne s’y trompe pas : au souffle de Souad, il suspend le sien, retient ses larmes, peut-être, salue le sublime d’une prestation divine, qui parle de transcendance et d’humanité. Demain mercredi, Souad rejoue sur la place populaire Boujloud. La communion avec le public devrait être intense. Un moment d’exception que vous retrouverez en vidéo sur le site de Mondomix ! Arrivé à mi-parcours, le festival explore plus avant les chemins du sacré. Une spiritualité tissée de tolérance, d’émotion et de sensualité, qui s’approche du divin sans renier l’humain. Un sacré qui révèle que chaque homme est un arbre, enraciné dans le sol de ses traditions, le poids de ses habitudes et la pesanteur de son quotidien, mais dont les branches, inlassablement, cherchent le ciel.
A demain.
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