en direct de Fès au Maroc !
Entre le sublime Radif iranien de Mohammad Motamedi, le puissant gospel de Marwa Wright et les chants orthodoxes de Divna le festival s'annonce de toute beauté. Vivez avec Mondomix cette nouvelle édition du festival des musiques sacrées du monde à Fès au Maroc !
H-Kayne figure de proue de la scène hip hop marocaine.
Dimanche 31 mai
Arbre du temps
Trio azéri
Le son délicat du grand tambourin daf s’envole, soutenu par les mélopées de la vièle à pique kamantché, et les improvisations tricotées au luth târ. L’après-midi intimiste du musée Batha lève le voile sur une tradition musicale d’Azerbaïdjan, reconnue depuis 2003 comme « chef d’œuvre du patrimoine immatériel de l’Humanité » par l’Unesco : tissé d’influences de maqam iranien, de radif perse, et de makam turc, le mugham plonge dans l’héritage des bardes ashiqs qui arpentaient naguère le pays, pour réaliser un art à part entière, vif et fidèle à son histoire, dont le principal interprète reste Alim Qasimov. Sur scène, le courant musical circule ininterrompu entre les trois protagonistes, menés par le chanteur et percussionniste Zabit Nabizadé. La main sur l’oreille, regards échangés, austérité infaillible: le mugham puise avant tout à l’intérieur, explore les mondes d’une transmission de maître à élève. Pour cette raison, peut-être, reste-t-il difficile à une oreille inaccoutumée, de percevoir les nuances subtiles et colorées, d’obtenir les clés de cet univers aux charmes spécifiques. Derviches tourneurs, de l’Eternité à la Modernité. Paume droite orientée vers le ciel pour accueillir la grâce d’Allah, gauche dirigée vers la terre pour l’y répandre, visage immuable et solaire, sur lequel glisse le fil du temps, tourbillons harmonieux de robes immaculées, transe….la troisième nuit offre la scène de Bab Makina aux rondes des derviches tourneurs : d’abord la cérémonie traditionnelle, puis une relecture contemporaine, interprétation, sublimation du chorégraphe turc Ziya Azazi. Un lien temporel et esthétique qui unit avec une pertinence pleine de poésie, les deux parties. Tuilage de voix, respiration cadencée : la musique de la confrérie des Mevlevi de Konya – chants, vent du roseau ney, élan du daf –va crescendo, d’un souffle de vie à l’exaltation, qui accueille la cérémonie. Fondé par Djalaleddin Rumi, l’ensemble perpétue à la lettre le mystère d’une tradition née au XIIIème siècle. Selon la légende, le mystique, poète et penseur soufi se promenait dans le bazar de Konya, lorsqu’il entendit la sonorité du marteau de l’orfèvre sur l’or. A l’apparition de ce chant cristallin, son âme s’envola et il se mit à tourner sur lui-même, en extase. Ainsi naquit la danse des derviches tourneurs…qui inspire aujourd’hui un jeune chorégraphe d’Istanbul. La trompette du musicien Serge Adam, une machine, des boucles électroniques tribales et minimalistes… : sur les planches, un danseur « post-dervichien » s’élance. Ses mouvements cycliques, son visage immobile, reflètent la première partie, trahie, transcendée, par la couleur d’une robe caméléon. En un tournoiement d’étoffe, il ôte ses attributs, envoie en l’air ses drapés, disques planants chargés d’émotion, réapparait vêtu d’un justaucorps blanc. La danseuse Su Günes Mihladiz, le rejoint pour des duos tendres et exaltés, qui revisitent un tango, la parade d’un toréro. Ici, le thème principal de la danse reste le cercle, le tourbillon : un art concentrique, inlassable et acharné, métamorphose des icônes, des images et des couleurs, qui sublime la tradition pour toucher l’universel. Danseur contemporain, Ziya Azazi décide de consacrer ses recherches chorégraphiques aux derviches tourneurs pour renouer avec ses racines, et accéder à la grâce de l’inconnu, aux secrets non divulgués. Au fil de la création Icons réalisée en partenariat avec les 38ème Rugissants de Grenoble, au cœur de cette beauté partagée et de ce régal esthétique, nous y parvenons avec lui. Une belle soirée, qui laisse s’épanouir, à Fès et au présent, la résonnance des traditions.