en direct de Fès au Maroc !
Entre le sublime Radif iranien de Mohammad Motamedi, le puissant gospel de Marwa Wright et les chants orthodoxes de Divna le festival s'annonce de toute beauté. Vivez avec Mondomix cette nouvelle édition du festival des musiques sacrées du monde à Fès au Maroc !
Galerie photos, festival des Musiques Sacrées du Monde, Fès, Maroc.
VIDEO
Toumani Diabaté, griot du Mali
Samedi 6 juin
Arbre d’apothéose
Le soleil se lève sur le neuvième matin du festival, l’ultime de cette quinzième édition. Avec chaque fois, cette impression ambivalente de longue traversée et de fulgurance, d’une vie passée ici résumée en une poignée de secondes. Le temps de s’installer, de prendre ses repères, qu’il faut déjà repartir, les valises alourdies de souvenirs glanés au pas de course dans la Médina – babouches, sacs à main, tapis, bijoux…–, la tête riche de musique, les yeux chargés de fatigue et d’images.
Le chêne, sa fraîcheur, son écorce et sa force manqueront au retour. Je tâche d’en rapporter l’esprit, de garder en mémoire l’un de ses nœuds. Sous son ombre, une étrange cérémonie se déroule. Une assemblée d’une quinzaine de personnes, composée de femmes en robes pailletées et d’hommes assis en demi-cercle les yeux clos, remue doucement au son de la musique. Une polyphonie rythmique de quatre dafs, scandée par des interjections, laisse s’épanouir la plainte de la vièle kamantché, le feutre particulier de la clarinette dozalé, le souffle originel du ney, le chant pénétré et le swing du tanbur. D’intimiste et timide, la musique se fait progressivement rythmique et festive, une explosion de joie qui convie des danseurs au centre de la scène. Ravi, le public bat des mains à tout rompre, se trémousse, devant cet art inouï, expressif et jouissif. L’ensemble iranien Razbar perpétue la musique de l’ordre mystique des Ahl-e Haqq ( « Les Gens de la Vérité ») fondé au Moyen Age par Soltan Eshap , qui rassemble des adeptes dans les régions kurdes d’Iran, Iraq, et Turquie. Si elle relève du chiisme, la confrérie reste parfois considérée comme transgressive par rapport à l’orthodoxie de l’Islam. Le trait d’exception le plus évident demeure la mixité sexuelle du rituel, rarissime dans le monde arabo-musulman. Sur scène, l’Ensemble Razbar donne à voir une tradition jusque-là inaccessible aux non-initiés, mais ne permet pas aux journalistes de la filmer. Les images ne prendront corps que dans les esprits et les mots, tandis que les chaises du musée Batha s’empilent. Ca y’est… Le salut de Toumani Diabaté
Les légendes celtiques de Loreena McKennit devaient clôturer le festival, mais l’annulation de dernière minute de sa tournée européenne convoque finalement au sein de Bab Makina, les notes virtuoses de la kora. Il appartient de fait au prodigieux Toumani Diabaté de remplacer la Canadienne au pied levé. Au Maroc, l’empereur de la harpe mandingue ne foule pas une terre inconnue : en 2003, il avait reçu au festival Mawazine de Rabat, le Zyriab des Virtuoses, prix de l’Unesco. Entouré de son groupe électrique, de ses gimmicks jazzistiques et improvisations de haut vol, il grise la foule de Bab Makina, qui se risque à d’audacieux déhanchés – un miracle ! Lorsqu’il quitte les planches, toutes les confréries soufies présentes sur le festival investissent la cour du Palais jusqu’à la scène. Averti quelques minutes avant son show, le divin malien revient pour élaborer avec tout ce beau monde, un final en apothéose : la magie de la musique, définitivement hissée au rang de langage universel. Point d’orgue, sous vos applaudissements
Sur ce bel épilogue, s’achève donc la quinzième édition du Festival des Musiques Sacrées de Fès, qui aura vibré de beaux concerts, de conférences (menées de main de maître par Nadia Benjelloun) dont nous ne percevrons hélas les échos alléchants qu’à travers les pages du programme. Cette année, la manifestation a prouvé son éclectisme, d’un enracinement dans la tradition à une vision large et contemporaine du sacrée, de moments de recueillements à des prestations plus exaltées. Gageons qu’elle saura, dans les années à venir, préserver cette volonté d’ouverture et cet ancrage au présent. Big up à M. Gérard Kurdjian, son directeur artistique ! Bravo à Lamia et Laila… Salut à Zina et sa tente TV5, Antoine et Touareg Prod, nos compagnons journalistes (Synapse, Le Figaro, National Geographic…) qui ont comme nous escaladé l’arbre de vie pour tâcher d’en récolter les fruits. Laissons à Omar Khayaam, le mot de la fin : « L’arbre de la tristesse, ne le plante pas dans ton cœur/Relis chaque matin le livre de la joie ». Belle leçon. A l’année prochaine, donc. Leïla Saïda. Longue vie. Anne-Laure Lemancel