Paris - Argenteuil - Sannois / 13-21 octobre 2000
Un festival sur les rencontres des musiques ethniques et électroniques, c'est un peu vouloir dresser un constat sur l'état le plus actuel du métissage.
L'Orchestre Maquisard International au festival Etnotek 2000
21 octobre 2000
Samedi 21 octobre
L'équipe du festival est un peu démoralisé par l'absence du public (apparemment, le prix indiqué par la Fnac est trop cher, plus de 500 francs la soirée, c'est dissuasif..) et pourtant tout le monde est porté par la soirée d'hier. Ce soir, cela devrait être plus calme, ne serait ce que parce que les concerts ont tous lieu au Trabendo (ce qui va nous éviter de cavaler toute la soirée entre les deux salles).
A 20h 30, Kohan monte sur scène. Drôle de groupe cyberceltique, qui mêle rock noir, électronique et ballades celtes tout en chantant son amour de la vie en breton. Au duo guitare/ batterie répondent les machines et le chant de Sylvère, moulée dans une robe rouge (pas de problème, elle peut...), curieux cocktail de théâtralité et de petite fille écorchée. En les écoutant viennent des réminiscences de Björk, des Cranberries mais le groupe a son public de fidèles et on les sent sincères dans leur démarche. Attirance pour le côté noir de l'existence pour mieux en faire ressortir la beauté, allégorie de la Nature où les machines viennent célèbrer les éléments, leurs chants sont à la fois desespérés et généreux.
Avec Digital Bled, on bascule dans tout autre univers. Pedro, le leader de la formation, a beaucoup travaillé avec le styliste Xuly Bet et cela se sent. Digital Bled est un collage d'images, de matières sonores, qui amène plus vers un ressenti que vers un message. Chaque membre monte sur scène vêtu d'un costume traditionnel (Pedro, bien que d'origine portugaise, porte un burnous car ce vêtement reflète son métissage intérieur) et les paroles des chansons sont plus des prétextes sonores que de véritables textes. Digital Bled est un conglomérat d'immigrés d'ici et d'ailleurs qui veulent célèbrer le Paris cosmopolite et contemporain. On regrette la simplicité des samples et certaines facilités musicales. La salle est partagée : quelques spectateurs grincent des dents "c'est de la musique colonialiste", tandis que d'autres dansent comme des fous.
A minuit et demi, monte enfin sur scène l'Orchestre Maquisard Intenational. Ils sont un peu tendus car ils présentent là une création (en exclusivité pour Etnotek). Hadja Kouyaté a mis une superbe robe, Douro Sissoko un magnifique costume traditionnel, mais on sent que ce n'est pas pour faire couleur locale. C'est une affaire d'élégance. Les musiciens africains (kora, chant, balafon et djembé) sont presque plus en avant que les occidentaux. Les hommes des machines sont plus attentifs à mettre en valeur les musiciens acoustiques qu'à faire un show technologique. Et si Jeff Sharel se met illico au diapason, Fred Galliano a plus de mal à entrer (d'ailleurs au final, il préférera jouer des percussions plutôt que de risquer de faire rater l'histoire en s'y immisçant coûte que coûte). Avec l'Orchestre Maquisard (allusion à ceux qui prennent le maquis mais aussi clin d'oeil aux maquis, ces cafés africains semi-clandestins) Intenational, l'électro roots est passé à une vitesse supérieure : on assiste à une réelle collaboration entre musiciens acoustiques -en l'occurence africains- et électroniques, où chacun est à égalité, sans démagogie (Frédéric, Hadja et Jeff l'expliquent parfaitement dans leur interview). Et le résultat est excellent. Balayant les clichés, ils sont en train de construire quelque chose de beau.
Depuis les concerts de l'an passé Mukta a gagné en cohésion. Mais les différents ingrédients qui agrémentent leur jazz un tantinet conventionnel se croisent sans jamais vraiment se rencontrer. Le sitar, les rythmes drum'n bass du dj ou les envolées latino du percussionniste ne quittent guère leur rôle d'ornements. Le mélange semble plus réfléchi que senti et au final leur musique reste plus distrayante que passionnante.
La nuit s'achève au Glaz'art où se produit une belle brochette de Dj. Embrouille, finalement, Fred Galliano ne jouera pas et Dj Awal reste 3 plombes en scène. A la fin de la soirée, Dj Soundar se met enfin derrière les platines. Et là, inutile de se voiler la face, l'évidence se fait : les indo-pakistanais sont bien en avance sur toutes les autres communautés quant à la fusion entre tradition et technologies. Grand seigneur, Dj Soundar invite des chanteurs maghrébins et africains à venir sur son mix en live (mention spéciale à Samir TouKour -frère de Souad Massi- qui met le feu avec son nouvel ami Soundar). Et là, on passe enfin d'une soirée club classique émaillée de Dj doués à un vrai échange, à un partage.
Que sera Etnotek lors des éditions suivantes ? Deux choses sont claires : le public n'a pas suivi (cela dit beaucoup de professionnels importants étaient là) et la programmation était excellente. C'était même l'un des trucs les plus exitants que nous ayons vu sur Paris depuis longtemps. Quoiqu'il advienne de ce festival, nous espérons fort être sur les rangs s'il est d'aussi grande qualité artistique à l'avenir.