Amphithéâtre romain d'El Jem / 25-26 août 2000
Le festival "Découvertes Tunisie 21" se déroulera les 25 et 26 août prochain. En amorce de cette nouvelle édition, voici l'explication d'une mise en place toute en finesse et intelligence au service d'un but culturel et humaniste.
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Takht de Sfax au festival Découvertes Tunisie 21 en 2000
El Jem
Le festival "Découvertes Tunisie 21" se déroulera les 24 et 25 août prochain. En amorce de cette nouvelle édition, voici l'explication d'une mise en place toute en finesse et intelligence au service d'un but culturel et humaniste. Une opération à laquelle nous sommes fiers d'être associés. Un beau pari sous le ciel méditerranéen dans un décor magique.
Loin, loin au milieu des oliviers…
Pour arriver à El Jem, ville située à 200 km environ au sud de Tunis, il faut traverser un long paysage, plat et gris, à mi-chemin entre le désert et la garrigue. Soudain, au loin, se profile une masse qui émerge des arbustes rabougris, a priori un groupe d'immeubles incongrus au milieu de cette campagne sans fin. En se rapprochant, les contours se précisent : c'est en fait un superbe amphithéâtre romain, miraculeusement conservé et à la stature imposante. Et au pied de ce monument magique, on distingue une petite ville aux maisons blanches. Bienvenue à El Jem.
El Jem est une petite localité tranquille, traversée par des cars de touristes qui y font des haltes de 20 minutes, histoire d'arpenter les gradins de l'amphithéâtre et de prendre quelques photos avant de remonter illico dans leurs bus. Dans les rues, on croise des femmes voilées et les débits de boissons ne vendent que des sodas non-alcoolisés. Un peu à l'écart de l'agglomération, a été construit un hôtel de luxe, le Ksar El Jem, sorte de havre pour occidentaux dans lequel sont logés la plupart des festivaliers. Car, depuis 15 ans, la ville peut s'enorgueillir d'accueillir le prestigieux "Festival International de Musique Classique" qui a pour écrin ce somptueux amphithéâtre, vestige de la splendeur de l'antique cité romaine Thysdrus (rivale de Carthage deux millénaires auparavant). Profitant de l'aura de cette manifestation Yann Crespel, un jeune français envoyé en coopération culturelle par la ville de Romans (France, département de la Drôme), a eu l'idée de monter un autre festival en coopération avec les autorités et la jeunesse locales. C'est ainsi qu'en 1999 sont nées les "Découvertes Tunisie 21". Le concept est issu d'un double constat : d'une part la sous-représentation de la musique tunisienne sur les scènes internationales et d'autre part la quasi absence d'une industrie musicale diversifiée et structurée dans le pays (ceci explique cela… ). En d'autres termes, en Tunisie, il n'y a guère que des orchestres de musique arabo-andalouse (style abondamment diffusé à la télévision et à la radio) ou des types en train de rejouer la bande-son de "Titanic" au synthétiseur dans les mariages. Et entre les deux, un grand vide…
La mécanique se met en place dès la 2ème édition
Depuis maintenant trois ans, l'équipe de "Découvertes Tunisie 21" se bat pour donner une fenêtre de visibilité aux musiques qui ne rentrent pas dans l'un des deux cas de figure. C'est ainsi qu'en août 2000 nous avons pu découvrir le groupe Condor qui -sous la houlette de son leader Khaled Nemlaghi- mêle rock, reggae et influences berbères ou encore Kaïs Ben Mabrouk, un jeune tunisien de 20 ans qui a durement économisé pour acquérir un ordinateur et est peut être l'un des premiers à produire de la musique électronique en Tunisie (son influence majeure est l'album "Oxygène" de Jean Michel Jarre et il s'étonnait naïvement de pas avoir été sélectionné dans un concours sur le web, remporté par Laurent Garnier). Cette anecdote est au fond très révélatrice de l'isolement dans lequel se trouvent les musiciens tunisiens. D'ailleurs on pouvait ressentir un immense décalage entre le public local qui s'enthousiasmait pour certains artistes et les européens, plus dubitatifs quant à l'aspect novateur justement. C'est là que réside l'une des grandes forces de "Découvertes Tunisie 21" : dans cette ouverture hors des frontières. Et si la manifestation est naturellement placée sous l'égide du ministère de la Culture et de la RTCI (Radio Tunis Chaîne Internationale), Yann Crespel s'est attaché à développer des partenariats avec des organismes internationaux tels que le festival Les Suds à Arles, l'Institut Français de Coopération de Tunis, la ville de Romans, le réseau Zone Franche ou des médias (Rfi, RMC Moyen Orient et Mondomix). Grâce à ce retentissement international et en dépit de son jeune âge, le festival a acquis une existence que nul ne pouvait nier. Cela a en outre permis la tenue d'une table ronde (la première depuis bien longtemps) autour d'un état des lieux des musiques tunisiennes et de leur place au sein des musiques du monde. Ce panachage intelligent entre entités nationales et internationales se reflétait dans la programmation. Parrainée par Sonia M'Barek et le jazzman Faouzy Chekili, la manifestation a vu se succéder les artistes locaux sélectionnés (Condor, Mama Africa, Najoua Ben Arfa, Ajrass -chorale qui a remporté le Grand prix du Jury- Kaïs Ben Mabrouk, et Lashab), les arlésiens Fatche d'Eux, les Colombes (groupe tunisien vainqueur de l'année précédente), le prestigieux Takht de Sfax (des maîtres de l'arabo-andalou) et le jazzman Mandhou Bahri (guitariste d'origine tunisienne vivant en France) accompagné de son merveilleux Afro Mediterranean Ensemble.
En route vers le succès ?
L'édition 2001, qui aura lieu les 24 et 25 août, s'annonce sous les meilleurs auspices. Toutes les tendances mises en place l'an dernier se sont encore renforcées. Les partenaires sont encore plus nombreux cette année : à ceux de l'an passé (cités ci-dessus) il faut ajouter l'Etablissement des Radios et Télévision Tunisiennes (dont le président directeur général, M.Abdéraouf Basti a été nommé Président d'honneur de l'opération "Découvertes Tunisie 21"), les chaînes Canal 21 et TV5, le Comité d'Organisation des Jeux Méditerranéens (qui se dérouleront à Tunis le 2 septembre) , les Rencontres Musicales de l'Hérault, Sybel, Mad'Art, l'Office Municipal de la Jeunesse d'Aubervilliers, Planet DZ, le collectif de l'Usine…. Cette collection de partenariats a permis de donner plus d'ampleur à l'organisation même des festivités. En effet, cette année, la sélection s'est déroulée sur plusieurs étapes : un premier appel à candidature a été lancé sur les ondes de la radio nationale tunisienne (épaulé par une grande campagne d'affichage dans tout le pays) ; puis un comité d'écoute a retenu 8 postulants sur les 25 candidatures reçues (déjà beaucoup plus que les années précédentes...). Le 24 mars, les 8 sélectionnés ont effectué un passage sur scène devant le comité d'écoute qui a choisi les 4 finalistes. Un Cd a alors été réalisé - à raison de 2 titres par groupe- et diffusé parmi les médias qui ont ainsi découvert Chiheb Nouri, le groupe Eziz, Khaled Ayari et le collectif Raksh. Le dernier week-end d'août , les prétendants se retrouveront dans l'amphithéâtre d'El Jem. Ils y seront en très bonne compagnie puisque sont également programmés les Soapkills (électro- libanais), Cheikh Sidi Bémol et Zalamite (groupes algériens du collectif l'Usine) ainsi que les Viagem Samba, des arlésiens qui font un gros travail d'atelier percussif dans les banlieues d'Arles et qui s'exportent cette année en Tunisie. Enfin, la tête d'affiche est un musicien virtuose, humble, inventif et généreux : Karim Ziad. Tout ce bel arsenal, organisation et programmation, sert en fait une noble cause. Le vrai objectif de "Découvertes Tunisie 21" est de permettre aux jeunes d'El Jem (regroupés en une association "Arts et Jeunesse El Jem" qui est la structure organisatrice) de prendre les choses en main. C'est ainsi que cette année un jeune de l'association est parti en stage d'ingénieur du son sur le festival "Les Suds à Arles" et un autre devrait venir à l'automne à Aubervilliers pour apprendre le suivi de production sur le festival " Villes des musiques du monde ".
A tous ceux qui partent dans de grands discours creux sur les rapports nord/sud, nous préférons ceux qui humblement retroussent leurs manches et bâtissent. Cela se passe de plus en plus à travers le monde. Et c'est en train de se faire dans une petite ville de Tunisie, à l'ombre d'un amphithéâtre imposant et multi-séculaire qui regarde toute cette agitation avec beaucoup de bienveillance.