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Cuba

Musiques sans embargo
Malgré 50 ans de dictature castriste et un blocus économique injuste, peu d’endroits ont enrichi les musiques du monde comme l’a fait Cuba. Variété, jazz, musiques africaines, retour sur l'histoire de Cuba et de ses héros de musiciens.


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Cuba : musiques sans embargo


Cuba si !

 

Peu d’endroits ont enrichi les musiques du monde comme l’a fait Cuba. Les rythmes afro-cubains, rumba et son, ont influé durablement sur toutes les musiques populaires du XXe siècle, et rien n’interdit de penser que cette influence se perpétuera au XXIe. Variété européenne, jazz, musiques africaines, les deux rives de l’Atlantique se sont enrichies d’apports cubains, principalement rythmiques. L’île semble sécréter une magie infiniment contagieuse, qui ne répand que joie de vivre et plaisir de danser. Pourtant, après le massacre de sa population originelle par l’envahisseur espagnol, après avoir accueilli des esclaves par centaines de milliers, après quarante ans de blocus brutal destiné à punir l’île d’avoir choisi l’indépendance, on pourrait penser que Cuba est un pays sinistré. C’est vrai sur le plan économique, mais la joie demeure, La Havane continue de produire les meilleurs cigares, de l’excellent rhum, et une musique unique par ce mélange de simplicité apparente et de richesse profonde qui fait sa force.

 


De la rumba dans l’air

Les racines africaines de la rumba sont flagrantes, tout d’abord dans l’importance des instruments de percussion, palitos, quinto, tumbadores – les maîtres de la rumba congolaise ne s’y trompent pas, qui se réapproprient cette richesse rythmique. Les influences européennes sont notables dans le danzón, qui ajoute aux rythmes afro-cubains la présence prépondérante des cuivres. C’est le danzón qui sera considéré comme la première musique nationale de danse dans les vingt premières années du XXe siècle. Il va évoluer ensuite en mambo, popularisé dans le monde par Perez Prado (dit le roi du mambo), et chacha- cha, inventé par le violoniste Enrique Jorrin, que l'Orquesta Aragón, créé en 1939, continue encore aujourd'hui d'inclure à son répertoire et de faire voyager. Mais le style propre à Cuba, synthèse de tous ces éléments, c’est le son, caractérisé par l’emploi du tres, version autochtone de la guitare. Les pionniers du son, Antonio Machín, Miguel Matamoros ou Benny Moré, comptent d’innombrables héritiers. Une rupture se produit pourtant en 1959, quand Fidel Castro prend le pouvoir. De nombreux artistes, Celia Cruz en tête, choisissent l’exil, pour la plupart à Miami ou New York. Ils vont donner naissance à la salsa, qui pendant trois décennies incarne à l’étranger la musique caraïbe.

Nueva Trova et santería

La révolution donne naissance à une école, la Nueva Trova cubana, représentée par des auteurs-compositeurs-interprètes cultivant simplicité musicale et textes élaborés. Silvio Rodriguez et Pablo Milanés en sont les principaux représentants. Ils influencent durablement toute la chanson hispanophone, et leurs successeurs sont nombreux à Cuba, le plus notable étant Gerardo Alfonso.

Parallèlement à ces innovations, les styles traditionnels survivent, teintés de santería et autres influences animistes dérivées des rites africains. Mercedita Valdés et le Grupo Afrocuba de Matanzas maintiennent ces traditions.

Le son a la vie dure

Révolution ou pas, le son poursuit son évolution, avec Elio Revé, Celina Gonzalez, La Familia Valera Miranda, Los Van Van ou Sierra Maestra. Groupe de doo-woop cubain, Los Zafiros (avec à la guitare et aux arrangements Manuel Galban qui ressurgira au moment de Buena Vista Social Club et de ses projets annexes) connaîtra un brillant succès au cours des années 60. Irakere, créé en 1972 par le pianiste Chucho Valdés, ajoute au son traditionnel des influences jazz marquées. A partir des années 90, des groupes comme Las Orishas, des solistes tel Manolín « El Médico de la Salsa » ajoutent des éléments de salsa et de hip-hop aux formes classiques tandis qu’une jeune chanteuse, Leyanis Lopez, s’attache au respect de la tradition. NG La Banda, Isaac Delgado, Paulito F. G. développent un nouveau style, la timba, fondé sur un savant mélange de différentes musiques cubaines traditionnelles et d'emprunts aux musiques modernes internationales, avec un soin particulier apporté aux arrangements. Mais il faut attendre 1996 et le Buena Vista Social Club pour que le monde prenne conscience de l’importance et de la vitalité du son. Sous l’égide bienveillante de Ry Cooder, un hommage tardif est rendu aux grands anciens, Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Omara Portuondo et l’immense Rubén Gonzalez, qui est à la musique cubaine ce que Thelonious Monk est au jazz. Buena Vista révèle également le talent unique du chanteur guitariste Eliades Ochoa. Dans la foulée on redécouvre aussi la Trova avec les Sœurs Faez.

L’antistar Polo Montañez, surgi en 1999, connaît une carrière fulgurante jusqu’à sa mort prématurée en 2002. Depuis Benny Moré, aucun sonero n’avait été aussi populaire parmi les Cubains. Cubanito 20-02 est le fer de lance du reggaeton, forme hybride à base de hip-hop, apparu au début des années 2000 et plébiscité par la jeunesse cubaine.

Texte extrait du Petit Altlas des musiques du monde en savoir plus




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