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Identité créole

Musiques et pensées d'Outre-mer
Plus qu'une langue, le créole est une façon d'envisager le monde, de laisser la porte ouverte aux différences, de les intégrer à nos valeurs. En Guadeloupe, en Martinique, à la Réunion, ou en Haïti, on trouve de multiples exemples de "créolisations" réussies. Rencontres avec Dominique Coco, Patrick Saint-Eloi, Tabou Combo et bien d'autres...




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Le compas


Genre musical le plus connu d’Haïti, cocktail éminemment dansant où se mélangent différentes saveurs musicales caribéennes, le compas s’est diffusé à travers le monde avec des groupes imposants tels que Tabou Combo.

Le compas a été la musique dominante de la Caraïbe francophone avant d’être détrôné par le zouk dans les années 1980. « Les Haïtiens nous ont inoculé le virus : pendant vingt ans on n’a entendu qu’eux », raconte Jacob Desvarieux, leader de Kassav’, qui fêtera ses 30 ans de carrière cette année, le 16 mai, au Stade de France. Cette hégémonie du compas a largement motivé la création du groupe star des Antilles, formé en 1979, inventeur du zouk, autre mélange stimulant caribéen. « Le compas était la musique qui faisait 90% des ventes quand nous sommes arrivés. Nous avons en partie bousculé un peu le truc. Cela dit, il n’y a pas une différence fondamentale entre les deux musiques. » Et le compas garde toujours une place de choix dans le cœur des Antillais.

Dérivé du style « meringue » (à ne pas confondre avec le nerveux « merengue » des voisins de Saint-Domingue), musique lancinante inventée par les Haïtiens au XVIIIe siècle, à partir de la contredanse française, le compas (kompa en créole) est un cocktail au rythme syncopé, un bonheur savoureux comme une terre promise pour tous les aficionados de danses et d’ambiances tropicales.

 Tabou Combo

C’est « la » musique nationale urbaine d’Haïti, le ciment de sa diaspora. Il a été créé en Haïti par le saxophoniste Nemours Jean-Baptiste dans les années 1950. « A Port-au-Prince, où un big band s’appelle un « jazz », une réunion de musiciens à la rue de l’Enterrement donne naissance en juillet 1955 au “compas direct” », raconte Ralph Boncy, opérateur culturel et musicologue haïtien vivant au Canada, auteur notamment de l’ouvrage La Chanson d’Haïti (Editions CIDIHCA – 1992). « Le rythme commercial du “maestro” Nemours Jean-Baptiste devient le courant dominant. Une marque de fabrique que chaque ensemble arrange à sa propre sauce.

La cadence va s’enraciner aux Antilles françaises et se prolonger dans le zouk. Grandissant sous haute surveillance – dictature oblige – le compas se transforme pourtant peu à peu de son aspect ballroom mondain pour devenir une musique engagée, parfois violente ; de plus en plus vitale ». « Le compas est une musique sincère, vivante, qui a des choses à dire », déclare le pianiste de jazz martiniquais Mario Canonge, lors d’une interview accordée au journaliste et acteur Soeuf Elbadawi, pour le magazine Africultures. « C'est la musique d'un peuple qui a longtemps souffert et souffre encore. »

Un style qui s’invente surtout aujourd’hui à Montréal et Miami, parmi les musiciens de la diaspora, mais qui incarne la résistante vitalité des musiques d’une île martyrisée par la violence, la misère, les dictatures et crises politiques à répétition, les pluies torrentielles et les cyclones. Simple dans les harmonies, le compas est très riche dans la rythmique, ajoute Mario Canonge. «Le compas c’est le noir qui résonne », souligne dans le même sens le troubadour haïtien Beethova Obas. Une image pour rappeler que les Haïtiens, en majorité, ont du sang d’Afrique qui coule dans leurs veines.

Patrick Labesse



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