Concerts du Dimanche 22 mars 2009 à la Cité de la Musique
Synonyme de fêtes dans le langage courant, les noubas sont avant tout des compositions musicales arabo andalouses élaborées à partir d’un mode. Créées au IXe siècle par le célèbre joueur de luth Ziryab, elles sont traditionnellement interprétées dans un ordre déterminé à un moment précis de la journée. Depuis son apparition en Andalousie où elle bénéficia d’un contexte favorable à la création artistique, cette pratique continua d’évoluer au contact des traditions maghrébines à partir de 1492. Ainsi enrichie, elle donna naissance à des genres variés issus de trois écoles principales (tunisienne, algérienne et marocaine) dont les groupes réunis dans cette « Grande Nouba » sont les représentants.
Dorsaf Hamdani et l’ensemble Atesh ont choisi de nous interpréter quatre extraits emblématiques du malouf tunisien : les noubas sont en effet trop longues pour être intégralement jouées lors d’un concert. Parcourant ces suites, les improvisations vocales (mawels) de Dorsaf Hamdani déploient leurs nombreuses inflexions tout en stimulant les parties instrumentales (violon, ney et oud). L’orchestre comprend également des percussions, une contrebasse et un qânun (une cithare à cordes pincées) dont l’équilibre subtil des registres agit comme un écrin pour la voix. Cet art raffiné de l’accompagnement trouve alors sa pleine mesure dans l’interprétation de « Naourat al Tbouu’ », une suite finale rassemblant tous les modes du malouf tunisien.
Salim Fergani gagne la scène à son tour pour nous initier au malouf constantinois. Accompagné par cinq autres musiciens, il opte quant à lui pour la nouba « Sika », « l’une des plus belles de Constantine ». Cette chanson poétique interprétée en arabe classique est constituée de plusieurs mouvements d’intensité croissante. Descendant d’une ancienne famille de musiciens, Salim Fergani a également approfondi ses connaissances auprès de plusieurs grands cheikhs constantinois. Alternativement conduite par l’oud arbi (un luth propre à Constantine) ou ses propres ondulations vocales, la musique s’en trouve considérablement enrichie.
C’est en compagnie de Mohamed Bajeddoub et son ensemble Chabab Al Andalouss que nous clôturerons le cycle. Le répertoire marocain « al-âla » (que l’on traduit par instrument de musique) comprend onze noubas divisées en cinq mouvements (mîzân). Le groupe propose un extrait de trois noubas distinctes ainsi qu’une suite de chants improvisés. Le phrasé plus épuré de Mohamed Bajeddoub gagne progressivement en intensité spirituelle. Porté par les voix des autres musiciens, il bénéficie également du soutien d’un auditoire manifestement connaisseur. L’esprit de fête atteint alors son paroxysme sous une pluie de youyous. Cette tradition musicale hétéroclite comptait à l’origine 24 noubas composée chacune de cinq à dix sous-parties selon les écoles. Et même s’il n’en reste aujourd’hui qu'une quinzaine, elles continuent d’incarner ce chapitre essentiel du patrimoine arabo andalou. En nous conviant à cette « Grande Nouba », la Cité de la Musique nous en a révélé quelques-unes de ses plus vibrantes expressions.