Musique Pop à Buda
C’est dans les caves et sur les toits de Budapest, que se donnent rendez-vous les espoirs de la nouvelle scène musicale hongroise : deux espaces qui reflètent comment underground et aspirations plus célestes s’agrègent dans ce pays de forte tradition musicale.
A la fin du mois de septembre 2008, le temps d’une conférence sur les musiques régionales d’Europe de l’Est, Budapest se transforme en vibrante capitale musicale, dont l’écho dépasse les seules frontières hongroises et régionales. Deux clubs de la ville, Le Corvintetö et Le Take Five, se muent en vitrine de la jeune scène hongroise, ainsi que des pays voisins, comme la Pologne, l’Autriche, la République Tchèque, la Roumanie, la Slovénie ou la Serbie. Marquées par les traditions tziganes, l’ouverture sur le monde du Festival Sziget, une solide culture jazz, des éléments hip-hop, un reggae cosmopolite, le poids d’une scène métal et de pertinentes références indie-rock… les musiques actuelles hongroises semblent avoir le vent en poupe, avec une majorité d’artistes qui chantent en langue autochtone.
// En l’air : power -pop, punk -rock , métal
Situé en plein centre-ville, au dernier étage d’un immeuble de l’époque soviétique, entièrement éclairé par des néons rouges qui plairaient au photographe William Eggleston, le Corvintetö est l’un des endroits les plus branchés de la capitale hongroise. Entre la file d’attente de l’ascenseur qui propose de l’alcool, et le grand escalier graffité, le public commence déjà à festoyer sévère. Prisé par les noctambules, ce club mélange allégrement les genres. L’été, un bar à ciel ouvert sur le toit offre une vue spectaculaire sur Budapest. Dans sa programmation régulière, le lieu accueille aussi bien des groupes de hardcore, que des artistes signés sur Warp, des musiciens africains ou des chanteurs de folk américains. Le célèbre DJ Palotaï y est résident depuis plusieurs années et les soirées à thème se relaient derrière les platines. Un bar très long conduit à la scène, tout en profondeur, du Corvintetö. C’est là que nous assistons au concert de Gonzo, un quintet originaire de Debrecen, deuxième plus grande ville après Budapest, dans l’est du pays, qui rassemble de nombreux fans. Très mélodique et efficace, leur power pop lorgne du côté de Nick Lowe, avec des influences plus « brit pop ». En fin d’année 2008, le groupe a remporté un MTV Europe Music Award dans la catégorie « meilleur groupe hongrois ». Après d’autres concerts punk-rock et métal d’Overflow et Cool Kids of Death, les DJs proposent une ambiance cosmopolite et bon enfant.
// Sous terre : lounge, folk, électroclasse
Plus feutré, le Take Five, situé dans une cave élégante, s’impose à la croisée du club électro et du repère jazz façon Saint-Germain. Vraie révélation, le trio Hangfestök (« peintres de son ») est à son aise dans cette ambiance plus intimiste. Rencontre de guitares classique et flamenca, avec une idole pop, le trio s’aventure aussi bien sur des chansons folk hongroises que sur de la bossa-nova, du tango et bien sûr, du flamenco, porté par la voix troublante de sa chanteuse, Eszter Bartók. Résolument plus urbain, le Realistic Crew est secondé sur scène par une astucieuse équipe de VJs. Le groupe montre comment la scène underground hongroise part à la conquête du monde avec son électronica « Mitteleuropa ». Oscillant entre ambiances downtempo, cubisme hip-hop, dub et illustrations sonores, la formation vient de publier Overcome, un album réussi sur le label Kitty-Yo. Les « laptops » et la programmation se marient très bien à la contrebasse, aux samples et aux voix féminines, qui évoquent une rencontre entre Boards of Canada, une caravane tzigane et Amon Tobim. En fin de soirée, les voûtes du Take Five Klub résonnent de musiques plus acoustiques. La révélation de ces deux jours de découvertes musicales régionales revient au duo folk slovaque Longital, qui rayonne sur la scène du Take Five. Depuis leur colline de Bratislava, Daniel et Shina réussissent une fusion chaleureuse de sonorités organiques, de nappes ambiantes et d’intonations orientales, avec un soupçon de psychédélisme, sans jamais tomber dans la facilité ou le déjà-entendu. Habitué des nuits de Budapest, le duo propose un voyage fascinant au coeur des plaines et montagnes d’Europe Centrale, au gré d’une musique qui se joue des frontières. Les tchèques de Please The Trees suivent avec un folk-rock mélodique, dans la lignée émotionnelle de leurs prédécesseurs. Deux projets acoustiques hongrois, Frenk et Folk Error n’ajoutent malheureusement rien à la soirée, bien qu’un public fidèle suive à la trace la moindre de leurs intonations folk national. Le Take Five se vide lentement, comme les bouteilles, alors qu’une DJ allemande Katja Kubikova propose un mix improbable et déjanté de « babushkabreaks, balkanbeats, gypsywing, elektropolka et global groove ». Dehors, Budapest se lève, nimbé d’un soleil d’automne.
Florent Mazzoleni
Photographie B.M.
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