Babel Chaque année, lors de Babel Med Music, France Musique décerne un prix à des musiciens qui perpétuent une tradition musicale forte et souvent méconnue. En 2009 cette récompense distingue Deba, groupe de femmes soufies venues de Mayotte. Quinze voix, âgées de 16 à 62 ans s’unissent ou se répondent pour chanter l’amour, divin ou terrestre, et nous entraînent vers une douce et sensuelle hypnose. La deuxième soirée de concert commence par un envoûtement.
Dans la salle voisine trois virtuoses turques d’Hemdem chantent l’Anatolie en s’accompagnant de saz. Difficile de passer des chaudes harmonies féminines à ces complaintes un peu austères. Mosaïca est né d’une riche idée, confronter les traditions marocaines et occitanes afin d’en faire ressortir les points de rapprochements. Le résultat peut convaincre, mais la séduction n’est pas totale. Les doigts du fantasque Yom, virevoltent avec une folle aisance et une totale liberté autour des touches de sa clarinette. Avec ses compères, dont le sensible pianiste Denis Cuniot, le virtuose inspiré livrent un show klezmer euphorisant qui témoigne de la merveilleuse santé de cette musique.
Zaman Fabriq est conduit par Bruno Allary, le leader de Rassegna, groupe multi-ethnique marseillais. Là aussi il est question de rencontres. Aux côtés du joueur de cordes nous retrouvons un chanteur égyptien Cheikh Zeïn Mahmoud, une spécialiste de la flûte des balkans, Isabelle Courroy, un champion d’human Beatbox, Tiko et un bassiste latino Philippe Guiraud. Le résultat est sympathique mais pas encore totalement abouti.
Nidi d’Arac, propose depuis plus d’une décennie une fusion entre musiques urbaines et tarantelle. Avec eux la musique de transe du sud italien est revue à la lumière de l’histoire du rock entre punk et electro. Vient ensuite le tour des doyens du festival. L’orchestre congolais des bantous de la Capitale fête cette année ses cinquante ans de carrière, certes peu de musiciens sur scène ce soir peuvent se vanter d’avoir vu naître ce groupe, mais ils en assument pleinement l’esprit originel. Rumba et afro-latino euphorisant et gouleyant comme un vieux whisky pur malt.
Depuis quelques jours la rumeur annonce un Sam Karpienia en pleine forme. L’ancien chanteur de Dupain et son frère de mandole Daniel Gaglione ont enfin trouvé le complément percussif qui leur manquait. Le batteur Mathieu Goust appuie encore un peu plus l’aspect rock des chansons occitano-françaises de Sam. Plus à l’aise que jamais, fulgurant dans ses envolées vocales comme dans les échanges de riffs. Cet artiste qui ne cesse de surprendre et de progresser depuis ces illustres débuts dans les années 90 au sein de Gacha Empega avec Manu Théron a profondément marqué l’histoire musicale du sud de la France. Un jour son importance s’avouera bien au-delà même des frontières de l’hexagone.
Comme les Bantous de la Capitale, les réunionnais de Baster on été salué lors de l’inauguration de Babel Med par un prix spécial attribué pour leur belle longévité. Leur reggae créole est efficace et enthousiasme les amateurs.
Il faut reconnaître à Frédéric Galliano le mérite d’avoir été l’un des premier occidentaux à mettre le doigt sur le kuduro. Cette musique urbaine née en Angola est en train d’allumer le feu dans les clubs de Lisbonne, comme ceux de Rio. Galliano en a parfaitement compris la recette et l’applique à ces propres beats ou à des gimmicks, amortis depuis longtemps, (sample de Grace Jones...). Accompagné de jeunes tchatcheurs, danseurs, fortement sexués, il a fait rapidement et efficacement monter la température de cette fin de soirée. Benjamin MiNiMuM