Lors d’un évènement comme Babel Med Music où les concerts se chevauchent ou se poursuivent à vive allure, il est vain de croire que l’on peut tout voir, tout apprécier à sa juste valeur. Ainsi on laissera de côté des moments magnifiques, comme Houria Aïchiet l’Hijaz Car ou Wasis Diop, parce qu’on les connaît bien et que l’on consacre plus de temps à des choses méconnues.
Bizarrement il revient aux ethno-électroniciens péruviens de Novalima d’ouvrir les festivités. En début de soirée leur électro afro péruvienne est inattendue, leur son déjà difficile à équilibrer, pâtie de cette position d’essuyeurs de plâtre. Il faudrait les revoir plus tard, une autre nuit. Plus le temps passe et plus la jeune chanteuse guinéenne de Marseille tisse avec ses racines un dialogue tenu et sensuel.
Sayon Bamba est chez elle devant son public, mais elle marque aussi ici ce soir un pas d’importance dans sa carrière internationale. Amateurs et professionnels sont sous le charme. Pas facile d’être un Julian Lennon ou un Jakob Dylan,Kamel El Harrachi, connait la difficulté d’être le fils d’une légende, mais l’assume. Lorsqu’il rencontre un journaliste, il sait qu’on lui parlera d’abord de son père Dahmane et sur scène tout le monde attend qu’il montre ce qu’il sait faire de son héritage en interprétant l’hymne Ya Rayah.
A l’heure où même la star anglaiseDamon Albarns’intéresse au chaabi et produit le projet El Gusto avec les derniers rescapés de la grande époque du style algérois, Kamel redonne au genre un sang vif et original. Au classique violons, mandoles, banjo et derbouka, il ajoute un violoncelle, et des congas, mais ce qui frappe surtout c’est la qualité de sa voix et de son interprétation. A la fois énergique et caressant, son chant est velouté et habité par la grâce.
Pour terminer la soirée le premier live de Goldenberg & Schmuyle est idéal. Les 3 men in white sont en retrait sur la scène. Le pâtissier en blouse, le gourou en chemise indienne et le playboy en chemise européenne, assènent avec bonhomie un mix décomplexé de sons et d’images. Ils passent avec souplesse du langage de la poésie à celui de l’humour, sans cesser de surfer sur des grooves fins et efficaces. Un régal pour les oreilles, les yeux et les jambes.