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Après l'océanCinéma d'auteur et musiques à AbidjanPUBLICITÉ
Entre les Averses
Entre les averses Histoires de jeunes ivoiriens partis tenter leur chance en Europe, Après l’Océan, le nouveau film de l’anthropologue et réalisatrice Eliane de Latour, a été dévoilé début juin en avant-première aux habitants d’Abidjan. Des projections exceptionnelles précédées de mini concerts d'artistes participant à la bande originale. Des soirées parfaitement inoubliables… Alors qu’au loin des éclairs zèbrent le ciel mais gardent la pluie à bonne distance, un avion traverse l’écran sous les applaudissements des 4000 Abidjanais réunis dans l’amphithéâtre extérieur du Palais de la Culture de la capitale ivoirienne. L’oiseau de métal rapporte au pays l’un des deux personnages centraux d’Après l’océan, nouveau long-métrage d’Eliane de Latour. En une demi-heure de film, Otho a échoué dans ses ambitions de guerrier conquérant sur les terres fantasmées d’Europe et va devoir affronter l’honneur disparu. L’anthropologue et le président Shad et Tétanos, deux personnages du film (Photo DR) Musiques et solidarité Le projecteur et une partie de l'équipe technique (Photo B.M.) En ce début juin, un mois avant sa sortie en France, Eliane de Latour est revenue à Abidjan, offrir son film à ceux qui le lui ont inspiré, mais aussi louer la grandeur d’âme musicale du pays. Subjuguée par la qualité et la grande variété des voix ivoiriennes, elle a entrepris de produire un disque, en parallèle du film. En toute logique, chaque projection était donc précédée de prestations des musiciens engagés dans l’aventure. De quoi renforcer encore un peu plus la complexité d’organisation de ces soirées exceptionnelles ! Aidée par deux techniciens français, ainsi qu’une équipe ivoirienne dont le noyau dur s’est constitué pendant le travail préparatoire de Bronx-Barbès, Eliane de Latour a pu mener à bien ce projet insensé. Elle a fait venir un projecteur 35 mm du Burkina Faso. Depuis dix ans qu’elle vient régulièrement dans le pays, la réalisatrice a forgé des amitiés solides. Lors de la production de ce nouveau film, comme lors de son précédent, elle a confié des rôles ou des emplois techniques à des jeunes du ghetto qui ont ainsi retrouvé confiance en eux, fierté et parfois même une vocation. Aujourd’hui, ils l’aident à surmonter les obstacles réels et fantasmagoriques du terrain. Eliane de Latour a dû aussi prendre en compte les croyances et les coutumes locales. Pourparlers sur l’île Désiré Eliane de Latour devant la maison du fétiche (Photo B.M.) Quelques jours avant les projections, accompagnée de quelques membres de son équipe, elle s’est rendue en pirogue dans le village de pêcheurs sur l’île Désiré afin d’y rencontrer les anciens, maîtres de pluie et adeptes du vaudoum. Ils ont sorti les grands masques, les ont fait danser dans tout le village au son des tambours. Ensuite, ils ont négocié avec le fétiche (statue sacrée de terre peinte). Le prix de la prestation et le montant de la prime due en cas de succès ont été fixés à travers l’interprétation de jet de cauris (coquillages utilisés autrefois en Afrique comme monnaie d’échange). L’avance réglée, le petit groupe est reparti avec l’engagement des anciens à retenir la pluie durant les journées de projections. Au matin de la première soirée, une pluie torrentielle s’est abattue sur Abidjan. Questionné sur cette inquiétante ondée, le porte-parole des pêcheurs a déclaré qu’ils avaient eux même provoqué la pluie avant le début des festivités, car ils ne pouvaient la retenir cinq jours durant. Bien qu’orageuse, l’avant-première officielle s’est déroulée sans incidents. Les sponsors ont délivré leurs messages consuméristes et leurs t-shirts siglés. Les musiciens Karim et Kajeem ou Troh Guédé, le concierge aux trois octaves de l’Eglise Evangélique de l’Assemblée de Dieu, se sont dépassés, étirant assez leurs récitals pour laisser le temps au président et à sa suite de prendre place et apprécier le succès poli de cette première coproduction cinématographique gouvernementale. Mais le film n’a rien de consensuel : les héros ne sont pas sans tâches, les violences et les trafics douteux ne sont pas tus et les scènes d’amour, hétéros comme homosexuelles, sont dénuées d’ambiguïté. Des images qui font la joie des jeunes et provoquent l’indignation mesurée des anciens. Ce n’est pas une averse qui met en péril la quatrième soirée dans le quartier Koumassi, mais une panne sonore du projecteur. Alors que certains membres de l’équipe s’affairent à trouver une solution technique, quelques ivoiriens filent chez un sorcier pour s’assurer contre d’éventuels mauvais sorts ordonnés par un ancien assistant brouillé avec la réalisatrice et résidant dans le quartier. Les deux dernières projections se déroulent tranquillement à l’aide d’un dvd et d’un vidéo projecteur. Le dernier soir à Port-Bouët, lorsque que la voix de Tiken Jah s’estompe sur les dernières images du générique de fin, le pari est réussi. Rien ne s’est opposé au bon déroulement de cette aventure et, apparemment, seuls les occidentaux présents s’étonnent de sentir la pluie tomber. Benjamin MiNiMuM Le dvd de Bronx-Barbès (2000)est distribué par Arte Vidéo Le 2 Juillet, une avant-première d’Après l’Océan avec des interventions musicales de Tiken Jah Fakoly et d’Ali Wagué se tiendra au Max Linder (Paris, 75009). A partir du 8, le film sera diffusé en salle. Le disque Abidja’taam (« Le goût d’Abidjan ») sera disponible à la même date. Visite au fétiche vaudoun des pêcheurs de l'île Désiré (Vidéo B.M.)
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