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L'année du Brésil

Les artistes incontournables de la musique brésilienne
En mai 2000, le Brésil, nouvel eldorado musical, fête les 500 ans de sa découverte ! Après l'explosion du raï, de la saudade cap-verdienne et du son cubain dans les années 90, le moment est venu de vivre aux rythmes du Brésil. Chaque semaine, et tout au long du mois de mai, Mondomix vous propose un tour d'horizon d'artistes issus de la nouvelle vague (Lenine, Arnaldo Antunes, Zuco 103, le regretté Suba, Bebel Gilberto... ) ou de figures plus charismatiques (Chico Buarque, Maria Bethânia ou encore Tom Jobim...). Boa Viagem !




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Historique


Des Musiques Brésiliennes

Quand la chanson " Chega de Saudade " est enregistrée pour la première fois en 1958, l'histoire de la musique brésilienne connaît un tournant. Le génie incomparable de Antonio Carlos Jobim rencontre alors l'interprétation discrète et légère de João Gilberto : c'est la naissance de la Bossa Nova.
Connu auparavant pour son café ou son caoutchouc, le Brésil, grâce à la Bossa Nova, commence à exporter sa musique et son imaginaire dans le monde entier.
Les superbes mélodies de Tom Jobim conquièrent tout d'abord les Etats-Unis, pour petit à petit gagner le reste du monde. Et après Chega de Saudade, de nombreux autres succès comme Corcovado, Garota de Ipanema, Insansatez, Wave embrayent le pas.
Mais sans son étonnante culture musicale, le Brésil n'aurait jamais pu accoucher de la Bossa Nova !
Au Brésil, depuis le XVIIIème siècle, la musique mélange influences européennes ou portugaises avec des rythmes africains -le lundu ou le jongo- comme par exemple dans la création de la modinha. Plus tard, à la fin du XIX ème siècle/début XXème, surgissent des rythmes comme le maxixe ou le chorinho (dont les représentants les plus connus restent Ernesto Nazareth, la compositrice Chiquinha Gonzaga ou encore Pixinguinha), la marchinha (rythme populaire de carnaval) ou la samba, officiellement reconnu comme le plus représentatif de la musique brésilienne.
La samba surgit aussi à la fin du XIXème siècle et est essentiellement influencée par la marchinha, le batuque et le lundu. Ses représentants les plus connus sont Cartola, Noel Rosa, Ataulfo Alves et Adoniran Barbosa.
Dans les années 30/40, la musique brésilienne poussée par les maisons de disques et les radios, entame l'époque très populaire des idoles de la radio avec des artistes tels qu'Emilinha Borba, Marlene, ou Francisco Alves. Le rythme dominant est surtout des samba-canção, des chansons à thématique amoureuse, sans aucune allusion au régime totalitaire que subissait le pays à ce moment là.
C'est dans ce contexte que surgit la Bossa Nova !
Dans les années 60, la dictature militaire incite la musique à être contestataire et provocatrice. Le sigle MPB pour " Musique Populaire Brésilienne ", un fourre-tout de divers styles, commence à être utilisé pour définir la musique post-Bossa Nova.
Les Festivals, des concours organisés par les télévisions (TV Excelsior ou TV Record) offrent l'opportunité de découvrir de nouveaux talents : Elis Regina, Chico Buarque, Geraldo Vandré, Rita Lee, Caetano Veloso et Gilberto Gil.
La MPB des années 60 se différencie de la Bossa Nova. Moins intime, elle se présente dans des grands espaces publics et s'engage par rapport à la situation politique du Brésil. Le mouvement du Tropicalisme, mené par Gilberto Gil et Caetano Veloso, n'hésite pas à s'insurger contre la morale établie. Audacieux, il dérange la société conservatrice de l'époque. Ces artistes introduisent sans gène des instruments électriques dans leur musique, ou même y incorporent des éléments de rock et de rythmes étrangers. Malgré cela, leur musique reste typiquement brésilienne.
Pendant ces années de dictature, la chanson devient une des seules possibilités de résistance. Dans la poésie hors-pair de Chico Buarque ou les protest songs de Geraldo Vandré, la musique se fait " la voix du peuple ".
Dans les années 70, la MPB se décentralise accueillant des représentants de toutes les régions. On nommera Djavan, Fagner, Os Novos Baianos, Ivan Lins, Hermeto Pascoal, Gonzaguinha, João Bosco, Egberto Gismonti, Alceu Valença et Elba Ramalho.
Après cette période glorieuse de la MPB, d'autres mouvements se forment. Pendant les années 80, la musique de vanguarda apporte de nouveaux talents sur la scène musicale, comme Arrigo Barnabé, Itamar Assumpção et Luis Melodia. Ils mélangent sans contrainte la musique classique contemporaine avec du rock, du funk ou du reggae.
A la même époque, le rock s'affirme sur le marché brésilien avec des groupes comme Titãs, Barão Vermelho, Paralamas do Sucesso, Legião Urbana et Ira. Ils sont la concrétisation de la modernisation de la musique brésilienne, finalement acceptée du grand public. C'est aussi une ouverture pour que d'autres mouvements se créent. C'est le cas du manguebeat, dans les années 90, musique formidable qui mélange maracatu, rythme traditionnel du Nordeste du Brésil avec le hardcore et le rock. Le résultat est aussi intéressant que surprenant. Ses plus illustres musiciens sont Chico Science (son créateur trop tôt disparu), Otto, Mestre Ambrosio et Fred O4.
Très diversifiée, la musique brésilienne dispose d'un puissant marché interne. Même si de nombreuses chansons ne franchiront jamais les frontières, ses chanteurs sont des stars. Certaines musiques régionales sont devenues des énormes succès de vente comme la country music brésilienne, la musique sertaneja ou encore la axé-music, phénomène national où des groupes de Bahia emmènent leur carnaval toute l'année dans d'autres villes brésiliennes.
D'autres branches ont également surgi, comme le rap (Gabriel O Pensador), le funk (Tim Maia), la pop (Fernanda Abreu), démontrant une fois de plus cette curiosité pour un mélange entre moderne et traditionnel.
Mais il y a aussi aujourd'hui sur la scène musicale brésilienne de très fortes personnalités, indépendantes de tout mouvement ou tendance, qui font leurs chemins en solitaire tout en restant les unes proches des autres. Citons Marisa Monte, Zélia Duncan, Cássia Eller, Carlinhos Brown et Lenine.
Le Brésil est un pays où la musique est vitale et fait partie du quotidien de tous les brésiliens. On y appelle nos musiciens par leurs prénoms. Ils sont nos éclaireurs et décodeurs de la réalité, comme des philosophes modernes. Leurs points de vues sont des références pour une idée politique ou sociale. Ils font partie de nos vies, tout comme leurs chansons.
Il est très commun pour les chanteurs brésiliens de reprendre les chansons de leurs confrères (Fernanda Abreu reprend Caetano Veloso qui reprend Tom Jobim, Marisa Monte interprète Carlinhos Brown ou Arnaldo Antunes, Lenine fait une version de Sebastiana tout comme Tânia Maria, Paralamas do Sucesso chante Beto Guedes…), c'est un hommage rendu et c'est aussi une possibilité de donner une version très personnelle d'une chanson qu'on aime. Et dans cette promiscuité musicale, les différentes tendances se croisent.
Il est courant de retrouver des brésiliens autour d'une gratte ou de percussions improvisées sur une boîte d'allumettes ou une bouteille de bière -stupidement- glacée (estupidamente gelada), chantant en chœur des chansons de leurs compositeurs préférés, de Chiquinha Gonzaga à Chico Science, en passant par tous les autres… que ce soit Adoniran Barbosa ou Cartola, Pixinguinha ou Zé Keti, Caetano ou Gil, Gal ou Bethânia, Maria Rita ou Raul… Et le plus étonnant c'est qu'ils connaissent tous les paroles !

Jorane Castro



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