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Angélique Ionatos

Paris / Café de la Danse
Reportage à l'occasion du concert d'Angélique Ionatos au Café de la Danse le 24 janvier 2001.




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Concert


Café de la Danse, 24 janvier 2001

Dans les couloirs du métro de la station Bastille, un trompettiste massacre "Besame Mucho". A l'extérieur, d'une voiture coincée dans les embouteillage de la rue de La Roquette, des flots de Spice Girl s'échappent de l'auto-radio et font vibrer les vitres. Au cœur de toute cette pollution sonore, le Café de la Danse apparaît comme un havre de paix : la belle Angélique Ionatos y a jeté ses amarres pour une longue escale (presque un mois !). Un îlot de raffinement aux antipodes de la vulgarité tapageuse d'un samedi soir à Bastille.

Dès huit heures, une file de spectateurs s'entasse dans le petit couloir qui mène à la salle -une salle si comble tous les soirs qu'une rangée de fauteuil vient d'y être rajoutée- savourant à l'avance un spectacle dont ils ignorent tout mais dont ils connaissent à priori la qualité. Car Angélique a pour habitude de choyer son public, de lui mitonner des tours de chant où l'aspect visuel n'est pas en dessous de la musicalité; ce qui n'est pas peu dire.

Exigeante, d'une rigueur implacable, elle sait aussi être sensuelle et surtout terriblement drôle. C'est là sans doute la grande surprise pour qui découvre Angélique Ionatos en concert. Le côté tragique omniprésent dans ses chansons se teinte de bonnes doses d'humour et de tendresse. Entre les morceaux, elle s'adresse au public mettant en scène chaque chanson, mêlant toujours clins d'œil et poésie. Et au moment où le pathos pourrait prendre trop d'ampleur elle bascule sur une pirouette, amenant le spectateur à l'orée de l'émotion, bâtissant en quelques mots l'atmosphère propre à chaque chanson et sachant passer naturellement le relais des mots à la musique. Tout ceci est fait avec finesse et intelligence, un curieux mélange de force, de passion et d'infinie douceur.

En préambule de la première chanson, elle brosse en quelques phrases la couleur du spectacle (d'un bleu très noir). "Entre rires et larmes " annonce-t-elle d'emblée, avant de nous parler de "baisers laissés sur notre peau " ou d'évoquer "les cyprès qui nous regarderont de loin, toujours aussi droits et indifférents ". Chacun est prévenu "Ce soir nous allons vous raconter des histoires qui ont à voir avec les douleurs des êtres et des choses…. ". Evidemment, écrit comme ça, cela peut paraître prise de tête. Mais c'est sans compter sur sa voix à la fois posée, sensuelle et chaleureuse, aux intonations légèrement ironiques et aux pointes d'accent grec qui ensoleillent la noirceur de ses histoires.

Cette subtilité se retrouve dans la mise en scène, délicatement théâtrale, où les lumières viennent sculpter les ambiances, offrant une ossature sur laquelle s'épanouit la musique. Le disque -aussi beau soit il- n'est plus qu'un reflet de cette chose incroyable qui se déroule chaque soir sur les planches. Car Angélique est avant tout un animal de scène. Et elle a su s'entourer de fabuleux musiciens (bien évidemment présent sur l'album D'un bleu très noir) : Henri Agnel aux cordes pincées et -parfois- aux percussions, César Strocio au bandonéon et le violoniste Michael Nick. Les arrangements brillent d'intelligence, la musicalité des mélodies s'imposent avec une force peu commune et l'interprétation atteint la perfection. Car sous leurs airs éminemment distingués les quatre complices vibrent de passion. Et cette chaleur envahit tout.

Dans cette performance il faut aussi saluer le son, construit de telle manière que même au plus fort de la musique, le spectateur qui se racle discrètement la gorge verra une grande partie de ses voisins se tourner vers lui d'un air réprobateur.
Le plus étonnant est que finalement, la beauté de la voix d'Angélique qui devrait faire oublier tout le reste (voix si profonde et si riche qu'il est difficile d'en parler) n'est plus que l'un des éléments principaux de cette belle architecture.

Terminant son récital sur "une chanson grecque profondément tragique mais pas triste du tout " Angélique Ionatos et ses compères nous laissent sur le carreau, nous ayant offert ce genre de spectacle que l'on savoure encore longtemps après y avoir assisté.
Comme elle aime profondément les gens, après le concert, la chanteuse consacre un long moment à une séance de dédicace. Et c'est là que se passe cette chose fragile, ce partage intense où certains spectateurs viennent lui confier -respectueusement et furtivement- des histoires, des moments de vie qui font échos aux textes poétiques qu'elle vient d'interpréter.

Car à travers toute la distanciation qu'amène le spectacle, Angélique touche à l'intime. Elle nous parle aussi bien de "ce moment magique où l'on se réveille et où l'on n'est pas tout à fait réveillé. On est entre les rêves et la réalité, avec un petit chiffon de rêves désespérément accroché à nous" que de Marie des Brumes "Belle comme un phénomène naturel" ou du temps qui passe via une splendide reprise de Léo Férré. En grecque qui respecte, Angélique Ionatos souligne les tragédies et les drames qui peuplent ses chansons. Mais plus qu'une passionaria, elle est avant tout narratrice d'histoires tragiques, musicales et essentielles.

Magali Bergès

 

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Angélique Ionatos
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Angélique Ionatos
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Angélique Ionatos, Henri Agnel et César Stroscio
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cimente ces êtres


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