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KWAITO is Dead


Le paysage musical sud-africain change. Sans grande révolution. En Afrique du Sud, comme partout ailleurs, rien ne se crée, tout se transforme.

 

« Kwaito is dead ! »

Fini le kwaito? La rumeur a surgi voici quelques mois dans les magazines, en Afrique du Sud. Le premier style musical post-apartheid né dans les townships et qui avait pris d’assaut les radios, les boîtes et soirées BCBG de Jo’burg (Johannesburg) serait donc désormais hors sujet ? En avril 2007, la Cité de la Musique, à Paris, présentait un cycle baptisé « Faubourgs d’Afrique du Sud » dans lequel le kwaito était représenté par le groupe Bongo Maffin et sa chanteuse Thandiswa. L’ethnomusicologue français Denis-Constant Martin, rédacteur des notes du programme, écrivait alors, à propos de ce style : « A base de house, de garage, sans oublier des parfums de musiques sud-africaines plus anciennes (…), le kwaito, c’est le son d’Afrique du Sud post-apartheid ». « Le kwaito manque de substance et n’a plus d’avenir », déclare à Mondomix, un an plus tard, le journaliste Bongani Mahlangu, qui vient de lancer Musik Mag sur le marché sud-africain, un nouveau et très chic magazine musical et culturel. « Quand le kwaito est devenu populaire, tout le monde s’est mis à en faire. On a vu débarquer pas mal de bouffons qui se sont pris pour des musiciens. » Des types sans talent avec un style d’une pauvreté affligeante, tant dans le contenu (« la fête, les nanas… ») que dans la forme (« phrases répétitives, entraînant une monotonie lassante et agaçante »). Le kwaito ne servait qu’à faire danser et, paradoxalement, rares étaient ceux de ses représentants qui se produisaient en live. Bref, la critique a commencé à se détourner du genre et le public, devenu plus exigeant, également. « Si le kwaito avait su d’avantage puiser dans le patrimoine, l’histoire de la musique sud-africaine, commente Bongani Mahlangu, il aurait pu s’enrichir, évoluer et perdurer ».

Ni passé ni futur

Dans les boîtes aujourd’hui, c’est sur la house que la jeunesse branchée noire et blanche aime se défouler. Une musique sans aucune identité spécifiquement sud-africaine. « Il y a quelques années, les artistes avaient des histoires à raconter, expliquent lors de leur passage à la Fiesta des Suds, à Marseille, en octobre 2008, Tumi et Dave, chanteur et bassiste du groupe de hip-hop sud-africain Tumi & The Volume. Maintenant, la jeunesse attend de la musique qu’elle la fasse danser et s’éclater. Elle se fout du passé et ne veut pas penser à l’avenir. » Ces jeunes gens qui s’agitent sur la house et se goinfrent de clips sur MTV, se reconnaissent aussi dans l’afro-pop et surtout l’afro-soul qui mélange jazz, soul et différentes formes de musiques traditionnelles sud-africaines (maskandi, mbaqanga…). Cette tendance, vers laquelle se tournent de plus en plus d’artistes, jouit d’une belle popularité dans la population des villes. Les groupes afro-pop actuels, comme par exemple Malaika, Mafikizolo et les Jaziel Brothers s’inspirent beaucoup du son des productions des tout premiers groupes d’afro-pop, tel Pure Magic, qui compte dans ses rangs les icônes du gospel (le genre le plus écouté dans le pays et reliant entre elles les générations) Rebecca Malope et Vuyo Mokoena.

Afro Soul 

Freshlyground et sa chanteuse parfaite, dont le timbre enfantin confère à ce groupe de Cape Town un son très original, est l’une des meilleures réussites de la musique sud-africaine cross-over depuis Mango Groove et Ray Phiri, avec son groupe Stimela. Quelques jours après sa sortie, le nouvel album de Freshlyground Ma’cheri était introuvable. Le précédent, Nomvula (disponible en France) qui est sorti en 2005, leur fera gagner le MTV Music Award du groupe africain de l'année en 2006. Il s’est vendu à 250 000 exemplaires. Si le kwaito était aux mains des hommes, le plus souvent, dans l’afro-soul, les femmes dominent. Celles qui font mouche s’appellent Lira, Camagwini, Rae Nhlabathi, Thandiswa Mazwai, Malatji, Siphokazi, Judith Sephuma, Aya, Ayanda Nhlangothi, Thembisile ou encore Phinda Matlala. Des noms, des beautés, des talents obscurs pour le public hexagonal. La foisonnante et éclectique scène musicale sud-africaine reste méconnue en France contrairement à ce qui était dans les dernières années de l’apartheid ou celles qui ont suivi sa chute.

Patrick Labesse

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