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La nouvelle Afrique du Sud
Tout n’est pas rose dans la « nation arc-en-ciel », organisatrice du Mondial de football en 2010. A sa riche palette musicale incombe la tâche de donner du plaisir aux oubliés et déçus de la « nouvelle Afrique du sud ».

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Hip Hop
Des années 1990 à aujourd’hui, le rap a toujours accompagné les grands bouleversements politiques en Afrique du Sud. Il a mis en musique les combats, les espoirs et les désillusions d’une jeunesse urbaine, créative et boostée à l’énergie sans complaisance des centres-villes et des townships.

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Hip hop


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Des années 1990 à aujourd’hui, le rap a toujours accompagné les grands bouleversements politiques en Afrique du Sud. Il a mis en musique les combats, les espoirs et les désillusions d’une jeunesse urbaine, créative et boostée à l’énergie sans complaisance des centres-villes et des townships.

 

Le 2 février 1990, les partis anti-apartheid, dont le Congrès National Africain (ANC) sont autorisés. Le 11 février, en dépit de sa condamnation à la prison à vie, Nelson Mandela, chef historique de l’ANC est libéré. Dans le courant de la même année, Prophets of Da City (POC), formation de Cape Town, sort Our World, premier album de l’histoire du hip-hop sud af’. Enregistrée dans un petit studio huit pistes, la prophétique galette est aussi le premier enregistrement en « Cape slang », l’argot du Cap, du jamais vu dans un pays encore sous l’emprise de l’Apartheid. Le son POC puise son inspiration dans le hip-hop new-yorkais mais aussi le mbaqanga, un art rural métissé au jazz dans les townships des années 1960. C’est le raz-de-marée : ces textes concernent toute une jeunesse aux aspirations étouffées par le système politique de l’Apartheid.

En 1991, le système se fissure et les dernières lois raciales sont abolies. Dans une atmosphère de liesse, le 10 mai 1994, Nelson Mandela prête serment à Pretoria et devient le premier président noir de l’Afrique du Sud. Prophets of Da City monte sur scène et chante Neva Again (« Plus jamais ça »), un titre qui devient la bande-son du changement et l’hymne des townships – libres, mais au quotidien toujours très rude. Un peu plus tard, en 2001, l’Afrique du Sud est devenue la « nation arc-en-ciel ». Après un long hiver, la vie culturelle repousse enfin librement. Pendant les jam-sessions hebdomadaires, tous les bars branchés font scratcher leurs platines. Au Bassline, un club du quartier en vogue de Melville à Johannesburg, le MC Tumi Molekane rencontre Tiago Paulo et Paulo Chibanga, deux émigrés mozambicains, le feeling passe. Le groupe inaugure donc un hip-hop poétique et acoustique (basse, guitare, batterie) qui s’épanouit sur le terreau des influences métissées de Jo’Burg : funk, soul, jazz, et même rock’n’roll. A partir de 2005, Tumi and the Volume s’exporte et braque les projecteurs des capitales internationales sur le hip-hop sud af’. Le groupe fait les premières parties des Roots, de Massive Attack ou de Blackalicious. Pendant ce temps-là, dans les townships déglingués, ça freestyle sévère, sans micro, ni studio, mais avec une énergie hors du commun. C’est le grand boom urbain.

Cependant, beaucoup de rappeurs prennent le chemin de la côte, direction Cape Town, où le quotidien s’adoucit avec le climat. On y trouve aussi plus de studios, de producteurs, de DJ et il s’y développe dans l’underground ce qu’on pourrait appeler la « Cape school », une scène hip-hop-électro sacrément bien produite –dans la ligne directe de l’anglais Ninja Tune.

Le label lyonnais Jarring Effects découvre l’ampleur du phénomène en 2003, lors de la tournée sud-africaine du duo électro Interlope. L’équipe rencontre les défricheurs d’African Dope, le pendant sud af’ du label lyonnais et sort en 2007, une compilation hybride, Selection of Cape Town Beats. Hyper-créatives, transgenres, denses, mais sombres, les boucles rythmiques racontent la désillusion d’une Afrique du Sud post-Apartheid au quotidien très « rough », rugueux. Posés sur ces beats très lourds, les MCs repeignent à grands coups de micro l’arc-en-ciel national avec les couleurs sans équivoque des ghettos.`

Eglantine Chabasseur

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