EDITO 5 AOUT 2007
Au Sakifo, les concerts inoubliables ne se comptent plus. Chaque jour apporte son lot de sensations fortes, ses grands instants de musique gravés à jamais dans les mémoires. Le dernier n’échappe pas à la règle, avec une ouverture magistrale.
Il est huit heures au Massalé. Le soleil cogne fort. Un public matinal s’est déplacé en masse pour le traditionnel riz chauffé et l’hommage à Alain Peters, assuré par la crème des musiciens, les « dalons » du poète : Danyel Waro, Loy Ehrlich, René Lacaille, Joël Gonthier, Tikok Vellaye.
L’époustouflant « casting », la communion évidente entre les artistes, ne pouvaient engendrer qu’un art exceptionnel. Nul besoin d’évoquer les mots « groove », « précision », « talent », « émotion », « bonheur partagé ». Les cinq réunissent ces ingrédients, et bien plus encore. L’alchimie de l’instant s’inscrit au-delà de la parole. Trouver une « parabole ».
Une onde d’énergie passe non-stop de la scène au public : peut-être l’esprit d’Alain Peters, sixième larron résolument présent sur scène. Suzy et Josette, les sœurs de René Lacaille, évoquent les souvenirs du poète : Alain à la maison, sa douloureuse descente aux enfers…
A travers le public qui reprend en chœur les tubes, l’émotion circule. Un énorme frisson : des fous rires et des larmes que l’on n’essuie pas. Les musiciens aussi paraissent chavirés, par « le meilleur concert de l’année » dixit Loy Ehrlich. « La hissa moin la bat’ a terre !»*(« je suis fracassé ! »), s’exclame René Lacaille.
Une fois encore, l’après-midi offre une affiche de haut vol. D’abord Jaboticaba, un sympathique trio de chanson réunionnaise, à l’univers intimiste. Puis Nawal, « la voix des Comores » : une grande dame à l’élégance raffinée, qui fait du métissage son maître mot, un secret de fabrication pour envoûter le public. De la musique soufie aux polyphonies bantoues, en passant par les rythmes de l’Océan Indien, son trio- contrebasse, chant, percussion- navigue avec aisance, et un vrai sens de la musicalité.
Place ensuite à Firmin Viry, l’un des grands anciens du maloya et sa famille, accompagné de neuf musiciens indiens du Laya Orchestra. Les tablas, ses onomatopées, et les flûtes, s’enroulent au rythme du kayambe, et aux chants de l’Ile Bourbon. Là encore, le métissage rayonne, pour un show fabuleux et exalté. Tout simplement grandiose.
La journée se clôt sur la remise du prix Alain Peters, première édition. Il revient à Lo Griyo : une volonté affichée de la part du jury- des musiciens tels qui Gilbert Pounia de Ziskakan - d’honorer des formules innovantes. Sami Waro, Luc Joly et Yann Costa ne dissimulent pas leur joie. Une reconnaissance qui leur permettra de « grandir plus vite », mais aussi une responsabilité à assumer vis-à-vis de la tradition.
Car ici se joue l’enjeu de la musique réunionnaise, celui d’une nouvelle génération qui honore le maloya en le métissant, en l’orientant vers d’autres styles musicaux, à l’image d’un société bigarrée.
Chapeau bas donc pour ce Sakifo quatrième édition, le meilleur selon Yann Costa (Zong), un habitué des débuts. Le festival a grandi, mais parvient à conserver une dimension familiale. Surtout, il fait avancer la musique réunionnaise. Et cette année en particuliers, grâce aux fastueuses rencontres, le « festival des featurings » selon Sami. Cinq jours qui s’achèvent sur des souvenirs, mille histoires racontées, les artistes rencontrés, drôles, émouvants, aventureux, tous personnels.
Merci à Jérôme et à tout le monde. Big up !
*écriture phonétique
Anne-Laure Lemancel
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