EDITO 4 AOUT 2007
Comme chaque jour, le Massalé reçoit ses habitués : les deux soeurs de René Lacaille , revigorante ; le Mickaël Jackson local, aux chorégraphies encore hésitantes ; la bande de rastas, fidèle au poste ; la marmaille en pagaille. Et puis les artistes venus applaudir les « dalons » : Danyel Waro, Cyril Atef, Rajery, ouverts, accessibles, atteints eux aussi du virus de la bonne humeur. Flotte, sur place, un mélange d’odeurs culinaires : gaufres, crêpes, kebabs.
Aujourd’hui, au tour de la « blue note » d’investir la scène avec Jozéfinn’ : du jazz qui s’enivre au rhum et prend des accents chaloupés, sans pour autant tomber dans la démesure. Jean-Pierre Joséphine, excellent guitariste, hier aux côtés de Christine Salem, arrange ses envolées improvisées, de maloya. Une confrontation juste, tout en finesse, servie par une jolie instrumentation. Le lyrisme de l’harmonica se marie aux cordes de la guitare et au skatt, pour engendrer un ailleurs nostalgique, une country romanesque, le tout appuyé par une batterie en équilibre sur le temps. Un univers en douceur, sur le fil, soutenu par une énergie latente. Plein de modestie et avec son chapeau, Jean-Pierre Joséphine propose un style personnel, original et swingué. Dans ce genre de fusion, le jazz a tout à gagner.
Mayotte débarque au Massalé avec l’un de ses dignes représentants : Mikidache. Toujours engagé, il raconte l’histoire de cette île française des Comores, sa politique, sa société, ses histoires d’amour. De la tradition, il tire la modernité, détourne les instruments occidentaux pour interpréter le folklore mahorais : mgodro, transe. Les deux choristes invitent à la danse. Le public un peu timide se rapproche.
Explosion définitive et capitale avec l’un des shows les plus attendus du festival : Nathalie Natiembé et Bumcello, la rencontre ! Lorsque deux figures emblématiques du Sakifo 2006 se croisent, grâce au flair du sakiboss Jérôme Galabert, ça peut faire mal. Très mal. Deux comètes en collision provoquent le meilleur des feux d’artifice. « Bum ! », « Cello ! », « Nat ! » : un tourbillon d’énergies lancées en freestyle, un cocktail surréaliste de groove, de passion, d’humour. Un raz-de-marée musical, dont nul ne sort indemne, et une énergie à réveiller les morts. Chacun rebondit sur une idée lancée par les deux autres, s’imprègne de sa personnalité, envoie la sauce, l’esprit ouvert et le cœur libre.
Ils sont beaux ! Ils sont grands ! Ils sont forts ! Cyril Atef, le batteur fou shooté au rythme par intraveineuse, Vincent Ségal, le roi du swingcellisme électrique, et Nathalie Natiembé, diva « rock » maloya au tempérament de feu, clament, chantent, dansent leur bonheur de jouer ensemble. Une joie partagée et soutenue par les percussionnistes Sami (Waro) et Jean. Le public, devenu compact et euphorique, jubile, crie, siffle. « Vincent, Cyril, Nathalie, je vous aime ! », hurle un fan en délire. A mon tour de l’écrire…
Autre moment magique, au Plato cette fois : le spectacle Michto Maloya de Titi Robin et Danyel Waro. A la fin du concert, Titi honore l’île de la Réunion, son peuple et son métissage. Un hommage fort, reçu par le public avec la plus grande émotion.
Tard dans la nuit, surveillé par les « hauts » endormis, le Chapito s’enflamme sous l’électro-reggae de Flox, et le flow de Jamika. A demain !
Anne-Laure Lemancel
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