EDITO 3 AOUT 2007
Les parents devaient se battre pour revendiquer leur style musical ; la nouvelle génération, elle, peut offrir un maloya décomplexé : un art qui n’hésite pas à s’accommoder de nouveaux horizons, à flirter avec des musiques éloignées. La base reste cette rythmique ternaire si particulière. Chacun, après, l’agrémente à sa façon. Des métissages nés des aventures et des aspirations personnelles, émergent de nouveaux sons : le maloggae, le malojazz, le raggaloya, le sambaloya.
Quatorze heures. Un troisième jour se lève sur le Massalé, lieu désormais familier, toujours familial. Un passage obligé pour squatter, se prélasser sur des nattes, les oreilles et le corps détendus. Et profiter des concerts pour parfaire son bronzage.
L’inauguration revient à Lo Griyo, duo composé du jazzman Luc Joly et du fils de Danyel Waro, Sami Pageaux-Waro. Pas facile, avec un père « sorcier », l’une des plus belle voix de la musique du monde, de se faire un prénom. Du haut de ses vingt-cinq ans, Sami y parvient : il prend la tangente sans pour autant renier ses origines. Une émancipation teintée de respect dont il parle en pleine conscience. Influencé par son père, Sami marche pourtant sur une autre route, et propose un art original et intelligent.
Passionné de kora, il égrène les notes de l’instrument africain, bientôt rejoint par son complice. Entre les deux, le coup de foudre éprouvé lors de leur rencontre au conservatoire se lit au travers d’une évidente symbiose. Sami, curieux chronique, touche à tout : kora, likembé, kayambe, karkabous. Luc aussi, qui souffle, avec virtuosité dans ses saxos, ses flûtes, sa clarinette basse. A deux, ils sonnent comme quinze : leur musique acquiert une dimension orchestrale grâce aux machines de Yann Costa (Zong), et aux samples.
Le maloya constitue alors la racine d’un art arborescent, aux ramifications tournées vers le jazz, la musique gnawa, la transe, et l’imagination débridée des deux compositeurs. Sur le visage de Sami, le plaisir s’inscrit dans un perpétuel sourire, une joie quasi enfantine à bricoler ses sons. Une aventure pertinente se révèle au public : une jeune pousse qui ne demande qu’à s’épanouir pour devenir l’une des plus belles fleurs musicales de l’île.
Après les envolées technoïdes de Lo Griyo, Jim Fortuné, l’homme à la guitare, accompagné du batteur Fabrice Chow Kam Sing, diffuse ses douces mélodies aux effluves sensuelles.
Fin d’après-midi assuré par Christine Salem à la tête d’un nouveau projet. Avec le jazzman Jean-Pierre Joséphine, Ti Bleu mêle maloya et blues, deux styles musicaux aux histoires parallèles. Pour ce tout premier concert présenté au Sakifo après deux mois de répétition, la chanteuse paraît moins à l’aise qu’avec son groupe habituel, Salem Tradition. Le magnétisme, pourtant, demeure ; la voix suave, grondante, insolite, aussi ; de même que le tempérament de tigresse décelable sous la force tranquille. Le volcan s’éveille lors d’un final explosif, honoré de la présence de Luc Joly.
Si la guitare, la voix et les percussions peinent un peu à s’accorder, à trouver l’harmonie, la prestation révèle pourtant pleine de charme, une beauté sauvage, et des possibilité encore inexplorées.
Jour de mariage à Bamako à La Ravine. Après Neneh Cherry, Amadou et Mariam assurent le show, relayés par les brésiliens d’Eddie.
Mais ce soir, la place à découvrir, réunion du « tout Saint-Leu », serait plutôt la Cour Mao. Au fond du Massalé, un étrange endroit de bric et de broc, tenu par Mao, un chinois chauve avec des cheveux (ça arrive), est devenu en deux jours, en off, le lieu branché, dont tout le monde parle. Ce soir, Nono, un malgache résident à Saint-Leu, électrise le public avec un jeu de guitare à la Jimi Hendrix. Même qu’il joue avec les dents !
The public got the blues, la dodo lé bon. A demain !
Anne-Laure Lemancel
|