EDITO 2 AOUT 2007
La musique, meilleur cours de géographie ? Au Massalé, le public parcourt l’île dans tous les sens. Un kayamb secoué avec ce qu’il faut de justesse, un rouleur - cœur de l’île - frappé avec lourdeur, invitent au voyage, à la découverte des plages, des ravines, des « hauts », des bas-fonds, des poissons multicolores, des coraux, et de tous les saints (Clotilde, Denis, Pierre, Paul, Gilles, et les autres). Une gorgée de rhum arrangé, une bouchée de carry : la musique possède aussi ce goût-là. Une après-midi pour mieux comprendre l’histoire de cette île - trois fois et demie plus petite que la Corse ! - transmise sur scène par les meilleurs de ses ambassadeurs ! Départ immédiat.
Le périple commence par Apolonia, groupe de séga, un style musical qui mêle l’art autochtone aux influences occidentales : un art festif pour délier les hanches. Apolonia réussit le pari. Sans plus. La formation manque de piment, d’un soupçon de folie, et s’enferme dans ses propres clichés : l’amour, la mer, l’espoir, la paix, le ciel bleu, la flûte qui gazouille comme un oiseau. Un ennui larvé plane sur le public, malgré l’agréable douceur du moment.
Deuxième round. Le paisible radeau du séga explose sous l’éruption volcanique provoquée par Kiltir. Nono, ses cousins et ses frères, racontent, à coup de percussions et de chants, l’épopée du maloya. Débarqués sur scène en tenues d’esclaves, ils déchirent leur chemise, brisent les chaînes pour un peuple et une musique libérée. Leur prestation, théâtralisée, mime les combats des marrons, l’élévation de la vie, les prières. Le public se laisse happer par la magie de la mise en scène – batailles, pyramides humaines, acrobatie -, la beauté des costumes, l’assise rythmique irréprochable, et l’inaltérable énergie qui se dégage au long du show. Art tribal né de la terre et de la tradition, la musique pyromane embrase tout sur son passage. A la question essentielle posée mille fois par Nono le charismatique chanteur« Maloya, maloya pas ? », l’auditoire hurle comme un seul homme : « Maloya ! ». La famille a la rage : celle de transmettre les valeurs de ce style musical, le chant d’une île qu’ils servent pur et bien frappé. La tornade Nono descend de scène pour entraîner le public, déjà en transe, dans des danses endiablées. Lui-même conclut : « Comment on dit lorsque c’est plus que magnifique ? Méga ? Giga ? » ! Difficile, en effet, d’exprimer l’hystérie collective, et la joie qui se dégage du Massalé cet après-midi là. Du Maloya, Nono est le prince ! Un ange aux pieds nus ? Un sorcier ! Grâce à sa « thérapie de groupe » revendiquée, il a mis la fièvre pendant une heure !
Direction les Comores voisines avec Mounawar, qui allie à la musique de son archipel, un mélange de blues, de folk, de soul. Malgré ce chapelet d’influences plutôt bien digéré, la sauce peine à prendre.
A La Ravine, les montagnes colorées de bleu accueillent 340 ML. 340 ML ? Plutôt des litres de bon dub, façon « dance floor » et fiestas hypes déversées sur Saint-Leu par ces Mozambicains. Des notes et des riddims efficaces, agrémentés par la présence d’invités comme Nathalie Natiembé, ou Dreen, le Point G de Zong. Plus tard, la légende jamaïcaine Winston McAnuff mêle ses dreads à l’univers coloré et gentiment déjanté des excellents musiciens français du groupe Java. Et enflamme la ravine, une autre histoire. Pour l’instant, dormir, c’est…mmmh…sakifo ? A demain !
Anne-Laure Lemancel
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