EDITO 1er AOUT 2007
Sakifo, c’est décidément « ça qu’il faut » ! Pas de slogan mensonger : la nature elle-même s’associe à l’évidence du message. La veille encore, le soleil se reposait derrière d’inquiétants nuages ; aujourd’hui, il s’invite comme unique projecteur du coup d’envoi de la quatrième édition du festival Saint-Leusien. Au Massalé - la scène de l’après-midi consacrée aux musiques de l’Océan Indien -, ses rayons allongés à l’infini invitent à l’alanguissement des corps, prêts à recevoir leur lot de bonnes vibes. Du bonheur!
A travers le toit de palmiers, le prisme des couleurs se décline en rouge, jaune, vert. Trois groupes de la région, trois prénoms d’enfants du pays – Loïc, James, Benjam - mêlent les rythmes reggae aux senteurs musicales de l’île.
Les premières notes résonnent, douces. Tout en pudeur, le jeune Loïc joue sur la réserve : un troubadour timide et sensuel qui navigue, à dos de guitare et de kayamb, vers les rivages du reggae, du maloya, de la soul, de la salsa. Le chanteur ne bouge pas ; de ses yeux de biche égarée, il capte l’attention et entraîne dans un univers sympathique et sans prétention, un public décidé à se laisser séduire. Des ballades romantiques, un chant aux modulations délicates, composent cette prestation intimiste et charmeuse.
Les auditeurs, en mode « lézard », se lèvent dès le début du concert de James. Un baggy, des air max, un tee-shirt jaune assorti à la banderole Sakifo: le gaillard du Chaudron, la « banlieue chaude » de l’île, insuffle dans son reggae cuivré, l’énergie du « hip-hop ». C’est d’ailleurs de cet univers que vient l’ex Caniard, dont la route croise un jour celle des reggaemen Kom Zot. Le chanteur s’inspire de son environnement, et véhicule dans ses textes des messages citoyens. Le public connaît ses chansons par cœur ; la frénésie le gagne lorsque James entonne son tube Vanessa Magalie. Une bonne bouille, un feeling d’enfer, un flow plein de groove : James soulève la foule. « 974 represent ! ».
Crescendo avec Benjam, où comment un jardin ensoleillé devint « dance-floor » à cinq heures de l’après-midi ! Souvenez-vous de la macarena ! Benjam fait mieux : reculer, se baisser, léger déhanché, quatre pas à gauche, quatre à droite, lever de mains et cris de sioux, genre : « Ouuuuuuhhhh !!!! ». Simple. Ou encore la chorégraphie de l’ « hélicoptère » : faire tournoyer très vite un objet au-dessus de sa tête ! Testé : avec un tee-shirt ou un pull, ça marche ! Avec un portable – suggéré par l’artiste - rien à faire, ça ne tourne pas !
Benjam touche à tout : adolescent il joue du maloya ; s’embarque vers le zouk ; fonde un boys band et assure les premières parties des 2B3 et d’Alliage. Un parcours hors norme qui se retrouve aujourd’hui dans sa musique : une bonne soupe, au délicieux fumet de balloche, ambiance « concours de tee-shirt mouillé ». Kitsch à souhait, la prestation n’en demeure pas moins excellente : Benjam, un showman comme on en fait plus, entraîne le public dans le bonheur de « rouler le bassin », et de pousser la chansonnette sur des refrains aussi exaltants que « Moi j’aime les filles bien roulées, métissées, avec des gros roploplos ! ». Il s’éclate, sans se prendre au sérieux, et, finalement, ne manque pas d’un certain groove. En miroir, la foule, hilare, marche et danse à fond ! La machine s’embraye. Dans l’espace-temps du festival, l’air se charge du bonheur d’être là. Celui, aussi, d’apprécier une scène musicale réunionnaise dynamique, joviale, et qui fait du bien.
Le soleil débauche, et laisse place à la lune qui conduit les festivaliers à La Ravine, scène majestueuse et imposante, inscrite dans les rochers. Au programme : Ayo, Davy Sicard et Ismaël Lô.
Anne-Laure Lemancel
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