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Lever de soleil sur la Medina  
Curro et Carlos Pinana et le Quinteto Diapason ont été salués par deux salves d'applaudissements très entousiastes

Édito 7 juin 2007

Que font les musiciens dans leur loge avant de monter sur scène ? Certains lisent, d’autres s’obstinent sur un jeu de console portable. Le guitariste flamenco Carlos Piñana exerce sa main aux doigts interminables : une araignée gipsy qui monte et descend, à toute vitesse, le manche de l’instrument. Livre abandonné, console rangée. Les rythmes s’échauffent sur les étuis des violons, percussions improvisées. Regards échangés et éclats de rire témoignent, cinq minutes avant l’entrée sur scène, d’une atmosphère détendue.

Pas de pression, donc, comme si la plus exceptionnelle virtuosité relevait, chez les frères Piñana, de la nature. L’aisance du jeu masque les années de travail acharné. Seule subsiste l’impression d’un don de Dieu, ou le flux d’un sang musical dans les veines, héritage familial. Curro et Carlos rappellent des médecins, des avocats : petites lunettes, cheveux et costumes noirs. Une attitude sérieuse, presque scolaire, que vient contredire un art exalté, tout droit sorti des tripes, une musique qui parle de l’âme à l’âme. Chez Curro, le chant naît du ventre, remonte par le thorax et le cou, traverse et contorsionne le visage. Le son parcourt le corps de manière physique : gonflements, palpitations. Dans l’air, il arrive, magnifique, à plein volume, chargé de nostalgie, de sanglots et de passion. Mélopées et improvisations chantées paraissent abandonner le rythme, toujours retenu par les “palmas”, tour à tour intimistes ou ostensibles, et la guitare. Carlos possède au moins vingt doigts. L’instrument devient orchestre : une ligne de basse claire, un chant sensible où chaque note sonne juste, une assise rythmique irréprochable.

Venu tout droit de Cuba, le Quinteto Diapason -quatre violons lyriques et une contrebasse- confère à la musique des deux frères une dimension mélancolique, et invite, sous le chêne, des envies de romantisme. Le public se montre conquis par l’interprétation de la Messe Flamenca de Murcie, œuvre originale qui permet d’apprécier les diverses influences du flamenco –arabes, juives, chrétiennes- et sa spiritualité. Ponctuée de “Olé !” et de “Otra !”, l’ovation, émue, est triomphale.

Il fallait au moins une tigresse, une artiste du tempérament de la Béninoise Angélique Kidjo pour secouer le public un peu engourdi de Bab Makina. Dès son entrée sur scène, crâne rasé et peroxydé, costume d’homme crème, elle danse, groove, harangue la foule, séduit par sa voix aux accents soul et R’n’B nourrie au soleil africain. Tour à tour rockeuse, rappeuse et diva africaine, elle divulgue son inaltérable énergie d’un bout à l’autre du plateau. Une véritable show-woman, qui ne saurait laisser insensible : le public se lève, chante, frappe des mains. Les allées se noircissent. La ferveur met du baume au cœur. Les percussions s’enflamment ; des danseurs squattent la scène, au gré d’un spectacle doué d’une dimension politique et pro-africaine, car, comme le rappelle l’artiste sous les applaudissements, “toutes les musiques viennent d’Afrique”.

Fin de soirée à Dar Tazi, avec l’ensemble Gnaoua Ouled Kamar. Le palais accueille un after, discothèque en plein air sous les palmiers, au son d’un blues marocain, joué à la perfection. Tout le monde danse, dépense son énergie, pose le “sac de caillou” qui pouvait l’entraver pour laisser libre cours à la fête, légère. La transe gagne l’assistance. Au sens propre pour certains ; au figuré pour la plupart. Au final, peu importe : “La transe n’est pas ce qui nous dépossède, mais ce qui nous rend présent à nous-même”.

Anne-Laure Lemancel

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Gnaouas de la rue
Gnaouas de la rue
Gnaoua de la rue

Curro et Carlos Pinana et le Quinteto Diapason
Curro et Carlos Pinana et le Quinteto Diapason


Angelique Kidjo
Angelique Kidjo
Angelique Kidjo



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