Quand sonne lheure des adieux, la terre semble vouloir se dérober sous nos pieds. Après dix jours tendus vers la beauté, lélan nous porte encore à guetter les traces fugitives du sublime, linstant où la magie prend les commandes du navire sur lequel voguent auditoire et musiciens. Barque de bois, galère fendant les flots adverses, flèche océane aux immenses voilures tendues de perfection, vaisseau interstellaire franchissant les fractales de mondes inconnus
Saluons les équipages qui ont permis tous ces voyages !
Musée Batha : Sharam Nazeri
Iran
CHANTS SOUFIS D'IRAN
Celui auquel nous convie cet après-midi lensemble de Sharam Nazeri dépasse tout ce qui a été offert à notre écoute jusquà présent. Et la panne délectricité qui perturbe le bon déroulement de la balance nest pas de nature à déstabiliser le plus contemporain des grands maîtres persans. Les envolées acoustiques qui nous parviennent de la coulisse où il répète avec ses musiciens marquent déjà la différence. Au cours des concerts qui se sont succédé à Fès, nous aurons pu apprécier les subtilités de la nouba marocaine (Mohamed Briouel), du muwachchah alépin (Sabah Fakhri), du taksim ottoman (Derviches tourneurs de Konya), de la wasla (Aïcha Redouane) ou du maqâm al Iraqi (Hussein Al Azami)
Face à cette variété de formes modales orientales, cest un nouveau degré délévation et de raffinement quapportent le chanteur kurde iranien et son ensemble dans leur interprétation du radif persan - conglomérat des principes du maqâm, de genre mélodique et cyclique, ainsi que le décrit Amnon Shiloah in La musique dans le monde de lislam (Les chemins de la musique, Fayard 2002).
Grand et bel homme dans la force de lâge (52 ans), Sharam Nazeri, rayonne de la plénitude de ses moyens. Sa voix a commencé à se polir sur la poésie de Djalal ud-Din Rumi, il y a 45 ans. Elle sest épanouie grâce à lenseignement "de poitrine à poitrine" suivi auprès de maîtres : Mahmoud Karimi, Nour Ali Boroumand, Ahmad Ebadi et Abdollah Davami. Mais depuis 30 ans, il sest frayé un chemin bien à lui, incarnant aujourdhui la modernité la mieux ancrée au sein de cette tradition savante. Son chant est traversé par un formidable souffle de vie. Tout son corps sanime lorsque vibre sa poitrine. Il aménage les sons en de grands paysages, où labstraction côtoie la variation sur la nature. Sans jamais se répéter, le poème musical évolue de confidences inouïes sur la langue des oiseaux en déferlants cataclysmes issus de la parole des cieux. Ses bras, ses mains pétrissent la matière du moment musical, entraînant chaque instrument dans ses modulations, échafaudant de renversantes fantasmagories, peintes en un clin dil à même la psyché de chaque individu tendu à son écoute. Comment laisser partir un tel magicien ? Le public, debout, tente par ses bravos de renvoyer aux artistes la mesure de son extase.
Bab Makina : Liz Mc Comb et l'Arc Gospel Choir of Harlem Gospel
USA
GOSPEL
Après de tels transports, la métrique binaire du blues et du gospel, servis légèrement tièdes sur Bab El Makina, paraissent un peu fades. Dans sa toute puissance, la culture nord américaine fascine les Fassis. Ils se pressent au restaurant Mc Donald, ouvert il y a quelques semaines, surplombant la vallée qui sépare la ville nouvelle de la vieille cité. Ils sont heureux dentonner Happy Day avec lARC Gospel Choir et de taper des mains au rythme du piano et de la voix voluptueuse de Liz McComb. Chacun chante la paix et luniversalité de son dieu
François Bensignor
L'Equipe de Mondomix en direct de Fès :
Marc Benaïche, Réalisation multimédia & Production
François Bensignor, Textes & Interviews
Arnaud Cabanne, Réalisation vidéo et son
Janine Langlois-Glandier, Associée
Catherine Zbinden, Coordination & Production
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