Madredeus

2349 visites
artiste - Musique

Le mysticisme tient parfois ses racines dans la matérialité la plus prosaique. Celle de l'asphalte des métropoles par exemple. C'est le cas de Madredeus, un groupe portugais, qui tire son nom de l'église qui domine ce quartier populaire de Lisbonne. Malgré les nombreux changements de musiciens, le groupe a su conserver une unité: celle d'un voyage musical fantasmatique. Se déplaçant du fado traditionnel au folk, à la musique classique ou encore à la bossa nova, Madredeus, tel un prisme aux multiples facettes en mouvement, reste fidèle à ses ambiances éthérées. Un univers que savent si bien susciter les voix mélodieuses de ses chanteuses dans lequel ont pu se reconnaître le réalisateur Wim Wenders (pour la bande son de son film Lisbonne Story) ou les organisateurs de l'Exposition universelle de Lisbonne en 1998 qui choisirent Madredeus pour représenter la culture portugaise.

Portrait

En 1985, quand Pedro Ayres Magalhães et Rodrigo Leão, les deux bassistes de deux des groupes rock les plus célèbres du Portugal (Heróis do Mar et Sétima Legião) se rencontrent, c'est pour dialoguer avec leurs guitares acoustiques. D'improvisation en improvisation, des compositions voient le jour et d'autres musiciens les rejoignent : d'abord, Gabriel Gomes, l'accordéoniste de Sétima Legião, puis, l'année suivante, c'est au tour du violoncelliste Francisco Ribeiro (un ami de Pedro Ayres) de rejoindre le trio.
Pedro Ayres Magalhães écrit des textes, mais, malgré de nombreuses auditions, les membres du groupe n'arrivent pas à trouver la chanteuse de leurs rêves. Une nuit, alors qu'ils traînent dans un bar du Bairro Alto, le quartier de la vie nocturne Lisboète, ils sont subjugués par la voix d'une jeune femme qui, attablée avec des amis, se lance spontanément dans l'interprétation de quelques airs de fado. Ils invitent Teresa Salgueiro, alors adolescente, à les rejoindre pour une répétition ; le quatuor est unanime, ils ont trouvé la voix qui leur manquait. Peu après, le groupe installe ses quartiers généraux dans un ancien couvent qu'il partage avec une troupe de théâtre amateur. L'acoustique et l'atmosphère idéales du lieu font rapidement progresser le groupe dont les répétitions deviennent le point de rencontre de nombreux amis et connaissances. Ce public leur permet de tester l'impact de leurs compositions et, surtout, leur suggère d'adopter le nom de l'endroit, Convento de Madre de Deus, comme nom de groupe.
Nous sommes en 1987 et Madredeus se sent prêt pour passer à l'étape suivante. Leur premier album est enregistré en trois nuits, dans leur local magique de répétition où, pour minimiser les bruits parasitaires, ils jouent pieds nus, cessant les prises à chaque fois qu'un tram s'approche du bâtiment. A l'automne, ils se produisent pour la première fois hors du cercle d'initiés, en première partie de Sétima Legião et, tout de suite, l'accueil du public est chaleureux. Lorsque, en fin d'année, sort "Os Dias de Madredeus", la presse est unanime pour saluer Madredeus, en qui elle reconnaît un renouveau rafraîchissant de la musique populaire portugaise. Leur envol est pris et, durant les deux années suivantes, ils multiplient les concerts et les succès à travers le Portugal, établissant un solide noyau de fans.
En 1990, ils enregistrent leur second album, "Existir", avec l'ingénieur, producteur António Pinheiro da Silva, qui connût son heure de gloire au sein de différents groupes des années 70. La collaboration entre Madredeus et le producteur se passe si bien que ce dernier devient un membre du groupe à part entière. En 1991, une nouvelle tournée au Portugal attire un public toujours plus nombreux. Le 30 avril, ils donnent un concert exceptionnel à Lisbonne, en compagnie du maître de la guitare portugaise Carlos Paredes et d'un chœur de 80 voix, qui donnera naissance au double album live "Lisboa". Pendant deux ans, ils tournent intensivement en Europe et au Japon, passant ainsi au statut de vedettes internationales.
Lorsqu'ils reviennent au Portugal, en décembre 1993, leurs coreligionnaires, frustrés par deux ans d'absence, leur réservent un accueil triomphal. Cette suractivité n'est pas sans conséquences sur le moral des troupes. Le besoin d'air se fait sentir et les projets annexes se multiplient ; Pedro Ayres s'investit dans le groupe Resistência et Rodrigo Leão sort un premier album solo.
En 1994, ils enregistrent deux albums (dont "Ainda") pour les besoins du film de Wim Wenders, "Lisbon Story", dans lequel ils apparaissent. A cette époque, Rodrigo Leão quitte le groupe et est remplacé par Carlos Maria Trindade. Pendant 3 ans, les tournées internationales se succèdent, mais également les dissensions au sein du groupe. En 1997, Gabriel Gomes et Francisco Ribeiro s'en vont. En fin d'année, c'est un Madredeus nouvelle formule qui présente "O Paraiso" à la presse lors d'un concert à Evora. Malgré ces bouleversements, leur succès ne se dément pas. En 1999, au Mexique, ils jouent devant 100 000 personnes et, en 2000, ils publient leur premier "Best of".
En alliant l'esprit originel de la saudade avec des arrangements subtilement actuels, les Madredeus sont devenus les ambassadeurs d'un Portugal moderne autant qu'éternel.

Madredeus
2349 visites

Commentaires

Poster un nouveau commentaire

  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage

CAPTCHA visuel
Entrez les caractères (sans espace) affichés dans l'image.

RadioMix - La radio Mondomix ! Retrouvez chaque semaine de nouveaux titres !

Toutes les langues