Israel Galván

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artiste - Musique
Israel Galvan

Né en 1973 à Séville, dans le berceau du Flamenco, le danseur et chorégraphe Israël Galvan, fait figure de prodige. De ses parents bailaores il apprend la tradition mais la dépasse rapidement et développe une nouvelle manière de danser le Flamenco. Il y a eu un avant et un après Camarón pour le chant, avec Galvan, la danse vit actuellement une même révolution.

Portrait

 

Le danseur espagnol Israël Galván est en train de marquer la danse flamenca d’un impact indélébile, ses fans disent de lui qu’il révolutionne son art comme autrefois Camaron a transfiguré le chant flamenco. Portrait par une des grandes spécialistes françaises de l’art flamenco, l’ethnomusicologue Corinne Frayssinet Savy.

 

 « Peu d’artistes sont capables, en une seule représentation, de transformer la vie des gens » selon Christine Greiner (1). Israël Galván (2) « en fait partie ». Il modifie profondément notre vision de la danse flamenca. Il réévalue le spectacle flamenco conçu en une succession de numéros de danse. Ce type de représentation s’élabore dans les premières académies de danse apparues à Séville ou encore dans les zambras (3) créées dans le quartier gitan du Sacromonte à Grenade. L’histoire du flamenco professionnel façonne dès le milieu du XIXe siècle, une forme de danse soliste. Le danseur flamenco / bailaor ou la danseuse flamenca / bailaora y acquiert une position dominante face aux musiciens, qui s’affirme depuis l’époque des cafés cantantes / cafés concerts. Chacun danse avec la musique. La richesse rythmique propre à chaque compás de baile (4) forme un langage musical partagé par le danseur et ses musiciens. Mais cette relation duelle s’efface peu à peu devant un nouveau rôle donné à la musique. Le chant / cante et le jeu instrumental de la guitare / toque doivent accompagner, voire même, mettre en valeur le danseur soliste. L’idée de danser sur la musique, caractéristique du ballet, s’applique au flamenco sur les scènes de théâtre au cours des années 1920. Elle détermine la chorégraphie du ballet flamenco.

 

Depuis 1998, Israël Galván transfigure la danse soliste flamenca en danse en solo. En dix ans, il chorégraphie et danse seul dix spectacles. Il ne s’agit pas de récital de danses solistes comme l’avaient proposé en leur temps Antonia Mercé « La Argentina » et Vicente Escudero. Israel Galván construit chaque spectacle comme un ensemble de propositions. La danse flamenca devient une expression polysémique, somme d’expériences musicales différentes. Israel Galván raconte que, pour nourrir son désir de danser, il déstructure ce qu’il a acquis en danse et cherche son propre langage. Cette expérience le conduit à danser différents styles musicaux dans ses spectacles. Le chant / cante peut côtoyer le heavy metal ou le jazz, s’effacer devant la guitare flamenca, les percussions, la gaïta andalouse, György Ligeti...(5) Il rappelle qu’il a toujours dansé. Il apprend la danse dès l’enfance avec son père, le danseur José Galván, et sa mère la danseuse Eugenia de los Reyes. Puis en 1994, il entre dans la Compañía Andaluza de Danza dirigée par Mario Maya. Mais c’est la musique qui fait de lui un être dansant, à l’écoute d’une intériorité.

 

Depuis lors, Israel Galván ne cesse de nous faire percevoir la musicalité de la danse flamenca. Pour se faire entendre, il passe par l’immobilité, figure du silence en musique, ou encore par la suspension du mouvement, approche fine de la llamada (6). Il vise une mise en jeu du geste à travers un dialogue subtile et minutieux avec la musique. Il construit un duo avec les musiciens, avec des objets sonores renouvelés d’un spectacle à l’autre, avec le « paysage sonore » dans le cas du solo. Cette présence forte du musical recentre la danse sur l’expression première flamenca. Dans le cercle intime de la pratique familiale, voire même privée, le chant appelle la danse. Le corps dansant rend solidaire mouvement et percussions, rythme et timbre. L’audace d’Israel Galván est d’avoir recentré depuis dix ans de création ininterrompue, la danse flamenca sur la musique, espace vierge à explorer. Sa danse ne défie pas les musiciens en se laissant emporter dans de longs développements virtuoses. Elle engage la musique flamenca sur le terrain du musicien-danseur.

 

 

(1) Christine Greiner, « Ôno Kazuo : le corps où les mots ne s’inscrivent pas », La danse en solo. Une figure singulière de la modernité., Centre national de la danse, Paris, 2002, p 95.

(2) Israel Galván de los Reyes, (Séville, 1973), s’affirme depuis 1998 comme un chorégraphe-danseur flamenco. Forte de dix créations en dix ans, une trajectoire peu commune commence, jalonnée par l’obtention des prix les plus prestigieux du flamenco et de la danse. En 2005, il reçoit le Premio nacional de Danza – domaine de la création – attribué par le Ministère de la Culture espagnole « pour sa capacité à générer dans un art tel que le flamenco une création nouvelle sans oublier les véritables racines qui l’ont nourri jusqu’à nos jours, et qui le constitue comme un genre universel ». Depuis dix ans, ses créations définissent une étape fondamentale dans l’évolution de la danse et de la création chorégraphique flamenca.

(3) Zambras : spectacle gitan né dans le quartier du Sacromonte à Grenade pour répondre notamment au goût exotique à la fois d’un public local et d’un tourisme émergent.

(4) Compás de baile : cycle rythmique périodique de base caractéristique de chaque genre flamenco approprié à la danse flamenca.

(5) Extrait d’un interview d’Israel Galván, Séville, 05/04/09.

(6) Llamada : terme qui s’applique soit à la danse pour signaler un changement de partie aux musiciens, soit à la guitare pour signifier au cantaor / chanteur qu’il peut commencer. La llamada en danse indique la fin d’un cycle de pas et le début d’un autre à venir par quelques frappes fortes ou golpes sur les temps ou les contretemps.

 

Israel Galván
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