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Danyel Waro
© D.R.

Aou Amwin


Aou Amwin

Il est loin le temps où « La » voix du maloya rechignait à enfermer son chant libre sur un enregistrement audio. Depuis Gafourn, une cassette, qu’il avait bien voulu consentir en 1987, petit à petit Waro a pris le goût de laisser des traces de la sève humaniste et poétique qui coule en lui. Voir arriver aujourd’hui carrément un double album, près de deux heures de Danyel Waro d’un coup, voilà qui a la saveur d’un plaisir que l’on n’aurait jamais osé espérer, surtout en ces temps de désastre dans le monde du disque. Un artiste de cette stature mérite amplement un double album, justifie Philippe Conrath, directeur du festival Africolor, du label Cobalt et producteur de Danyel Waro. En plus, il est vrai que l’enregistrement, fait à la case familiale, s’est déroulé dans une telle ambiance, sereine, libre et décontractée, qu’on n’a pas vu le temps passer. Et puis il y avait tellement de textes et de chansons à mettre sur ce disque ! « Salim », par exemple, une longue histoire chantée pour un de ses amis, Erik Salim Vuillaume, décédé d’une leucémie, en 2001, qui, rien que pour elle, nécessitait un long espace temps de plus de vingt minutes. Il y avait aussi cette envie d’y inclure des moments d’échange avec A Filetta, les amis corses, frères de cœur et d’engagement. Et puis encore le désir d’inviter un voisin d’en face, le rappeur sud-africain Tumi, pour une reprise du titre " Mandela ", que Waro avait enregistré autrefois sur Bwarouz (2002).

 

Waro fascine par sa voix, reconnaissable entre toutes. Cette voix à la fois intense et fragile qui magnifie ses talents de conteur, son pouvoir de chanteur, fascinant, magnétique, son savoir-faire mélodique. Ce double album enchante également par son ouverture musicale, la diversité de ses couleurs : l’introduction discrète des cordes de la takamba, (l’instrument dont jouait Alain Peters, à qui Waro rend hommage) ou celle du bobre, l’arc musical cousin du berimbau et les tissages polyphoniques qu’osent de plus souvent les musiciens de Danyel Waro. Essentiel et rayonnant.

 

Patrick Labesse




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