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// Cheick Tidiane Seck

Le Panthéon panafricain
© D.R.

Le Panthéon panafricain


Plus souvent sideman ou chef d’orchestre à connexions multiples, le Malien Tidiane Seck distille ses projets personnels avec parcimonie. Treize ans après Sarala (1995), cinq ans après l’ambitieux MandinGroove (2003), le guerrier du clavier, alias le Che, sort enfin un nouvel album solo, Sabaly. Enregistrée au Mali, cette longue ballade orchestrée par un Cheick au piano (mais aussi au chant, à la guitare, et à la calebasse) déroule le tapis rouge à la crème de ses collègues de jeu (Oumou Sangaré, Toumani Diabaté, Dee Dee Bridgewater, Paco Sery, Amadou et Mariam, Manu Dibango, Petit Adama), plus amis que guest stars. Depuis ses aventures dans le Rail Band, l’homme aux doigts d’or est peut-être devenu le plus américain des jazzmen africains, aux côtés des plus grands d’outre-Atlantique. Son dernier album à peine bouclé, Cheick Tidiane reçoit au dernier étage de sa maison de disque, à Paris, juste en face du Panthéon qu’il photographie méthodiquement lorsque nous le rencontrons. Quand un monument de la musique est fasciné par un monument historique, ne reste qu’à trouver la bonne gamme pour les réunir.

 

// EM : Vous qui avez accompagné les plus illustres, voudriez-vous figurer un jour au Panthéon de la musique?

// CTS : Pas tout de suite ou alors au Panthéon des oubliés, ces potentiels grands de ce monde, négligés la plupart du temps pour leurs opinions ou par leurs discours trop complexes. Seuls quelques professionnels ou privilégiés savent le rôle que je peux jouer dans un concert. C’est vrai que j’ai joué avec Ornette Coleman, Joe Zawinul ou Hank Jones qui auraient leur place au Panthéon de la musique actuelle et passée. J’ai eu le privilège de partager des moments de musique avec eux, mais le Panthéon, ce n’est pas dans mes ambitions. Comme dans ma carrière de peintre, en musique aussi, je ne suis pas bon pour organiser mon business. Je n’attends pas de reconnaissance spécifique, mais si ca arrive, je suis aux anges. De toute façon, je ne veux pas me mettre au niveau de la musique. Quelle que soit la reconnaissance que je peux avoir, je serai toujours au-dessous d’elle. La dernière mélodie ne sera jamais jouée, la musique nous dépasse. Nous partons, elle reste. Lorsque Joe Zawinul est mort, j’ai vu une partie de moi partir aussi. Il m’a donné confiance en moi et m’a présenté à tous les grands du jazz, Herbie Hancock, Chick Corea et beaucoup d’autres. J’ai versé une partie de ses cendres dans la Seine avec quelques amis musiciens, et j’ai fait le même cérémonial au Mali dans le Niger. Le sacré de notre relation va au-delà de la musique.

// EM : Vos relations avec les etats-Unis et les artistes américains restent profondes, même si vous avez choisi d’enregistrer au Mali ?

// CTS : Depuis les années soixante-dix, je suis passionné par la lutte des noirs en Amérique. Radio Mali a toujours joué de la musique noire-américaine : James Brown, des hits de la Motown. Ca m’a inspiré. Mais je ne suis allé aux Etats-Unis qu’en 1990 pour enregistrer le disque Amen, avec Wayne Shorter, Santana et Zawinul, puis je suis resté et j’ai pu jouer avec les plus grands du jazz. Dans ces rencontres, je cherche une fusion, qui devient la symbolique de notre rencontre. Il ne s’agit pas de juxtaposition mais de vrai mariage. J’ai été à l’école de la soul, du gospel, du negro spiritual, et quand j’arrange ma musique c’est sur le canevas de toutes ces écritures, avec des lignes de basse proches de celles des productions Motown, mais qui ressemblent aussi à nos folklores mandingues.

// EM : Ce n’est donc pas un hasard si votre dernier album s’ouvre par Oh Lord ?

// CTS : Ce morceau n’est pas du tout gospel. Je l’ai écrit alors que j’attendais l’avion à Bamako. Mon vol d’Air Sénégal était reporté, et je suis donc passé chez Amadou et Mariam. J’ai pris la guitare sèche et j’ai commencé à jouer. Les accords sont venus.

// EM : Beaucoup d’albums se faisaient jadis à Paris ou à abdijan. Bamako est-elle aujourd’hui devenue une nouvelle capitale musicale ?

// CTS : Il se passe des choses partout en Afrique. Je viens de finir plusieurs albums à Bamako (avec Oumou Sangaré, Dee Dee Bridgewater, Kasse Mady Diabaté, Sorry Bamba), mais j’ai aussi des projets au Togo ou en Amérique du Sud, notamment un opéra sur un de mes ancêtres mandingues parti découvrir le continent avant Christophe Colomb. Je suis panafricaniste, j’admire NKrumah, Biko, Lumumba. Paix à leur âme.



Elodie Maillot



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