Samarra


"Searching For Sugar Man" un documentaire de M. Bendjelloul.

par vservat Email

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

The wandering spirit of Detroit.

 

 

Detroit, entre aujourd’hui et hier. La brumeuse métropole de l’automobile triomphante, la capitale du travail à la chaine, l’antre des Big 3 (Ford, Chrysler et General Motors) n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle qui s’était enflammée aux rythmes de la Northern Soul, à jamais associée au label Motown, est devenue une cité fantôme anéantie par le chômage, la pauvreté, et la crise immobilière.

class="MsoNormal" style="margin-bottom:0cm;margin-bottom:.0001pt;text-align: justify;mso-pagination:none;mso-layout-grid-align:none;text-autospace:none">Il y a pourtant un brasero qui brûle encore dans une de ces bicoques à moitié bancales, une guitare et une voix qui entonne ces quelques rimes :

 

Sugar Man, won’t you hurry

"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">'Cos I'm tired of these scenes

"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">For a blue coin won't you bring back

"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">="font-size: medium; ">All those colours to my dreams"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">Silver magic ships you carry"MsoNoSpacing" style="text-align:justify">Jumpers, coke, sweet Mary Jane"MsoNoSpacing" style="text-align:justify"> 

 

 

 

 

Ce que l’on entend a l’intensité et la noirceur d’un titre de Johnny Cash, la rondeur des productions soul de chez Motown. Caffey et Théodore, deux producteurs dont le carnet de bal ferait pâlir n’importe quelle lycéenne en route pour la soirée de fin d’année, racontent l’histoire de leur rencontre avec l’auteur interprète de « Sugar Man » en 1969.  Dans le fond d’un bar enfumé baptisé « the sewer », près du fleuve,  dans ces quartiers ouvriers peuplés de travailleurs du bâtiment ou de l’automobile qui oublient là leur dure journée de travail. Pour eux, c’est la révélation : ce type est plus fort que Dylan, aucun superlatif n’est assez fort pour dire ce qu’ils ont ressenti dès la 1ère écoute.

C’est signé pour un album, « Cold Fact ». Un deuxième suivra « Coming From Reality ». La force et le génie de leur auteur, nous disent-ils, réside dans son authenticité bien supérieure à celle des chanteurs engagés des 70’s. L’écouter est une expérience quasi religieuse qui vous fait immédiatement plonger dans la réalité sociale de la ville. Il est l’inlassable arpenteur des rues de Detroit dont il a su capter l’âme en  déambulant dans ses bars, ses terrains vagues, à la sorties des usines. L’homme partage le sort de ses habitants qu’ils soient manœuvres, ouvriers aux mains calleuses ou employés des chaines de montage. Il en couche sur le papier la vie ordinaire qu’il réenchante à l’aide de quelques accords de guitare. Ce « wandering spirit of Detroit » s’appelle Rodriguez.

 

Ces deux albums ont été des échecs cuisants, ils n’ont eu aucun succès aux Etats Unis, Rodriguez est un nobody des charts, il n’a laissé qu’un trou noir dans l’univers de la musique. On dit qu’il s’est immolé par le feu sur scène de dépit suite à un concert raté et une carrière qui n’a jamais décollé. D’autres prétendent qu’il a préféré sortir une arme et se faire sauter la cervelle devant son public. Une 3ème  version évoque l’overdose. Rodriguez laisse derrière lui deux albums, des éloges, des larmes et un grand mystère pour ceux qui ont cru pouvoir le lancer sur la route du succès. Restent de lui ce patronyme qui l’identifie comme mexicain et quelques photos floues. On en sait finalement si peu.

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Music is a weapon.

 

 

 

 

Cape town, Afrique du Sud. Au volant de sa voiture, Sugarman suit la route qui serpente le long de la côte. Etrange surnom pour un disquaire qui vit à l’autre bout de la terre, sous un climat beaucoup plus clément que celui de Detroit. Lui aussi veut nous parler de Rodriguez dont il a écouté et dupliqué les vinyles et dont il diffuse maintenant les cd.

Nous sommes renvoyés dans les années 80. L’apartheid n’a jamais été aussi étouffant, et l’Afrique du Sud aussi isolée. P. Botha peut bien faire preuve d’autoritarisme à la tv, rayer les noires galettes gravées de musiques et surtout de textes subversifs pour en empêcher l’écoute, son mode de gouvernement raciste, ségrégationniste et meurtrier est dans l’impasse. Boycotts, manifestations, affrontements le prouvent. Des stades aux ambassades, l’apartheid se heurte à un mur de plus en plus épais et condamne l’Afrique du sud à l’enfermement.

Au hasard d’un voyage des Etats Unis vers l’Afrique du Sud, le disque de Rodriguez arrive en terre d’apartheid. Les jeunes afrikaners sont subjugués par le pouvoir de contestation qui émane des textes, par la liberté de ton et de choix des sujets qui abordent la drogue ou le sexe, et la malhonnêteté des politiciens. Le disque est dupliqué, diffusé clandestinement. Il circule dans les milieux de la musique (disquaires et groupes amateurs qui jouent sur les campus s’en emparent). Une jeunesse désespérée par un projet politique qui ne leur offrant d’autre perspective que la haine se saisit des chansons de Sixto Rodriguez comme d’une arme, y puise la force de s’opposer à l’oppression. Rodriguez est alors plus célèbre que les Stones !

Lorsque l’apartheid disparait, l’œuvre de Sixto Rodriguez peut enfin être librement éditée. On est alors entré dans l’air du CD et notre disquaire Sugarman (de son vrai nom S. Segerman) écrit un petit texte pour le  livret d’accompagnement de l’album « Cold Fact ». Il se rend alors compte qu’il ne sait rien de Rodriguez (même pas son prénom les crédits des chansons en mentionnant 3 différents). Craig Bartholomew-Strydom journaliste local qui se sent une âme de détective, l’aide à ouvrir un site internet et, tous deux  se lancent à la recherche de l’auteur de Sugarman. On est au début de nos surprises…

 

Working class hero.

 

 

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La suite du documentaire n’est pas sans évoquer Cendrillon. Sixto Rodriguez est vivant, sa fille l’atteste par un message sur le site internet de nos deux enquêteurs sud africains. Rencontre, découverte pudique du musicien père de 3 filles qui confirment son identité, départ pour l’Afrique du Sud, limousines à la descente de l’avion, concerts à guichets fermés devant des foules nombreuses, galvanisées, dont les visages expriment une béatitude totale. La citrouille s’est transformée en carrosse, on a trouvé à qui appartenait la pantoufle de vair.

 

On en resterait là que cet émouvant et sincère travail relèverait de la mise en image d’un conte de fée sur fond de contexte politique et historique tendu. Ce ne serait d’ailleurs pas déshonorant, loin de là. Certains trouveront sans doute de quoi ironiser sur les turpitudes ridicules et la vanité de l’industrie musicale actuelle qui arrive à refourguer massivement et à bon prix des compositions formatées, aussi inanimées musicalement qu’aseptisées politiquement, tout en se plaignant du téléchargement illégal. Le documentaire, en creux, nous permet d’y réfléchir.

D’autres vont frémir à l’idée que Sixto Rodriguez, désormais sous le feu des projecteurs, se retrouve subitement happé par la bête, devenant la proie d’une industrie musicale qui l’a spolié des fruits de son succès sud africain mais qui pourrait voir en lui, le storytelling fabuleux de son récent parcours aidant, la prochaine poule aux œufs d’or. C’est légitime.

D’aucuns, à l’instar de Libération (1) dont il est toujours plaisant de noter les grandes préoccupations artistiques, vont aussi déplorer sur un ton acide que le documentaire ne pose pas les questions irrévérencieuses dont le quotidien français se serait sans aucun doute saisit : où sont passés les droits d’auteur de Sixto Rodriguez liés aux ventes sud africaines ? Il serait temps de s’en préoccuper non ? There’s no business like Show business.

Pourtant, tout ceci peut être rapidement balayé d’un revers de la main. En effet, hormis la découverte musicale que constituent les superbes compositions de Sixto Rodriguez, c’est surtout lui, qui illumine le film. Pas grâce aux paillettes de ses costumes de scène, pas du clinquant des robinets en or de sa maison, et encore moins du reflet des pare chocs rutilants de sa voiture ;  pas plus par  son verbe d’ailleurs qui reste hésitant, discret, simple.

Sixto Rodriguez vit dans une maison vétuste et inconfortable de Détroit, dans un quartier fantôme battu par les vents. Son bien le plus cher (en valeur monétaire autant qu’affective) est une guitare. Emmitouflé dans son manteau il peine à marcher dans les rues enneigées. Ombre qui déambule dans une ville fantomatique il est pour ses voisins un homme simple,  de labeur, apprécié des maçons et travailleurs du bâtiment du quartier à qui il inspire respect et sympathie, admiré par ses filles pour son humilité, sa générosité, son abnégation dans le travail. Ce que le récent succès lui a apporté, il le redistribue. Son mode de vie  frugal est resté aussi intact que son altruisme. S’il a rencontré tardivement le succès, il a déjoué tous les attendus du monde de l’industrie musicale. Il est resté cet âme errante de Detroit, porte parole des sans noms et des sans grades, et surtout l’un des leurs. Un working class hero, dont l’intégrité et l’humanité alimentent une création artistique troublante d’intensité.

Une braise toujours incandescente dans une ville à l'agonie.

  

 

 

Je dois remercier Olivier F. de m'avoir signalé ce documentaire qui lui a autant plus que moi et Laurence DC qui m'a persuadée d'aller user quelques kleenex dans une salle obscure.

 

Notes : 

(1) Lire l'article du supplément Next du journal.

L'espace yougoslave en BD

par Aug Email

 Pour commencer 2013, nous vous proposons une sélection de BD et mangas sur un espace aujourd'hui éclaté mais qui conserve une certaine unité de culture et de langue. Parler "d'espace yougoslave" aujourd'hui (pour reprendre le titre d'un livre posthume d'Ivan Đurić) peut paraître dépassé. Pourtant, même si la Yougoslavie a disparu dans le sang et les larmes au cours des années 1990, de nombreux Ex-Yougoslaves conservent le souvenir de ce pays disparu dans lequel ils sont nés. Certains l'envisagent avec nostalgie, d'autres sans regret, mais il y a bien une histoire commune, pas seulement douloureuse, malgré la construction d'identités nationales souvent exclusives et mythifiées. La Bande dessinée, malgré ou à cause de son regard subjectif, nous semble un outil indispensable pour une première approche comme pour un approfondissement de l'hsitoire de l'espace yougoslave. Notre sélection rassemble des auteurs et des styles graphiques très différents. Certains ont des racines en Yougoslavie, d'autres y ont séjourné, quelques uns choisissent le réalisme, d'autres l'humour.

 

  • Fleur de pierre

 

 Commençons notre parcours par... le Japon. Fleur de pierre est une trilogie plutôt méconnue mais qui offre un regard original et décalé sur le passé de la Yougoslavie. La période abordée est celle de la Seconde Guerre mondiale. On pourrait penser qu'un Japonais se serait cassé les dents à restituer la complexité de la situation. Les lignes de fracture au sein des populations yougoslaves sont en effet nombreuses et confuses pendant le conflit : aux différends entre Serbes, Croates et Musulmans s'ajoutent en effet les tensions entre idéologies, notamment communistes et fascistes, et les divisions sur les moyens à utiliser (ou pas) dans la lutte contre les Nazis et les fascistes italiens qui se partagent le pays.

En choisissant de se placer à hauteur d'adolescents ballottés par la guerre, Sakaguchi parvient à restituer cette complexité et à échapper au piège du manichéisme, d'autant que les familles sont elles-mêmes divisées entre partisans et collaborateurs de l'occupant. Sans mettre toutes les violences sur le même plan, il évoque plusieurs aspects du conflit notamment la déportation des opposants et des tsiganes, le régime oustachi croate allié aux puissances de l'Axe, la lutte des partisans communistes derrière Tito et le combat parfois ambigu des Tchetniks serbes. L'auteur est plutôt bien documenté et fournit un manga prenant et donc historiquement très intéressant. Voici deux extraits :

 

 

 

 SIgnalons que ce manga n'a pas été réédité et qu'il peut être difficile à trouver.

 

>Hisashi Sakaguchi, Fleur de pierre, Vents d'Ouest 1997.

(3 tomes : 1-Partisan; 2-Résistance; 3-Engagement) Edition originale de 1984.

  

 

 

 

  • Les racines du chaos

 

Dans cette BD en deux tomes, les auteurs espagnols nous font voyager entre Londres, les Baléares et Barcelone. Mais le pays au coeur de l'intrigue, c'est la Yougoslavie des années 1930, 1940 et 1950. Sont ainsi évoqués la Yougoslavie monarchique de l'entre-deux-guerres, les déchirements de la Seconde Guerre mondiale et la Yougoslavie communiste dirigée par Tito. Le voyage de ce dernier à Londres en 1953 est l'occasion de réveiller, chez les expatriés yougoslaves au Royaume-Uni, les vieux démons des nationalismes concurrents. Il y a bien sûr les adeptes de l'idée yougoslave qui ne veulent pas choisir, mais aussi les nostalgiques d'une Yougoslavie dirigée par la dynastie serbe des Karađorđević et les anciens oustachis croates qui ont suivi le chemin de l'exil de leur chef Ante Pavelić en Espagne ou en Argentine. Au milieu de tout ça, le personnage principal ne sait plus trop à qui faire confiance parmi tous ces gens qui lui veulent du bien... ou du mal. En quête de ses origines et de sa véritable histoire, il doit démêler le vrai du faux dans ce champ de mines historique où chaque camp a sa propre version mythifiée du passé. Finalement, en examinant ces différents points de vue sur la Seconde Guerre mondiale présentés par les protagonistes de l'histoire, on se fait une idée assez précise des enjeux de cette période pour la Yougoslavie, germe de problèmes ultérieurs évoqués rapidement dans le deuxième tome. C'est également une belle histoire d'espionnage où l'on se perd logiquement, à l'image du héros...

 

 

>Segui & Cava, Les racines du chaos, Dargaud, 2011-2012 (2 tomes)

 

 

 

 

  • Ouya Pavlé-Les années Yougo

 

 L'humour et l'histoire de l'espace yougoslave, en particulier de la Serbie, sont les ingrédients de cette BD. Pour l'histoire, on passe sans transition de la défaite serbe (transformée en triomphe par le narrateur...) de Kosovo Polje en 1389 contre les Ottomans à la retraite serbe pendant la Première guerre mondiale en passant par le parcours de Mehmet Sokolović qui a fait construire le pont de Višegrad.

 

Pour l'humour, c'est plutôt noir et au 3e degré ! (tendance Petite histoire des colonies françaises). Le narrateur s'appelle Ouya Pavlé et franchit allègrement les barrières du temps. Marcel Couchaux s'inscrit volontairement dans la lignée de "L'oncle Paul" (traduction d'Oula Pavlé), personnage  imaginé par Charlier pour Spirou dans les années 1950. Plein de mauvaise foi, Pavlé vient tous les hivers raconter aux enfants les grandes heures de l'histoire serbe. Ces mêmes enfants sont rarement dupes comme lorsqu'ils persistent à le corriger lorsqu'il parle de Constantinople pour ne pas dire Istanbul...

Tout cela fonctionne la plupart du temps même si on est parfois un peu sceptiques. De nombreuses fautes d'orthographe viennent ternir l'ensemble ...

 

 Voici un extrait dans lequel Ouya Pavlé  franchit le pont de Višegrad, "personnage principal" du magnifique roman d'Ivo Andrić (prix Nobel de littérature 1961), Le pont sur la Drina.

 

 

 

 

 

 

 

  •  Vestiges du monde

 

Il s'agit d'un recueil des chroniques BD d'Aleksandar Zograf réalisées à partir de 2003 pour l'hebdomadaire indépendant Vreme. C'est une plongée passionnante dans l'univers graphique, littéraire et la vie quotidienne de la Yougoslavie au XXe siècle. L'auteur passe en effet beaucoup de temps sur les marchés et brocantes à récupérer des affiches, des lettres, des carnets dont il s'inspire pour ces chroniques. L'histoire de la Yougoslavie qui resort de ces chroniques est donc une histoire vue d'en bas, au plus près des habitants de ce pays disparu. C'est le portrait d'une Yougoslavie entre tradition et modernité, marquée par l'idéologie communiste mais ouverte sur l'extérieur. Zograf offre d'ailleurs souvent un regard intéressant sur les villes ou pays étrangers qu'il visite. Deux autres de ces ouvrages ont été publiés en français précédemment. Voyez ci-dessous deux de ces chroniques.

 

Un entretien avec l'auteur (de son vrai nom Saša Rakezic) sur le site actuaBD.

 

 

> Aleksandar Zograf, Vestiges du monde, L'Association, 2008

 

 

  • Sarajevo-Tango
 
Indigné par l'impuissance volontaire ou non de la "communauté internationale" pendant le siège de Sarajevo par les forces serbes de Bosnie, l'auteur de Bandes-dessinées Hermann a écrit en 1995 une BD-manifeste. Publiée peu de temps avant la fin du siège et les accords de Dayton mettant fin à la guerre, le livre a été envoyé par l'auteur à de nombreuses autorités pour les faire réagir (la liste est en début d'ouvrage.
Et en effet, l'ONU, rebaptisée pour l'occasion "Boutros Rallye" (du nom de son secrétaire-général d'alors, l'Egyptien Boutros-Ghali) n'a pas le beau rôle dans l'histoire racontée par Hermann. Entre cynisme et indifférence, l'organisation internationale ne semble être là que pour rassurer les médias avec son doigt menaçant pointé vers les forces serbes, métaphore des menaces sans effet. On pourra reprocher ce parti-pris à Hermann tant les moyens d'action de l'ONU, en Yougoslavie comme ailleurs, ont toujours dépendu de la volonté des Etats.

Reste que la plongée que nous offre Hermann dans Sarajevo en guerre montre bien l'enfer qu'ont vécu les civils, finalement les principales victimes de ce "jeu" de masacres. L'intrigue nous rappelle l'univers de la série Jeremiah qui fit le succès de l'auteur. Un univers où se croisent le monde du crime, celui du pouvoir, celui des médias. Des figures en émergent, jamais des saints, mais avec un bon fond. L'intrigue nous entraine sur les traces de Zvonko, un ex-légionnaire chargé de ramener en Suisse une petite fille.
Une critique virulente de la BD. Un portrait d'Hermann, auteur de la série Jeremiah. Son site officiel.



 

>Hermann, Sarajevo-Tango, Dupuis, 1995

 

 

  • Goražde de Joe Sacco
 
Pas facile de parler de l'éclatement violent de la Yougoslavie... Comment expliquer en effet que des voisins qui parlent la même langue et ont toujours vécu côte à côte, puissent, apparemment subitement, se vouer une haine que rien n'apaise, pas même le souvenir du passé.


Joe Sacco est reporter. Né à Malte en 1960, il est un véritable "citoyen du monde" ayant vécu en Australie, aux Etats-Unis (Portland dans l'Oregon et en Californie), à Berlin. A partir des années 1990, il parcourt le monde comme reporter, mais ces reportages ne sont pas classiques.
D'une part, il adopte une forme originale, celle de la BD en noir et blanc, d'autre part, il est un des personnages des histoires qu'il raconte. Rassurez-vous cependant, il se donne tout sauf le beau rôle (son autoportrait ci-dessous en témoigne...). Il réalise deux albums sur la Palestine juste avant les accords d'Oslo (publiés en France en 1996).



Il a vécu à Goražde la fin de la guerre en Bosnie, pendant l'année 1995. La ville est alors une "zone de sûreté" de l'ONU car elle est à majorité musulmane mais entourée de territoires majoritairement serbes. Elle est donc, avec Srebrenica et žepa, l'une des enclaves attaquée par les Serbes en Bosnie orientale. Des réfugiés des villages isolés et des autres enclaves tombées (Srebrenica de sinistre mémoire "malgré" les casques bleus en juillet 1995...) affluent à Goražde. La ville est quasiment coupée du monde, sinon par des itinéraires périlleux et temporaires. Elle est régulièrement attaquée et bombardée par les forces serbes.

Joe Sacco vit donc au milieu de ses populations en guerre. Il ne vise pas l'objectivité, mais il veut comprendre sans a priori. A l'occasion de ses rencontres avec les habitants, il dresse une galerie de portraits saisissants montrant comment chacun vit la guerre. Il reconstitue également, par touches, les étapes qui ont conduit à l'affrontement entre voisins. Evidemment, les "tchetniks" Serbes n'ont pas le beau rôle, mais Sacco n'hésite pas à parler de toutes les exactions commises, y compris par les forces bosniaques.
Dans l'album The Fixer, il revient d'ailleurs à Sarajevo pour développer un autre aspect de la guerre, les milices paramilitaires mises en place par le président bosniaque Izetbegović . On y voit des anciens criminels reconvertis dans la lutte patriotique mener la guerre à leur manière, peu respectueuse des conventions de Genève. Dans cet opus, Joe Sacco suit un type de personnage mieux connu de l'opinion depuis la guerre en Irak et l'enlèvement de certains d'entre eux avec les journalistes qu'ils accompagnaient : le fixer. Le fixer est à la fois traducteur, guide et homme à tout faire pour les journalistes. Celui auquel s'attache Sacco est serbe mais il a combattu avec ces fameuses milices bosniaques. Après la guerre, il tente de se réinsérer, difficilement, dans une société complètement déstructurée par la guerre.

C'est donc une oeuvre originale, passionnante et profondément humaine que nous propose Joe Sacco. La biographie de Joe Sacco sur Clair de bulle

 

 

 

 

 

>Les BD de Joe Sacco sur la Yougoslavie :

  • Soba : une histoire de Bosnie, Rackham, Montreuil, 2000
  • Goražde : la guerre en Bosnie orientale, 1993-1995 (2 tomes), Rackham, Montreuil, 2004
  • The fixer : une histoire de Sarajevo, Rackham, Montreuil, 2005
  • Derniers jours de guerre : Bosnie 1995-1996, Rackham, Montreuil, 2006

 

 

 Nous n'avons pas (encore...) pu les lire :

 

 

  • Meilleurs voeux de Mostar

 

 Voici le "pitch" de la BD sur le site de Dargaud :

 

"Dans Les toits de Mostar, Petrusa raconte son histoire, celle d'un petit garçon yougoslave qui va voir, au nom de la religion, son pays déchiré par la guerre...

Les Toits de Mostar, c'est l'histoire de Frano, ce garçon qui, après la mort de sa mère et de sa grand-mère à Zagreb, en Croatie, est placé dans sa famille, à Mostar, en Bosnie. Il découvre une ville superbe peuplée de catholiques, d'orthodoxes et de musulmans. Quelques mois avant le début de la guerre, Frano et son copain serbe font les quatre cents coups, découvrent la vie, jouent au basket, tombent amoureux d'une jeune Bosniaque. Et ne comprennent pas ce qui est censé séparer les gens de religion différente... Quand la guerre commence...

Les toits de Mostar sont un récit autobiographique tout en finesse, une bande dessinée bouleversante, empreinte d'humanisme et d'amitié vraie.
"

Voyez le compte-rendu de la BD sur Mondomix

 

>Frano Petrusa, Meilleurs vœux de Mostar, Dargaud, 2012

 

 

 

  • La dernière image- Une traversée du Kosovo de l’après-guerre

 

Direction le Kosovo sur les traces des reporters de guerre. Une BD sur le Kosovo mais aussi une réflexion sur le journalisme. La présentation de l'éditeur :

 

"Juin 1999.
À la fin du conflit au Kosovo, un magazine propose à
Gani Jakupi – qui résidait alors en Espagne – de s’y rendre accompagné par un photographe, afin d’y faire un reportage sur son retour au pays. Une occasion inespérée pour lui de revoir ses proches.
Mais si son objectivité vis à vis de son pays natal sera constamment mise à l’épreuve, sa subjectivité, elle, maintiendra tous ses sens en éveil. N’étant pas journaliste professionnel (il n’a exercé que pendant quelques années), il a le double avantage de pouvoir observer le milieu de l’information à la fois de l’intérieur, et de l’extérieur.
Un pan de ce livre s’intéresse ainsi aux reporters-photographes. Si on est informés par les mots, ce sont les images qui modèlent nos sentiments. Elles ont le pouvoir de changer le cours de l’Histoire. Certains journalistes s’en servent en respectant une éthique pointue, et d’autres non.
Gani découvrira qu’il est justement escorté par un photographe avide de sensationnalisme."

Un entretien avec l'auteur à lire sur ActuaBD. Un reportage de France 24 avec Gani Jakupi au Kosovo.

 

>Gani Jakupi, La Dernière Image - Une traversée du Kosovo de l’après-guerre,  Ed. Noctambule-soleil, 2012

 

 

  • Passage en douce (carnet d’errance)

 

"Illustratrice et dessinatrice de bandes dessinées, Helena Klakocar V. est croate, mais ne le dit jamais. au printemps 1991 elle quitte Zagreb avec son mari et sa fille, et ils s’embarquent sur un petit catamaran pour quelques mois de cabotage sur les côtes adriatiques : de port en port, le croquis-minute pour les touristes leur permettra de survivre.

Mais au même moment la tension accumulée depuis des années se transforme en guerre ethnique, et la croisière de printemps devient peu à peu un exil maritime. Durant les semaines de navigation, la traversée de l’Adriatique, l’accueil à Corfou puis à Otrante, Helena tient un carnet de bord qui prend la forme d’un journal racontant la fuite — la fuite qui n’en est pas une, qui se découvre progressivement, qui réalise au fil des pages qu’elle est bien un exil de guerre et plus une villégiature prolongée." Lire la suite de l'article de Loleck sur Du9.

 

 

>Helena Klakocar, Passage en douce (carnet d’errance) , Fréon/L'atelier d'édition, 1999

 

 

 

Bénédicte Tratjnek nous signale plusieurs autres BD :

 

  • Gabriel Germain et Jean-Hugues Oppel, BROUILLARD AU PONT DE BIHAC, Casterman, 2004.
  • Tomaž Lavrič TBC, FABLES DE BOSNIE, Glénat, 1999.
  • Agic, Alic, Begic, Rokvic, SARAJEVO : HISTOIRES TRANSVERSALES, Gasp !, 2001.

Egalement deux BD/ouvrages, à la frontière entre la bande dessinée et l'ouvrage :

  • Jacques Ferrandez, LES TRAMWAYS DE SARAJEVO : VOYAGE EN BOSNIE-HERZÉGOVINE, Casterman, 2005.
  • ŠTA IMA ? EX-YOUGOSLAVIE, D'UN ÉTAT À D'AUTRES, Guernica Adpe, 2005.

 

 

 

Pour prolonger :

 

 

 

 

Vous connaissez d'autres BD ou mangas sur l'espace yougoslave ou vous souhaitez simplement réagir à cet article, n'hésitez pas à laisser un commentaire !

 

 

Paris en guerre d'Algérie : une exposition à voir d'urgence.

par vservat Email

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Paris en guerre d'Algérie, une muséographie en transparence.
(photo @vservat) 
 
L’exposition ne dure que jusqu’au 10 janvier il faut donc se dépêcher car ce serait vraiment dommage de ne pas s’y rendre. Dans le frais enclos couvent des Cordeliers se déploie une muséographie très élégante, toute en courbe et transparence, évoquant Paris par les quelques f bancs publics qui invitent le visiteur à se poser un instant pour en goûter l’atmosphère. Paris est alors en guerre, en guerre d’Algérie.
 
Et alors c’était comment Paris pendant la guerre d’Algérie ?
 
L’exposition fait la part belle aux différents acteurs et aux différentes façons dont ils furent affectés par le conflit. Rappelant les conditions de vie des Algériens du département de la Seine, mais aussi des parisiens durant la guerre, l’exposition donne à voir la pluralité des parcours, des engagements des habitants de la capitale : travailleurs exilés en France, étudiants et intellectuels militants de la cause algérienne, policiers, spectateurs anonymes ou célèbres de la radicalisation du conflit, acteurs individuels ou collectifs du drame. Le foisonnement des documents de toute nature nous permet de saisir la situation dans toute sa polyphonie et sa complexité. La restitution proposée loin d’être linéaire, met en avant les aspérités, les détours, les paradoxes de la situation parisienne.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Contrôle de police dans le bidonville de Nanterre.
(photo @vservat)
 
 
 
 
(photo @vservat)
 
 
Du 1er mai 1953 aux années qui suivent les accords d’Evian (jusqu’en 1968 en fait puisque bon nombre d’activistes de mai se sont « formés » durant la guerre), la capitale vit pour partie au rythme du conflit. C’est ici, dans le département de la Seine, que vit la plus importante communauté algérienne exilée. Ses rangs ne cesseront, paradoxalement, de grossir au cours des années de guerre. Ces algériens de Paris, qu’ils soient installés à Nanterre ou à la Goutte d’or surnommée alors la Medina, nous les retrouvons au travail dans le bâtiment ou chez Renault, se politisant à l’ombre des activités de la CGT, dans les meublés et les cafés de l’est parisien, parfois même au cabaret. De la rue, au quartier puis à l’arrondissement, et pour finir à l’échelle de cette capitale d’un empire déjà sur le déclin, les algériens de Paris soutiennent le MNA ou le FLN et vivent la guerre suivant un tempo singulier.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pochette de disque de Slimane Azem.
(Photo @ vservat)
 
Avec l’ouverture des hostilités en novembre 54, Paris devient le théâtre d’affrontements politiques : les prises de positions parfois radicales et inédites (tel le refus d’aller combattre d’Alban Liechti) animent le débat public. Le quartier latin qui abrite aujourd’hui l’exposition est vraisemblablement un des endroits les plus actifs : intellectuels, étudiants, s’y retrouvent lors de meetings à la Mutualité par exemple, ou de manifestations contre la guerre, ou encore en soutien à la cause du peuple algérien. Cependant que les libraires relaient les publications anticolonialistes, d’autres descendent dans la rue pour protester contre le rappel du contingent. La guerre d’Algérie semble de plus en plus présente dans le paysage parisien.
 
 
Manifestation contre le rappel du contigent.                                                                               
Reconstitution de la vitrine du libraire "La joie de lire". 
(photos @vservat)
 
 
 
 
Pour les Algériens de Paris l’intensification du conflit signifie clairement un changement d’atmosphère qui pèse lourdement sur le quotidien. La suspicion s’installe, la répression s’étend aussi bien dans l’espace public, que sur les lieux de travail. Les contrôles sont plus systématiques, les centres d’enfermement se remplissent. En 1958, les gardiens de la paix manifestent sous les fenêtres de la préfecture de police de Paris réclamant les moyens de faire régner l’ordre dans la capitale. De Gaulle revenu au pouvoir, Maurice Papon prend les commandes de la police parisienne avec une carte blanche en main, main qui signera quelques unes des pages noires de l’histoire de Paris durant la guerre d’Algérie.
 
 
Page du journal l'Humanité sur le 17 octobre 61. (à gauche)

photo des obsèques des victimes de Charonne. (à droite)
 
 
(photos @vservat)
 
 
 
 
 
 
 
Avec l’ouverture du second front par le FLN en 58 dans la capitale, Paris se cale un temps sur le rythme des affrontements fratricides entre le FLN et le MNA. Les coups de feu retentissent dans les rues, dans les cafés fréquentés par les algériens de la capitale. La victoire du FLN acquise, celui ci mobilise ses partisans au soir du 17 octobre 1961. Désarmés, les manifestants seront nombreux à tomber sous les violences des hommes de Papon. Il faut croire d’ailleurs que le temps des manifestations réprimées dans le sang est venu. A celle du 17 octobre 1961, succèdera la violente répression de la manifestation anti-OAS du 8 février qui se solde tragiquement par 9 morts au métro Charonne. La guerre dans ces deux dernières années a gagné les territoires de la capitale. Il faut y ajouter les déchainements de violence de l’OAS et le climat de peur que l'organisation terroriste inssuffle partotu. On en retrouve la trace sous la forme de graffitis jusque sur la porte du domicile de B. Bardot.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L'OAS impose sa marque sur la capitale (photo @vservat)
 
Pourtant paradoxalement plus les violences durent et croissent et plus certains aspects de la guerre deviennent anodins. Le départ des appelés, leurs rares permissions, passent davantage inaperçu dans une France qui s’équipe, consomme, construit bref entre pleinement dans les trente glorieuses. Lorsque retentissent les cris de joie des algériens de Paris le 5 juillet 62, il est temps pour la capitale d’un empire désormais amputé de ses deux plus beaux fleurons qu’étaient l’Indochine et l’Algérie de penser à l’après guerre et pour nous de quitter l’exposition sous ces reproductions de panneaux indiquant des rues, des places parisiennes, rendant hommage aux victimes comme autant de traces de la présence de cette guerre à Paris.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Traces de la guerre d'Algérie dans Paris (@vservat)
 
 
 
 
 
 
Jour de liesse à Paris le 5 juillet 62
(photo@vservat)
 
 

Exposition Paris en guerre d'Agérie, au couvent des Cordeliers, rue de l'école de médecine jusqu'au 10 janvier  2013.

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