Samarra


Archives pour: Juillet 2011

Ron Mueck, créateur d'humains

par died Email

Ron Mueck créateur d'humains

 
Vieux débat que celui de la sculpture réaliste.....
Pourquoi singer la nature ? On accusait un temps, Rodin de faire des moulages et de ne pas vraiment sculpter ses œuvres.
Aujourd'hui, il existe un courant de la sculpture hyper-réaliste qui produit à des tailles différentes la figure humaine comme un univers encore inexploré ou mal connu.

Parmi ces artistes qui rencontrent un certain succès, Ron Mueck (né en 1958) est australien mais travaille en Angleterre. Il débute sa carrière en tant que créateur de marionnettes pour le cinéma et la télévision. Il a travaillé un temps pour le célèbre Muppet Show ! 
C'est en 1997 qu'il fait sensation en exposant une sculpture de son père mort (Dead Dad)....



Depuis cette date, ces sculptures petites ou monumentales déclinent le thème de l'Homme de la naissance à la mort....Le choix des figures présentées dénote d'une véritable originalité dans le traitement et dans le choix des postures. Bien sûr comme avec Duane Hanson, le spectateur est fasciné d'abord par la force de la ressemblance avec la réalité mais aussi l'étrange mimèsis qu'il réussit à modeler lui donnant le pouvoir magique  du Créateur....

 

Mais l'attrait de ce sculpteur ne s'arrête pas à cette prouesse technique et artistique.... Il interroge le spectateur sur la vie, le temps qui passe, le corps qui se transforme, qui se dégrade...Il interroge les formes, la matière de ce corps....
La force du détail est aussi de nous amener à regarder l'anatomie complexe et sans cesse renouvelée du corps humain qui est un monde en soi.


Sa femme enceinte de plus de 2 m est tout à fait saisissante : debout, les bras relevés sur sa tête, le visage légèrement grimaçant et le corps tendu montre ici un "corps extrême" dans sa représentation.





Et puis l'artiste développe aussi une approche sans concession du corps, sans être féroce, il présente la réalité de celui-ci sans rechercher, ni la beauté, ni l'harmonie, ni même une once de compassion. Le corps à l'état brut avec une certaine crudité, une impudeur qui me fait penser à Lucian Freud.
Homme assis de Ron Muek                                                Homme nu de dos, Lucian Freud
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
                                                


 

 

 


Pour aller plus loin



Ron Mueck - Sculpteur hyperréaliste par fabiennedes


JC Diedrich

Pyongyang en BD, Guy Delisle au royame d'Ubu

par died Email

 

Guy Delisle est un dessinateur/animateur québecois de grand talent http://www.guydelisle.com/  (voir en particulier ces carnets de croquis). Il a publié une série d'albums remarqués sur des pays dans lesquels il s'est rendu pour son travail. Shenzhen, la Birmanie et Pyongyang.



Animateur, la mondialisation et les délocalisations du travail l'ont amené à se rendre par exemple en Corée du Nord. Il a décidé de rédiger une chronique drôle de ces observations lors de son séjour. On peut dire qu'il appartient à ce nouveau courant de la BD, le BD-journalisme à l'instar de Joe Sacco par exemple. 
D'ailleurs Delisle a passé une année à Jérusalem et il en a fait une chronique sur un blog, peut-être que ce séjour donnera également lieu à un nouvel opus de sa série....de reportage ? Sur le blog, on voit de chouettes croquis sur le mur qui sépare la Palestine d'Israël.... http://www.guydelisle.com/WordPress/?paged=2 
 
POur revenir à Pyongyang, on suit le personnage dans sa vie quotidienne, dans ses pensées, ses divagations parfois. On s'attache à cette espièglerie dans un contexte anachronique.....celui d'un système totalitaire de type stalinien. On a le sentiment de faire une voyage dans l'espace mais aussi dans le temps, les années 30 ou 50 !
 
                                               Divagations et quotidiens !
 
Le personnage multiplie les références et les clins d'oeil........ Il franchit la douane avec le roman 1984 (de George Orwell)....et tente de le faire lire à son traducteur. Car, en effet, très rapidement, on constate que Guy n'est pas libre. Il est constamment accompagné de son chauffeur et de son traducteur. Comme tout bon occidental libre, il  tente à plusieurs reprises de déjouer leur surveillance pour errer librement dans Pyongyang. 
 
 
 Mais il est sans cesse rattraper ....Le lendemain, on lui fait la morale et surtout on sait où il s'est rendu grâce à la grande capacité de surveillance du régime.
Toujours dans le registre des allusions, Guy évoque la série culte des années 60 avec Patrick Mac Gohann qui incarné, Numéro 6 qui était enfermé dans une île et ne pouvait s'en échapper sans être repris par une masse blanche informe.....
 
 
 
Cet album assez dense permet à Guy Deslile de multiplier les exemples qui, accumulés nous donnent une bonne idée de la vie quotidienne dans ce régime hors du temps. 
Il multiplie les allusions aux différentes pénuries auxquelles sont confrontés les Coréens du Nord.......d'abord les coupures d'électricité....les bâtiments sont rarement éclairés, dans les musées qu'il visite, on allume les salles au moment de son passage et on les ré-éteint aussi vite. Les grands magasins sont vides ou manque affreusement de choix. Les restaurants n°1,2 ou 3 proposent la même carte et sont généralement vides... car réservés seulement aux étrangers. 
Il en profite aussi pour expliquer comment l'aide alimentaire a été détourné par la bureaucratie du régime et que beaucoup d'ONG ont décidé de quitter le pays. 
 
 
Mais bien sûr, le plus drôle (et inquiétant à la fois), le plus anachronique c'est le culte de la personnalité organisé autour de Kim Il Sung et de son fils Kim Jong Il. Tout étranger arrivant dans la capitale doit par exemple, se prosterner devant l'énorme statue.....
 
 
 
Et puis, les portraits de ces maîtres de la pensée s'immiscent partout.....La propagande nazie + la propagande stalinienne n'arrivent pas à la cheville de ce régime !
 

Dans cette planche, Deslile s'amuse un peu à la manière de Windsor Mac Cay dans Little Nemo. 
Mais surtout, on apprend que l'idéologie sous-jacente à ce royaume d'Ubu se nomme le Juché. Il s'interroge aussi sur l'adhésion des masses. Dans quelle mesure croient-elles aux discours et à ce qu'on les oblige de dire ? Il laisse planer le doute parfois et  c'est inquiétant !
 
 
 
Outre le culte de la personnalité, Deslile souligne l'embrigadement de la société. La jeunesse est sans cesse occupée à défiler....ou à préparer les prochains défilés... 
 
 
 
Enfin, Deslile souligne la paranoïa entretenue artificiellement par le régime....la construction d'abris atomiques, une sur-militarisation....l'organisation de la haine orchestrée contre les EU et son allié la Corée du Sud. Il aborde également la question de la réunification....et là encore, il manie la dérision et la drôlerie pour montrer aussi l'impossibilité de discuter sérieusement avec son traducteur.
 
 
 Je terminerai en vous conseillant de lire cette BD qui brosse un portrait sans concession de ce régime et multiplie les détails édifiants comme par exemple la politique eugéniste que mène l.....les camps de prisonnier, les procès....dont le petit jeu que nous soumet l'auteur nous rappelle bien sûr les célèbres procès staliniens. 
 
 
 
 


Et en citant encore Deslile : "C'est pas pour dire mais la Corée du Nord, c'est pas très reggae comme pays".  C'est sûr !!!



Aller plus loin : une version roman-photo.....est publiée aussi...intéressante car on y confronte les photos et les dessins.


Jean-Christophe Diedrich

 

vs'mix # "staying out for the summer".

par vservat Email

Dans la foulée de Mister A., je vous propose, à mon tour, quelques morceaux tirés des disques qui tournent en ce moment sur ma platine ...ou pas ! 

Ainsi, contrairement à ce que pourrait laisser envisager mon anglophilie maladive, celui ci n'en fait pas partie.

On commence avec deux morceaux d'un groupe canadien, qu'il serait, d'ailleurs, plus judicieux de qualifier de collectif à géométrie variable, pouvant compter jusqu'à dix individus. C'est également un "collectif" dans la mesure où, autour du couple/pilier Win Butler & Régine Chassagne, les membres d'Arcade Fire, à l'instar de son noyau dur, sont capables de manier une grande variété d'instruments, des plus classiques (guitare, basse, batterie, synthé) aux plus surprenants (accordéon, vielle à roue, harpe, cor ou violoncelle). Leur nombre et leur côté caméléon face aux instruments permet de décupler sur scène, l'énergie contenue dans leurs albums, au nombre de trois à ce jour. En effet, leurs morceaux deviennent très vite extrêmement puissants, dotés d'une énergie tellurique en live. J'ai gardé deux titres pour cette sélection, le premier est  tiré de leur  album "Funeral" (absolument extraordinaire) et s'intitule "Neighborhood 1", le second est extrait du récent "the Suburbs" et s'intitule "Ready to start"

 

 

Poursuivons en restant Outre Atlantique, avec The National, formation de Cincinnatti (Ohio), exilée à Brooklyn. 5 membres, dont 4 frères qui forment le groupe "instrumental", et un auteur-compositeur-chanteur, Matt Berninger, doté d'une voix grave absolument envoûtante. Leur cinquième album (ils ne sont pas tous commercialisés en France), intitulé "High Violet" est tout à la fois sombre, racé et élégant dans la lignée de "Sorrow", choisi comme extrait. En outre, on murmure qu'ils seraient le groupe favori de B. Obama dont ils soutinrent la candidature avec ferveur.

 

 

Les suivants sont de nouveaux venus, et sont originaires d'une des villes les plus actives musicalement d'Angleterre. La match Liverpool-Manchester ne se joue pas que sur la pelouse, et Manchester vient d'ajouter une pièce de choix à la kyrielle de groupes inventifs qui animent sa scène musicale avec Wu Lyf (pour World United Lucyfer Youth Foundation (?), il fallait la trouver celle la!). On est dans le registre de la pop matinée d'electro, comme souvent dans cette ville, énergique et dansante. J'ai pourtant choisi un morceau un peu lent intitulé "14 crowns for me & your friends" pour éviter tout traumatisme après The National. 

 

 

Pour les morceaux suivants, jevais être plus concise car la présentation de ces formations n'est plus vraiment nécessaire. Toutefois les choix sont motivés par l'actualité, pas question de faire dans la naphtaline donc!

Ils sont de Sheffield, ils se reforment, contre toute attente, ils alignent quelques participations dans les grands festivals de l'été, dont une surprise à Glastonbury, et toujours aucune près de chez moi, ce qui contribue grandement à me rendre fébrile. Groupe phare de la Brit pop, doté d'un chanteur au songwrinting des  plus incisifs qui soit pour décrire la société britannique contemporaine (les textes de J-C feront d'ailleurs l'objet d'une prochaine publication). Promenade dans Soho un petit matin de lendemain de fête avec "Bar Italia" de Pulp tiré de l'inusable et magistral "Different class".

 

 

Vient ensuite le "God only knows" des Beach Boys, groupe que l'on associe toujours à la Californie surfeuse et insouciante des années 60 et dont la face sombre, méconnue, a conduit ses membres dans les affres de la dépression, des drogues, de la folie criminelle (ils ont cotoyé de très près Charles Manson) tout en enrichissant considérablement leur répertoire. En rappel d'une semaine épique sur nos pages facebook rap&Hip-hop, Rock& pop consacrée aux drogues dans la création musicale, et aussi pour vous aiguiller vers le hors série n°50 des Inrocks sur la scène West Coast qui consacre de passionnants articles aux Beach Boys et ...aux Doors.

On commémorait cette semaine, le 3 juillet précisemment, le 40ème anniversaire de la mort du sorcier James Douglas Morrisson. L'occasion de réécouter ce morceau classique, planant, effrayant qui va, malheureusement, très bien, avec l'évènement : "The end".

 

And last but not least, on conclut avec le "Revolution" des Beatles (qui dans une version instrumentale numérotée 9 fit également beaucoup d'effet à Charles Manson en son temps). Ceci est la version tirée du double bleu (non remasterisée). Pourquoi ? Parce que c'est sans doute autour de ce morceau et de son sujet qu'on se retrouvera à la rentrée ! 

Je vous propose, ci dessous, la sélection sous forme de playlist illustrée d'une photo du concert d'Arcade Fire au Main Square Festival, en souvenir de ce tsunami musical.

Bonne écoute, bon été en musique.

PS : Arriverez vous à identifier le groupe auteur de la chanson qui sert de titre à ce post? Si oui , la compil "royal wedding official" est à vous !

 

Augmix # 16 : du son pour l'été !

par Aug Email

 

[Abd Al Malik au festival Là-Haut sur la colline, juillet 2011, EA]

 

 

 

Commençons par Abd Al Malik qui aime à sortir des sentiers battus. Sa culture est le Hip Hop mais son univers sonore s'esst progressivement élargi. Son quatrième album solo Château Rouge est un objet sonore non identifié, il rappe, slam, chante... et nous fait réfléchir. Avec le morceau "Ma Jolie", il dénonce la violente faite aux femmes.

 

 

 

 Autre rappeur non-conformiste, Médine. Il aime provoquer pour suciter la réflexion. Le slogan inscrit en exergue de Table d'écoute 2 en dit long sur ses intentions : "Sois journaliste de ta propre vie plutôt que spectateur de celle des autres". Dans cette sorte de mixtape, il rassemble ses compères havrais de Din Records (Brav, Tiers-Monde, Koto et le producteur Proof) pour faire connaître leur travail. Et en matière de journalisme et de médias, il donne une belle leçon avec le morceau "Téléphone arabe", un "attentat burlesque" dans lequel il enrôle quelques MC et pas les moins connus (Salif, Tunisiano, Mac Tyer, Ol'Kainry, La Fouine, Rim-K & Keny Arkana). Médine a apparemment pété les plombs et chacun inteprète cet évènement à sa manière : La Fouine prévoit déjà de faire venir des filles autour de la piscine pour entourer Médine pour son prochain clip... jusqu'à ce que Keny Arkana, pourtant portée à l'occasion sur la dénonciation de complots, ramène tout le monde à la raison. C'est parti pour 11 minutes !

 

 

 

Oh No a grandi dans la musique, entre son chanteur de père, son trompettiste d'oncle, son rappeur et DJ de frère (Madlib). Son vrai nom est ... Michael Jackson, ça ne s'invente pas ! Il vient de Oxnard en Californie et a sorti en 2006 l'album Exodus into Unheard Rythms qu'il a produit en samplant uniquement la musique du pianiste et compositeur canadien Galt MacDermot. Sur cet album, il invite de nombreux rappeurs.

Premier morceau que je vous ai choisi "Beware" avec Cali Agents :

 

 

Deuxième exemple avec le morceau "Cofee Cold" qui sample le morceau du même nom de Galt MacDermot que l'on entend dans une scène mythique du film de 1968 L'affaire Thomas Crown avec Steve McQueen et Faye Dunaway. Ecoutons d'abord la version de Oh No :

 

 

 

 

Voici maintenant l'original, ça va Steve ? :

 


Galt MacDermot - Coffe Cold 

 

Et une version différente samplée par DJ Premier pour Gangstarr, d'autres producteurs de Hip Hop ont également samplé le morceau

 

 

 

Terminons par la chanteuse belge Selah Sue (découvert grâce à Died). Elle n'a que 22 ans mais est une des révélations de l'année écoulée. Elle vient de sortir son premier album, plein d'énergie et de promesses. Je vous ai chosi "Peace of Mind" dans lequel elle...rappe !

 

 

Voilà, très bon été à tous !

 

 

Pour que l'aventure Mondomix continue, partagez-la encore plus avec nous.

Soutenez Mondomix