Samedi 15 juin, Rio Loco a célébré l’Afrique lusophone. Né de l’indépendance de la Guinée Bissau, Super Mama Djambo a chanté fort la liberté retrouvée à coup de guitares funky et d’enthousiasme rock, appliqués aux airs et rythmes traditionnels. Durant les années 70 et 80. Disparus des scènes internationales, ils réapparaissent en ce début de soirée pour nous faire profiter de leur belle énergie. Dansant autant qu’émouvant leur concert ouvre nos sens de jolie manière.

Super Mama Djambo
D’Angola, l’Europe connaît surtout la voix de Bonga, un peu celle de Waldemar Bastos et pas assez le chant de Paulo Flores. Pourtant, il tutoie le cœur et l’âme de qui peut l’entendre. L’élégance de ses vers et le raffinement de ses mélodies sont, sur la grande scène de la Prairie des Filtres, renforcés par l’intervention du violoniste et arrangeur brésilien Jaques Morelenbaum, invité d’honneur de cette soirée impeccable.

Paulo Flores
L’auteur compositeur sensible est suivi par un vent révolutionnaire nommé rythme. Batida n’a pas pris la vague Kuduro à la légère. Si l’Angola a retrouvé la paix il y a dix ans, le pays n’est pas pour autant réellement apaisé, la liberté n’y est pas entièrement acquise. Luaty Beirão, MC du groupe en a fait plusieurs fois les frais. Tabassé pour avoir tenté de manifester pacifiquement à Luanda, inquiété lors de ses déplacements à l’étranger, on a même introduit de la cocaïne dans ses bagages lors du voyage qu’il a effectué pour rejoindre la tournée du groupe. Sur le qui vive, il a déjoué l’embrouille, mais n’est pas décidé à se taire. Pedro Coquenaő, l’architecte de Batida vit près de Lisbonne, mais il est concerné par l’évolution politique du pays de sa mère. Il a épousé une des musiques urbaines les plus excitantes du moment et l’aborde avec une conscience politique et une véritable ambition artistique qui le place au premier rang des activistes du style. Devant les vidéos inventives sur l’écran de fond de scène, danseurs, musiciens et MCs avancent masqués et costumés pour asséner un show tribal et futuriste qui secoue le public des pieds à la tête.

Batida
Souvent galvaudé, le terme virtuose, s’applique ici trois fois sans hésiter. Le trio qui se produit ici pour la première fois en France additionne les talents de trois des plus grands instrumentistes porté par la pourtant fertile terre brésilienne. Le violoncelliste Jaques Morelenbaum est entré depuis longtemps dans le panthéon de la musique lusophone en signant les arrangements d’œuvres décisives de Tom Jobim, Caetano Veloso, de Mariza et bientôt Antonio Zambujo. Il manie ce soir son archet avec un sourire complice et gourmand. A l’autre bout de la scène Marcos Suzano, sorcier du pandeiro frappe et cadence avec une vigueur aérienne son armada percussif. Au centre le joueur de Bandolim (mandoline brésilienne), égrène des notes cristallines et espiègles. Le trio nous emmène bien au-delà des nuages vers les étoiles comme nous l’avait promis Remy Kolpa Kopul en présentant ce spectacle. Une heure et quart de magie pure appliquée à des compositions originales ou des standards manipulés avec adresse et defraîchi avec tendresse.

Morelenbaum - Suzano - De Holanda
Le séjour toulousain de Mondomix s’achève ici pourtant la soirée de clôture est pleine de promesses. Le rappeur journaliste Zé Brown va certainement mettre le feu que ses compatriotes de Bombas Dois n’éteindront pas avec leur cocktail jamaïcanisé. J’ai eu la chance de me faufiler pendant la répétition de la création Balajo Rio et mon plus grand regret est de ne pas avoir assisté au concert de choro-musette de ses musiciens d’excellence. Sous la direction du violoncelliste universaliste Vincent Segal, les acrobaties des brésiliens Fernando Cavaco et Sergio Krakowski, respectivement joueur de cavaquinho et de pandeiro du Terça Feira Trio, du guitariste Dominique Cravic (primitifs du futur) et de l’accordéoniste Lionel Suarez sont malicieusement chantés par l’inclassable André Minvielle et l’espiègle Juliette. Humour groove et élégance font bon ménage. Il reste a espérer que les protagonistes auront à cœur de réiterer leur association de bienfaiteurs.
La création Balajo Rio
Une fois ces miracles accomplis la prairie des Filtres va retrouver son calme tout en rêvant aux belles surprise qui nous attendent pour l’édition 2013, vouée aux musiques Caraïbes.
Texte et photos : Benjamin MiNiMuM