Accordéon & Accordéonistes


Yoanna for ever !!!!!

par Philippe Krümm

 
 
 
 
Yoanna
Énergie et insolence
 
Elle écrit comme elle parle. Avec rage et amour. Passionnée. Pas formatée. Yoanna refuse les étiquettes, sous toutes leurs formes. Toutes, sans exception. De la gouaille, elle en a. Cette chanteuse-accordéoniste s’impose, s’amuse et provoque. Un nouvel album qui fait tilt. Des compositions puissantes. De l’émotion aussi.
 
 
Il s’est passé combien de temps entre “Moi, bordel !”, votre premier album, et “Un peu brisée”?
Quatre années. Des années de réflexion. Mais celui-ci s’est fait un peu dans l’urgence. En même temps, c’est un album plus personnel. Plus intime. Aujourd’hui, à part Marion Ferrieu la violoncelliste, toujours présente, tout a changé. La démarche est donc très différente. Avec un investissement plus grand de ma part. En 2010, on a retrouvé un management, une nouvelle équipe technique. Et en 2011, il y a eu l’arrivée de Piero Martin dans le projet, qui a composé, arrangé et réalisé avec nous ce nouveau disque, “Un peu brisée”.
 
L’accordéon est présent sur quasiment tous les titres : Elle est double, Pauvre petit, Tant qu’elle dit, Noces de ronce, “Rat d’labo, Cesse, Grenouille, Crise d’ado, La vieille et la gamine, Le cri du chat…
Il a une place qui n’est pas anodine du tout. Il est un compagnon indispensable pour la voix, qui s’adapte à des styles différents. Les deux instruments piliers sont l‘accordéon et le violoncelle. Je me sens toujours accordéoniste avant d‘être chanteuse. Je voulais que l‘accordéon soit plus présent que sur le premier album. Mon univers s‘affine au fil des années grâce au changement d‘entourage. Et j‘assume encore plus cet instrument. La texture sonore choisie par Piero Martin pour ce nouvel album amène l‘accordéon sur un terrain différent.
 
La suite à lire dans "Accordéon & Accordéoniste"N°116 de février
et écoutez l'album "Un peu brisée" sans médération!!!! aucune !!!
 
 
 
 

Rue de l'accordéon 2012

par Mondomix

Changez de disque !

par Philippe Krümm

 

 
Et hop ! Je ne me lèverai plus très tôt le jeudi ( Si mais je ferai autre chose), car je quitte la matinale pour, avec un grand plaisir, rejoindre tous les jeudis à 17H30 Emilie Munera ( avec Georges Kiosseff à la réalisation) (L’émission Changez de disque étant tous les jours de la semaine sur France musique de 17h à 18h ) pour une petite chronique sur les musiques du monde.
 
Pour en savoir plus et si vous ne pouvez écouter en direct :
 
 
 
 

Quelques amis attentifs ont été rapide à me faire remarquer que Munera est un anagramme évident de Murena !!!!

http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/changez-disque/pres.php?e_id=100000059

une toile d'accordéoniste

par Philippe Krümm

 Brigitte et Dan des amis antiquaires de Bruxelles, spécialisés dans la peinture ont trouvé ce joli tableau (80cm/100cm) peint par Simone Lefebvre en 1931.

Quel est cet accordéoniste ?

j'aime à penser qu'il ressemble à Marceau jeune...Si vous avez un nom, n'hesitez pas, la recherche est lancée.

Quand le diato serait punk pour jouer de l'irlandais !

par Philippe Krümm

 On est à San francisco.

Dans une petite ruelle Renée De La Prade et son diato nous martellent avec énergie un beau reel irlandais...Moi j'aime !

Chauffe Renée chauffe !!!!!!

Un chef un vrai !

par Philippe Krümm

L'année 2012 sera certainement consacré a Astor Piazzola on "fêtera "les 20 ans de sa disparition. Le maitre restera pour toujours un compositeur d'exception devenu aujourd'hui un classique enseigné dans de nombreux conservatoires et interprété dans des concours dans tous les pays de notre belle planète.

Mais le tango a généré un nombre incroyable de formidables personnages...C'est pour cela que le tango, le bandonéon, les musiciens les danseurs ont au fil des ans construient un incroyable univers. Dans ce monde on croise des hommes ( et des femmes si si si ! uniques). Le roi du tempo "el rey des compàs"  Juan d'Arienzo (190/1976) était de ceux-là.

regardez cette petite vidéo et vous serez convaincu de l'implication du bonhomme

http://www.facebook.com/photo.php?v=10150385292582440

 

 

 

 

Nostalgie !!! Nostalgie !!!!

par Philippe Krümm


Malicorne : le mariage anglais (1976)

Le groupe mythique c'était reformé pour les francopholies de la rochelle en 2010. Le groupe avec quelques anciens et de nouveaux musiciens devrait se reformer , tourner et pourquoi pas faire un nouvel album. Nous les verrons à l'été 2012 au festival des traversées de tatihou .

2012 commence comme une année riche de nostalgie :

Les anciens du bourdon et de la vieille herbe, les folk clubs parisiens des années 70 sont conviés à se retouver le 15 janvier à Paris a la mission bretonne, on annonce déjà plus d'une centaine de vieilles barbes...je souris par avance ( renseignements : dominique.maroutian@gmail.com) 

Et Stivell sera a l'olympia pour commémorer les '0 ans de son premier passage qui donna l'édition de l'album fondateur de la "worl music" Stivell à l'olympia...On y sera et on chantera a tue-tête !

Soyez pas sage !!!!!!!!

par Philippe Krümm

 

Philippe Bruneau . Mort d'un Maitre !

par Philippe Krümm

 

Philippe Bruneau
Philippe au Festival de Lafayette ( Louisiane ) en 1979.
( 22 sept 1934 Montréal /8 août 2011 Forcalquier/Manosque)
Il est des personnes uniques ! Cela peut sembler une banalité, mais en pensant à Philippe Bruneau (que j’avais rencontré pour la première fois en 1979 en Louisiane – voir photo) cela s’applique impeccablement.
Le voir jouer, entendre ses compositions étaient toujours un moment unique. Il « donnait sa musique » comme il aimait à le dire. Et dans sa bouche ce n’était pas une formule… C’était une mission … Il avait ce don et il nous l’a offert…L’émotion est immense en apprenant sa disparition.
Que de souvenirs me reviennent à l’esprit.
Depuis cette triste annonce j’écoute en boucle son splendide concert de Ris Orangis (1984) avec Dorothy Hogan...
Et évidemment j’ai une pensée pour Corinne, Bernadette et toute sa famille Québécoise
 
Un grand dossier sera consacré à Philippe Bruneau dans le N° de Trad Mag N°140 de Nov.Dec.

 

Linette Dalmasso

par Philippe Krümm

 

 
 
 
Linette Dalmasso, incroyable accordéoniste, chanteuse a la personalité bien affirmée,
Artiste atypique elle nous a quitté le 17 juillet 2011 à Caen elle était née le 3 juillet 1922 à la Bassée ( 59)....
Accordéon & Accordéonistes avait publié deux articles sur Linette et ses soeurs...souvenirs :

 

Une accordéoniste à la pointe de l'écologie
Linette Dalmaso n’est pas que musicienne, chanteuse, accordéoniste. Elle est aussi une extraordinaire aventurière écolo qui part à vélo à la découverte du monde. À 84ans ! Comme quoi, la musique forme la jeunesse.
 
Linette Dalmasso est née accordéoniste et bourlingueuse. Elle s’est retrouvée à jouer sur les planches ou plutôt dans les estaminets très, très vite avec sa sœur Pierrine. Il en avait été décidé ainsi par leur père d’origine italienne : ses filles deviendraient musiciennes. « Nous avons eu vraiment de la chance, mes sœurs et moi, d’avoir un père qui voulait faire de nous des musiciennes. » Pierrine reçoit un violon tandis que Linette un accordéon.
Elles sont de toutes les fêtes et de toutes les ducasses, car les gamines savent faire pleuvoir les notes festives de leurs instruments. De grands concours aux tournois internationaux, Linette joue de son compagnon sans interruption. Un peu d’école mais beaucoup de musique. « D’ailleurs, à 13 ans, on me décerna le Grand Prix du Roi des Belges. Nous étions assez reconnues dans la région, ma sœur et moi. » Chansons, airs d'opérette, ouvertures classiques, Linette interprétait en s'accompagnant à l'accordéon. Elle participe à Radio Lille. Et des prix, il en pleut des lames de son accordéon…
 
À la rencontre des gens
Linette est aussi chanteuse. « J’ai en fait deux instruments : mon accordéon et ma voix, une vraie voix soprano. Je ne peux pas m’empêcher de chanter. » Mais cette sacrée musicienne est aussi une arpenteuse de la Vie, une voyageuse solitaire, une écologiste qui parcourt le monde à vélo. Son dernier voyage date de l’été dernier en Biélorussie. Incroyable mais vrai, aurait-on envie de dire. Beaucoup de volonté, le désir comme compagnon, et la voilà enfourchant sa bicyclette. « Mon premier voyage à vélo, je crois que c’était en 1968 : je suis partie en Yougoslavie. Lorsque j’ai annoncé ça à ma famille, elle pensait vraiment que j’étais maboule. Mais j’en avais trop envie pour être retenue par qui ou quoi que ce soit. Et je peux l’avouer : ce voyage a été une révélation. »
Linette à vélo en Bielorussie
Depuis, Linette part seule, en choisissant sa destination : Angleterre, Irlande, Roumanie, Inde (où elle fut reçue par madame Gandhi), Pakistan… Elle va à la rencontre des gens. « Ce que j’aime, c’est découvrir, voir comment les gens vivent. J’aime leur parler, aller sur les marchés. Je tiens un journal sur toutes ces aventures.  L’été dernier, je suis partie en Biélorussie. Et si Dieu le veut, je partirai encore cette année, car je commence à avancer en âge, vous savez ! »
En attendant, Linette poursuit sa musique, écoute les œuvres classiques et contemporaines. « L’accordéon, j’en joue tous les jours dans ma maison solaire, entre autres des airs comme O Sole Mio. » Eh oui, Linette vit intelligemment, écologiquement parlant, dans une maison bioclimatique construite par un architecte, au label HPE (Haute performance énergétique) (1). Linette Dalmasoest un exemple à suivre. Une sacrée bonne femme qui décide de sa vie et de son futur. Encore bravo, Linette !
Françoise Jallot
( Article paru dans Accordéon accordéonistes N° 62 de Mars 2007)
(1) : Ce label atteste que le bâtiment respecte un niveau de performance énergétique globale supérieur à l'exigence réglementaire et des modalités minimales de contrôle deux étoiles.
 
 
 
 
 
 
 
En musique avec les soeurs Dalmasso
Linette et Pierrine
 
Si vous ne connaissez pas les soeurs Dalmasso, vous allez découvrir la vie étonnante d’un émigré italien passionné de musique et qui fit de ses filles d’incroyables musiciennes. Aujourd’hui, seule Linette continue de se produire avec son accordéon. En compagnie de sa soeur Pierrine, elle évoque la saga des Dalmasso.
 
Pierrine : « Mon père était arrivé de son vilalge natal du Haut-Piémont, directement dans le Nord de la France, vers les années 1920. Le pays avait été terriblement sinistré et dévasté par quatre ans de guerre. On embauchait car il fallait réparer les pots cassés et reconstruire. Dès que possible, papa fit venir maman et ils fondèrent un foyer. Ils eurent quatre filles. C’est ainsi que cela avait commencé. Maman avait ouvert ce que l’on appelait alors une cantine. Aidée d’une voisine, elle préparait et servait des repas à tour de bras à toute la petite colonnie italienne de Salomé et La Bassée. Après quelques années, mes parents achetèrent un petit café à Hulluch (62). Nous étions les « seuls » Italiens des environs. Nous allions à l’école de cette ville dirigée par madame Prum et qui faisait aussi fonction d’institutrice. Nous manquions les cours souvent les lundis, parfois les mardis, car nous jouions de la musique dans les ducasses qui se font de Pâques à septembre. Il faut dire que papa avait décidé de nous faire apprendre la musique afin que nous en fassions plus tard notre métier. Vers les 5 ans et demi pour moi, et 7 ans pour Linette, nous avons commencé l'étude du solfège. Un an plus tard, j’ai acquis mon premier violon et Linette son premier accordéon. Quand notre jeune soeur Fany a eu l'âge, papa l'a mise à la batterie.
Fany, Pierrine et Linette
Ainsi, nous étions trois soeurs sur scène. Pierrine appris le violon à Lens grâce à monsieur Melzer. Avec fougue et brio, il jouait les valses de Kreisler, entre autres, qui nous remplissaient d’admiration. »
 
La famille Dalmasso et leurs amis Italiens.
Au premier plan Linette et Pierrine
Fany est da,ns les bras de M. Loza
Pierrine au violon, Linette à l’accordéon.
 
Linette : « Très vite, notre papa fit de Pierrine la future bonne violoniste qu'elle allait devenir. Mais à moi, sa fille aînée, mon père avait réservé l'instrument cher à son coeur d'enfant puis d'adolescent, et dont il n’avait jamais pu apprendre à jouer. Laccordéon qu’il n’avait pu posséder, car ses parents étaient beaucoup trop démunis pour qu'il puisse seulement oser y penser. Mon père - pauvre ouvrier immigré comme on ne disait pas encore à l'époque - s'était promis depuis toujours que lorsqu'il serait grand et qu'à son tour, il fonderait un foyer, son premier enfant ferait ce que lui n'avait pu entreprendre. son premier enfant, ce fut moi. Le même jour où il acheta le violon de Pierrine, je reçus mon premier accordéon. Il me conduisit à Lens, chez les Magnier, pépinière de professeurs, une famille dont tous les membres étaient voués à l'accordéon et à son enseignement : le grand-père, le père, les trois fils, qui à tour de rôle me prirent en main jusqu plus jeune, Marceau. Ce garçonnet d’une douzaine d'années, déjà un excellent musicien, donnait des cours lorsque son père et ses frères étaient occupés dans d'autres pièces avec d,autres élèves. Il donne d'ailleurs toujours des cours, ayant fondé à paris une florissante école. Ses enfants et petits-enfants étaient eux aussi des musiciens, accordéonistes, professeurs, constituant de la sorte une véritable dynastie. C’était alors l'époque du grand boom de l’accordéon. Un raz-de-marée qui submergeait le peuple, remplissait des salles de 10 heures du matin jusque tard dans la nuit, durant plusieurs jours lors de festivals importants, comme celui d'Avion, par exemple. De grands concours et tournois intemationaux étaient organisés chaque année. Mes professeurs me présentèrent d’abord à celui d’lseghem, en Belgique, où à l’âge de 11 ans, je fus classée hors concours. Deux ans après, à Liège, on me décerna le Grand prix du Roi des Belges. L’accordéon était le roi partout : dans les réunions de famille, les bals, les estaminets, Ies marchés et surtout dans les ducasses. Il n’y avait pas que le bal. Dans tous les cafés proches de la ducasse, des musiciens, juchés sur une estrade de fortune, officiaient quasiment sans arrêt eux aussi, de midi à 2 heures du matin. Les juke-boxes n’existaient pas, de vrais instrumentistes en chair et en os s’évertuaient. Les flonflons des saxos, des clarinettes et pistons, étaient ponctués par les roulements de tambours et coups de grosses caisses. Les iazz-bands sortaient de tous les estaminets. Naturellement, I'accordéon dominait tout et tous. Il n'existait pas d'orchestre de villages sans lui."
 
Fany, Pierrine et Linette
 
 
Juchées sur les tables dans les cafés
 Linette : «  Un jour, un cafetier d’une localité proche vint trouver mon père. Il avait entendu parrer des deux firettes italiennes et souhaitait que nous venions jouer le jour de la ducasse qui arrivait à grands pas. Papa se fit prier un peu car nous étions très ieunes. Mais devant l'insistance du bonhomme, il accepta. Et le jour dit, vers 4 heures de l’après-midi, nous arrivâmes à ce café déjà bourré de monde. On nous jucha sur deux tables près de la porte d’entrée. Nous avons présenté notre petit répertoire, d’abord « Sous les ponts de Paris », l’air préféré de papa, le premier qu’il avait appris dès son arrivée en France, puis « Sobre las olas », qu’il aimait aussi nous fredonner et qui rentra aussitôt dans la tête et dans les doigts. Les demandes commencèrent à affluer : « Jouez-nous donc Riquita, Dolorsa, La femme aux bijoux », « Connaissez-vous Miralada, jolie fille de bohème, Qu’il était beau mon village, Pouet-pouet ? » Non, nous ne connaissions aps encore toutes ces chansons. Qu’à cela ne tienne, la jeune fille de la maison alla chercher ses partitions, des petits formats qu’elle plaça sur un pupitre devant nous. Nous jouâmes sans arrêt, devant les auditeurs-consommateurs, en lecture à vue. Ce qui plongeait notre public dans l’admiration, paraît-il. Si bien que les voisins aussi apportèrent tour à tour leurs petits formats, leurs chansons, car dans chaque foyer il yen avait des piles. Papa jubilait, fier comme un paon de voir ses filles tellement à la hauteur. Et nous, excitées, prodigieusement intéressées, nous nous amusâmes beaucoup à ce nouveau jeu qui consistait à feuilleter les partitions et les jouer tout de suite, sur simple lecture, sans nous douter nullement qu’il s’agissait là d’une performance, vu notre âge. »
 
« Deux petites Italiennes qui jouent du Mozart »
 
Linette : « Pierrine était haute comme deux pommes. Quant à moi, l’accordéon m’arrivait au nez sans cesse. Les spectateurs continuaient à nous demander de reprendre ceci ou cela. En sortant, ils mettaient des pièces dans une petite assiette que l’on avait mise sur la table. Les patrons étaient enchantés : « Retenez-nous vos filles pour la prochaine ducasse, dans un an », dirent-ils à mon père. Et ils lui remirent une gratification. C’était là notre premier « cachet », en somme. Si bien que je peux dire qu’à l’âge de 8 ans, nous étions déjà des professionnelles de la musique. Cela se sut rapidement dans les environs. D’autres cafetiers vinrent trouver son père et lui demandèrent ses filles pour la ducasse. De sorte que dès cette première année, presque tous les dimanches, nous allâmes « musiquer » un estaminet ou l’autre. L’année suivante, nous avions un peu plus de répertoire, de métier, de force physique aussi. Et déjà, nous assurions non seulement les dimanches mais aussi les lundis musicaux dans les cafés pendants les ducasses, de 4 heures de l’après-midi à minuit. Papa avait acheté une batterie, un jâse band comme on disait. Il nous accompagnait au tambour et à la grosse caisse. Cela lui permettait de nous avoir à l’oeil et de faire les gros yeux aux garçons qui s’avisaient de venir reluquer ses filles de trop près. NOus jouions aussi dans notre café pour les clients qui s’y arrêtaient. Ils nous faisaient des commandes : « Joue-moi ‘Très jolie’, t’auras 5 francs », « Interprétez-nous ’Poète et paysan’, ‘Perles de cristal', ‘Cavalerie légère’... » Ils avalaient leur consommation et, avant de partir, nous donnaient quelques pièces que nous mettions dans notre tirelire. En somme, nous étions des juke-boxes vivants. De temps à autre, nous nous produisions sur Radio Lille, dans les "Matinées enfantines de grand-papa Léon". Un jour, nous y jouâmes l'ouverture de Cosifan tutte de Mozart. Il paraît que cela fit sensation et que dans les milieux musicaux du Pas-de-Calais, on évoquait « des petites ltaliennes qui avaient joué du Mozart à I'accordéon et au violon ». La T.S.F. était quelque chose de merveilleux, miraculeux, bien plus encore que ne l'est la télévision aujourd'hui. Les journaux locaux régionaux relataient notre travail, la musique, nos émissions sur Radio Lille, le concours d'accordéon d'Avion...
 
 
 
Pierrine Dalmasso
Pierine : « Nous faisions de la "musique à écouter". C'est-à-dire que nous jouions de "tout" (ou presque) : chansons, airs d'opérette, ouvertures classiques, morceaux de bravoure (que seuls les musiciens adultes et expérimentés savaient jouer). Linette interprétait en s'accompagnant à l'accordéon des chansons "à voix" soprano. Quant à moi, je faisais la deuxième voix.
Violon, ensuite saxo, un peu plus tard Fanny fut mise à la batterie et elle chantait aussi. Les gens venaient même de loin et pouvaient rester assis des heures à nous écouter. Des enfants si jeunes qui jouent comme des adultes. À l'apéritif, concert de 11h à 14h. La musique était réservée de prêférence aux classiques, des ouvertures : Poète et paysan, Cavalerie légère, Calife de Bagdad, Barbier de Séville, Valses de Strauss, Le beau Danube bleu, les musiques de V. Marceau... Tandis que nous étions juchées sur des tréteaux de fortune, l'assiette avec notre photo au pied, les pièces de monnaie tombaient. Et l'on reprenait vers les 16 heures jusqu'à minuit. Plus tard, plus âgées, nous finissions à 2 heures du matin. Nous manquions l'école invariablement les lundis (parfois les mardis) de Pâques à septembre (période de ducasses). Les instituteurs ne nous grondaient pas car malgré notre fatigue, nous étions de bonnes élèves. Nous avons quitté l'école à 12 ans (moi avec mention bien au certificat d'études, et Linette avec mention très bien, première du canton). Pas question de continuer nos études car il nous fallait nous exercer huit heures par jour dans la cuisine de chez nous (et quand nous étions à l'école, chaque soir pendant deux heures), les ducasses, ramener de l'argent à la maison... On ne chômait pas. Puis la guerre est arrivée, et les ducasses ont été interdites. Nous avons alors joué dans des cafés à Lens. J'ai joué à la Brasserie du Capitole à Lille, dans l'orchestre de Marcel Wiedaghe. La guerre terminée, Linette et moi avons alors monté un orchestre, nous produisant dans les bars à Paris, Lille, Dijon, Vichy... Mais les temps devinrent difficiles. Les patrons ont supprimé les orchestres, beaucoup
de musiciens se sont retrouvés au chômage. Et Linette et moi, nous sommes devenues "Duettisteg' : deux voix, un accordéon, une guitare. À nouveau la route, les cabarets, salles de cinéma, France, Suisse, Belgique, Italie... Linette a continué seule, en "one-woman show". Ça marchait bien. Quant à moi, ce fut plus dur. La guitare n'était pas encore à la mode. J'ai cavalé dans tout Paris pour trouver un micro, une sonorisation, chez Boyer qui a confectionné un micro de contact. J'étais sans nul doute la première à avoir une guitare sonorisée. Je faisais les cinémas à l'entracte, quelques cabarets... Puis j'abandonne, je me
marie, deviens hôtelière. Et ma fille Suzel a pris la relève. Elle suit de solides études musicales, compose, entre à la Sacem à 18 ans. Professeur de chant, maîtrise et licence musicologie, elle donne des concerts classique et jazz sa passion. Elle chante aussi, elle vient de sortir son premier CD, "Est-ce bien raisonnable ?". France 3 lui a consacré un reportage sur son travail, il y a peu de temps. Et la vie continue,
de mère en fille. »
 
Linette continue le métier et se produit dans des concerts ou récitals. EIIe raconte sa vie et ses voyages. Seule à vélo, elle a traversé de nombreux pays : Angleterre, Irlande, Roumanie, Inde (où elle fut reçue par madame Gandhi), Pakistan, etc. Ces dernières années, ce fut la Russie, la Biélorussie. EIIe vient de revenir d'un long périple en Russie, toujours en vélo. Elle se trouve à nouveau en France, toujours prête nous conter à nouveau sa vie, Ia vie des oeurs musiciennes.
Fropos recueillis par Henri Cordier.
Article paru dans accordéon & accordéonistes N°14 de Novembre 2002

 

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