Masters of Persian
Music Chant
Iran
Mohammad Reza Shajarian chant
Kayhan Kalhor
kamantché
Hossein Alizadeh
târ et setar
Homayoun Shajarian
tombak
Kayhan Kalhor, Hossein Alizadeh, Homayoun
Shajariane font vibrer leurs instruments. Ils ouvrent les portes de la musique
avant qu'arrive la voix du maître. Douce et profonde, elle s'élève
pleine de tendresse pour les vers qu'elle transporte. Après quelques
minutes où l'harmonie entre ces quatre musiciens d'exception paraît
comme suspendue au-dessus du temps, le rythme s'accélère. Le kamantché
est vif comme l'éclair, le tombak gronde comme le tonnerre, le tar est
une tempête et la voix se déploie plus noble que dominante, totalement
majestueuse. Sans cesser de jouer du tombak, Homayoun chante avec Mohammad
Reza Shajarian. Les voix du père et du fils s'unissent comme les deux facettes
d'un même joyau, puis ils se partagent les vers, alternent, se répondent.
Le plus souvent, les trois musiciens ferment les yeux, redirigeant l'énergie
lumineuse ainsi économisée vers leurs instruments. Aucun d'entre
eux ne se laisse aller vers une quelconque démonstration de virtuosité,
tous s'accordent pour servir cette tradition rénovée à laquelle
ils offrent des lettres de noblesse. Les quatre hommes, accroupis, dessinent un
espace aérien, qui flotte entre la Perse d'hier et l'Iran d'aujourd'hui,
conduisant l'aura magique du passé vers le présent. La voix
d'Homayoun sert de tremplin à celle de son père qui prend ainsi
une puissance accrue et atteint un climax irrésistible qui, lorsqu'il s'estompe,
provoque un tonnerre d'applaudissements. Après avoir réaccordé
leurs instruments, Kayhan Kalhor et Hossein Alizadeh nous entraînent dans
une suite de compositions de ce dernier. Après quelques accords appuyés
et une série de notes vives, le chant s'élève, le tar lui
répond, le kamantché le soutient, le tombak temporise l'allure et
tous prennent un même chemin. Sans cesser de battre avec précision
la peau de sa percussion, Homayoun chante. S'il ne possède pas encore la
richesse de grain de son père, son expressivité est remarquable.
Grâce à un dosage savant entre les différentes composantes
de leur ensemble, les musiciens nous font traverser une diversité de climats
intenses. Une vague mélancolie précède une avancée
fougueuse puis une tension enflammée aboutit sur un apaisement délicieux.
Rarement il est donné d'assister à une réunion de maîtres
de musique où, tout en privilégiant l'expression pure, chacun s'efface
devant la musique. Aérant leur jeu pour laisser les autres s'épanouir,
usant d'une infinité de nuances qui maintient la musique en état
de grâce. Leur association unique qui couvre quatre générations
de virtuoses iraniens est sans doute ce qu'il peut être entendu de plus
beau dans le genre. Lorsque la musique s'achève, pendant que les manifestations
de joie jaillissent de tous les recoins du théâtre, Hosseinn Alizadeh
reçoit un bouquet de fleurs qu'il donne à Reza Shajariane qui le
tend à Kayhan Kalhor qui le refuse. Les quatre hommes se retirent,
non sans avoir salué le public qu'ils remercieraient presque de s'être
laissé émerveiller. Benjamin MiNiMuM
autres
infos sur le site du Théâtre de la Ville
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