[Portrait d'Artiste]
par Jérôme Samuel
Poètes et Musiciens du
Rajasthan
les Langas et les Manghaniyars

les Manghanyiars
Anwar Khan, Channan Khan, Fakira Khan, Gafoor Khan, Moltan Khan chant
Channan Khan, Ghewar Khan kamanchiya
Fakira Khan, Firoz Khan dolak (percussion)
Gafoor Khan, Gazi Khan kartal (ancêtre des castagnettes)


les Langas
Bundu Khan, Nekou Khan chant
Habib Khan sarangui (vièle) et satara (double flûte)


Au centre il y a les saranguis et les kamâicâ, les violons et vièles indiennes qui, entourés des tambours dholaks et des castagnettes kartal, inaugurent ce concert sur un instrumental aux vapeurs entêtantes.
Ils sont bientôt rejoint par les chanteurs qui s'assoient en rang sur le devant de la scène. Ce sont les Manghaniyars qui commencent à chanter. Après une bénédiction chantée (doha), les solistes improvisent en se donnant la réplique. C'est ensuite au tour des Langas de nous montrer la couleur de leur répertoire. Leur premier chant démarre après un solo de satara, une flûte double dotée d'un tube pour jouer les notes, l'autre pour créer le bourdon sur laquelle la mélodie s'appuie. Soutenu par le dholak aérien et hypnotique, le satara déroule sa ritournelle devant les voix comme on déplierait un tapis rouge.
Manghaniyars et Langas sont deux familles musulmanes, entièrement dévolues au chant. Toutes deux sont au service de mécènes dont ils chantent les louanges, princes hindous rajasthjani pour les Manghaniyars et guerriers musulmans Sindhi pour les Langas. Mystiques ou profanes, leurs répertoires varient ou se croisent mais constituent une tradition en voie de disparition et c'est pourquoi, aidé par des européens, ils ont décidé de créer une école dont les meilleurs élèves constituent le groupe de jeunes prodiges Chota Divana qui émerveille le public du monde entier.
Le récital est très équilibré et diversifié. Nous nous régalons ensuite d'une joute de castagnettes où les truculents Gazi Khan et Gafoor Khan font voltiger leurs plaquettes de bois lors de mouvements amples. Chant Langas et Manghanhyars alternent et parfois les deux familles chantent un même chant. Chaque chanteur connaît son moment de gloire lors d'habiles solos. L'un des passages les plus touchants est du aux instrumentistes, le maître Sakkar Khan fait chanter son instrument avec grâce, il est accompagné par l'autre joueur de kamâicâ et celui de sarangui. Le dholak vient ensuite rythmer avec précision leur lyrique envolée.

Pour le rappel, les deux familles chantent ensemble une mélodie qui ne cesse de s'accélérer et pendant laquelle chaque chanteur nous offre un dernier solo pour nous saluer.
Les spectateurs ravis d'avoir été traités comme des princes les acclament avec ferveur et passion.


Benjamin MiNiMuM


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