[Portrait d'Artiste]
par Jérôme Samuel
Annie Ebrel chant a capella

Bretagne


Avant même que les lumières ne s'éteignent des bruits vagues viennent nous caresser les oreilles. L'obscurité tombe, Annie Ebrel avance sur le plateau simplement accompagnée d'une faible lueur. Elle est d'abord une enfant qui au matin apprend à compter et est prise de vertige en dépassant la centaine. Ce spectacle sobrement mise en scène par Lucas Belvaux et astucieusement mis en son par Sylvain Thévenard, retrace la vie d'une femme qui parcourt les saisons et égrène les heures du jour. Seule en scène Annie Ebrel chante la vie d'une fille de cultivateurs. La bande son illustre le climat (le babils des animaux de la ferme, discussion de paysans), propose des rythmiques, (le clapotis de la pluie ou la cadence des moissonneuses batteuses) et reprend aussi la voix de la chanteuse pour qu'elle puisse dialoguer avec elle même et interpréter ainsi un original, sans quitter l'essence des formes traditionnelles des chants bretons, complaintes gwerz ou rubato, chants festifs soniou ou chants à réponses Kan ha diskan. Ce spectacle original et courageux est à la fois d'une étonnante simplicité et d'une grande modernité. La formidable chanteuse originaire des Côtes d'Armor, évoque avec autant de justesse la réalité rustique de son environnement familier que les questionnements métaphysiques de son âme. Tour à tour, elle incarne avec justesse, la fraîcheur de l'enfance, la détermination de l'adulte et la douceur inquiète des vieillards sans jamais cesser de nous séduire et de nous faire rêver.

Benjamin MiNiMuM

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