| S'il est une voix
qui a profondément marqué l'Iran des années post-révolutionnaires,
c'est bien celle de Shahram Nazéri. Ce grand maître persan d'origine
kurde a su habilement intégrer les interdits imposés par la République
islamique (proscription de mélodies étrangères, de voix féminines
en solo, et de rythmes entraînants), tout en créant une musique d'un
ordre nouveau. Shahram Nazéri s'est non seulement appliqué à
faire revivre la musique traditionnelle iranienne (chassée par la modernisation
à outrance à l'époque du Chah), mais aussi à la faire
progresser. Entouré de son fils, Hâfez, au sétâr, et
d'un groupe de jeunes musiciens (qui l'accompagnent au daf, au zarb,et au oud),
le maître de musique kurde a donné naissance à un nouveau
style musical, populaire auprès des gens de la rue comme des musiciens
savants. Ses chansons sont aujourd'hui les plus diffusées sur les ondes
de la radio iranienne, et lorsqu'il se produit sur la scène du Grand Théâtre
de Téhéran (ex-Théâtre Rudaki, rebaptisé Salon
de l'Unité depuis la révolution), ses concerts affichent complet
plusieurs semaines à l'avance. Invité du Théâtre de
la Ville à plusieurs reprises, Shahram Nazéri revient cette année
pour présenter son nouveau travail, mêlant rythmes kurdes et formes
musicales traditionnelles revisitées. La plupart des compositions sont
signées par le jeune Hâfez Nazéri, dont le talent a été
récemment applaudi à l'occasion de plusieurs concerts dans la capitale
iranienne.
Delphine
Minoui |