La Fiesta a bien préparé son dixième anniversaire. Les organisateurs ont invité dix auteurs de polars à situer chacun une nouvelle dans le cadre du festival. "La Fiesta dessoude" aux Editions "L'Ecailler du sud". Latinissimo, l'association organisatrice du festival a aussi lié des partenariats avec d'autres organisations d'évènements culturels: le Mylos de Thessalonique, le Bam de Barcelone ou le Gaïa Festival qui leur ont apporté des suggestions et des facilités.
Pour sa soirée d'ouverture, le festival a élargi son espace habituel, en aménageant le terrain avoisinant Un chapiteau a été dressé et autour, cafetiers, restaurateurs, artisans et associations ont monté leurs comptoirs.
Avant l'ouverture des portes, nous prenons le temps de faire une visite au Web bar où le webmaster prend le temps de nous montrer quelques sites locaux qui feront leur présentation durant le festival. Nous sommes très amusés par "trankila.free.fr" où l'on peut pratiquer la pétanque en ligne.Après avoir tiré et pointé en évitant de justesse le "fanny" virtuel, nous regagnons la petite cour où nous rejoignons une célébrité des nuits marseillaises. Big Buddha alias Squaaly Baba, journaliste et DJ spécialisé ethno-techno, animera cette nuit un des 4 lieux réservés aux musiques électroniques. Et si les 3 autres dancefloors verront défiler 5 à 6 DJ chacun, le gros bouddha devra lui assurer ses 6 heures de mix.

 
Big Buddha, alias Squaaly Baba nous offre deux mixs ethno techno

Di Maggio le nouveau courant nonchalent de la chanson française
 
19 heure: ouverture des portes, les spectateurs sont accueillis par " Accoules Sax ".Cuivres, porte-voix et youyous sont les attributs sonores de cette fanfare locale interraciale vêtue de rouge . Au dessus d'eux flottent des rideaux transparents où sont projetés des montages vidéos de 10 ans de Fiesta.. Les salles ne sont pas encore ouvertes à l'exception des salons qui accueillent les cocktails privés. Les V.I.P. ont ici leurs parcours réservés qui leur permet d'évoluer sans être gênés par une foule grossissante.
Dehors, l'ambiance rappelle la fête de l'Huma, mais au lieu des stands frites et merguez, on trouve des produits exotiques, accras, mafés ou même sushis.

Sous le chapiteau où flottent d'immenses ballons et des oiseaux de bois, Di Maggio ouvre les festivités. Le duo, qui avait pratiquement clôt la neuvième édition, est venu interpréter 3 chansons pour les besoins de l'émission "Le pont des artistes" diffusée en direct. En 1 an, les marseillais ont gagné en assurance, leur son est plus précis, les ambiances plus riches. Leur 1er album s'est joliment fait remarqué par la presse Avec une nonchalance toute méditerranéenne, leurs chansons atmosphériques font le grand écart entre jazz et trip hop. Le chanteur semble pour l'instant vouloir régler ses comptes avec ses influences. Trenet qu'il invoque en tentant de se souvenir de ce qu'il reste de leurs amours, Gainsbourg avec qui il partage un certain port d'oreilles et Bashung, avec la voix duquel son propre timbre possède un véritable cousinage. Honorable mais dangereuse filiation dont on espère qu'à l'avenir, il arrivera à se démarquer.
Sitôt la scène quittée, ils rejoignent la tente de France Inter pour répondre aux questions d'Isabelle Dhordain et annoncer leur concert du jeudi18
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Sous le chapiteau les cigales chantent en attendant que les diverses tendances musicales occitane s'affrontent. "Occitania qu'es aquo" : selon Lux Botté, membre de Massilia Sound System et arbitre de la rencontre il s'agit de la finale du championnat mondial de Oaì (joyeux bordel régional). Plus clairement, un match bidonné qui oppose pratiquants de répertoire et créations acoustiques occitans (membres de La Talvera et du còr de La Plana réunis au sein de l'équipe jaune) et adeptes de ragga aïoli digital (Massilia Sound System + Nux Vomica, soit l'équipe rouge.). A tour de rôle les 2 équipes doivent traiter en 4 minutes des sujets tirés au hasard. Ces thèmes ("Les atouts de la culture occitane", "La danse peut elle remplacer les antidépresseurs ? ", " La danse montre le chemin de la libération ") sont suffisamment vastes et drolatique pour leur permettre de jouer exactement ce qu'ils avaient prévu au préalable.
Pendant que les uns jouent, les autres, s'ils ne boivent pas, tentent de les déconcentrer. Les rouges, buveurs de bières, se plaignent de l'odeur de la chèvre cornemuse de La Talvera. Les jaunes, amateurs de vin, s'insèrent des boules Quies dans les oreilles pendant une chanson à haute teneur en boîte à rythmes. Attitudes provocatrices qui leur vaut des cartons jaunes, ou rouge. Ce qui est sensé les départager, c'est le oaìomètre, estimation comparative des décibels d'approbations du public. Le match, forcément serré, se termine par une inversion musicale. L'équipe jaune, passe à l'électro, la rouge à l'acoustique. A ce moment l'arbitre pète les plombs et distribue des cartons rouges à tous les musiciens, ainsi contraints de vider la scène. Mais ils reviendront pour un dernier morceau où les équipes se mélangent et organisent une grande farandole du public et le match se termine sur une obligatoire égalité 10/10. Le spectacle "occitania qu'es aquo"crée en 1999, s'est depuis affiné. A l'époque chacune des quatre formations formait une équipe, en mélangeant groupes et répertoires. Le spectacle a gagné en cohérence et en dynamisme pour le plus grand bonheur du public.
 
Les deux capitaines de la finale du championnat international de Oaì

Pyrotechno flamboyante
 
 
En sortant du chapiteau, les festivaliers assistent à l'embrasement des toits des docks, spectacle pyrotechnique du groupe F Un violoncelliste est perché en haut d'une grue, et accompagne des rythmes technos alors que des geysers de feu lèchent le ciel. Des personnages proches de ceux du cirque Archaos se présentent au bord du toit et déclenchent le lancement de fusée en amorce d'un feu d'artifice généralisé.
Ensuite Tonino Carotone prend le relais. Ce chanteur de charme italien éraillé est à la variété italienne (période 60-70) ce que les Pogues sont au folklore irlandais. Une déclinaison "Sex n' Drugs n 'Rock n 'Rol de la Dolce Vita, n'arrive pas à nous faire oublier le vide de nos estomacs.
Pause, forcément malheureuse, d'autant que l'on fait ensuite le mauvais choix de retourner sous le chapiteau au lieu de rejoindre la grande salle couverte des docks. La prestation de la deuxième sensation marseillaise de l'année les "Troublemakers" groupe 100% digital, futt précédée d'une bonne rumeur et suivie d'observations flatteuses de la part de ceux qui les ont vu pendant que nous assistions à la prestation de Yorgos Mangas.
 
Tonino Canotone latin lover décadent

Le costume de Yorgos Mangas brille plus que sa musique.
 
Le grand mérite de Yorgos Mangas est d'inventer un style inédit, que l'on pourrait baptiser "Free-trad Circus" et de l'assumer. Vêtu d'un costume qui, strass oblige, évoque une vue aérienne nocturne d'aéroport, ce saxophoniste semble avoir nourri son art de la scène à la télévision. A force de zapping entre les numéros de cirque de Moscou et les retransmissions de concerts de James Brown, son show ressemble à une adaptation balkanique d'une soirée à Las Vegas. Sa musique évoque un télescopage entre les fêtes populaires grecques et une vraisemblable obsession pour Miles Davis et Fela. Mais de ses deux maîtres il ne semble pas avoir retenu autre chose que les aspects les plus artificiellement clinquants.
A Minuit et pour douze heures démarre un marathon techo. Une trentaine de djs se relaient dans 4 espaces. Les raveurs ont le choix entre Techno floor, house floor downbeat floor ou soutenir les djs locaux dans le petit salon à musique situé dans la mezzanine. Nous y rejoignons Squaaly qui peine à faire ses enchaînements atmosphériques, car les bpms qui remontent de la salle House couvrent systématiquement ses ralentissements rythmiques. Il enchaîne la crème de l'asian vibes, des remix sophistiqués de Khaled, de la variété indienne, qu'il agrémente de rythmes, de voix et d'atmosphères qui réconcilient toutes les cultures du monde. Alif Tree l'accompagne avec un pad de percussions électroniques et les curieux qui les ont rejoint se félicite de la bonne tenue du voyage. Avant de quitter les docks du Sud, un petit tour dans la salle downtempo s'impose. Le dj italien Nicola Conte possède une vision raffinée et chaleureuse de la musique électronique. Il emprunte ses rythmiques à la musique brésilienne et en propose une relecture impressionniste et minimaliste. Il y superpose avec précision des effets technologique subtils et inventifs obtenant une musique dont l'efficacité n'a d'égal que l'élégance.
Sur cette note idéale nous laissons la Fiesta vivre sa fièvre jusqu'à l'heure du pastis.


Un reportage de François Bensignor (Images et interview de Squally) et Benjamin MiNiMuM (Textes et intrusion au vestiaire occitan)