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08 décembre
2001 TERRES
BRULEES ou "Place
au jeunes" Pas de nouveau
ce soir en arrivant à Métissons. La sanction n'a toujours
pas été levée. La dernière soirée se
déroulera donc encore de manière clandestine. Pas politiquement
correct, le festival Métissons? Toujours est-il que le public est
venu et c'est l'essentiel. Un public chaleureux, simple et décontracté.
Ce soir,
on se décide enfin à prendre le temps de regarder les toiles
accrochées au mur: des peintures du peintre comorien Modali, des
formes étranges, des corps dénudés peints dans les
tons ocres à base de terre et de sable. Formé aux Beaux-Arts
de Tours et de Rennes, Modali vit actuellement aux Comores où il
enseigne les arts plastiques. Petit-fils d'un marabout, il détourne
les signes magiques (amulettes, talismans) qu'il intègre à
ses uvres d'art. Le duo franco-ivoirien
Ano Neko ("créons ensemble" en bété),
composé de la chanteuse Valérie Dobet Gnahoré et
du guitariste Colin La Roche de Féline, interprète un folk
africain, proche des Zap Mama ou de Sally Nyolo, aux paroles en français,
bété, fon, baoulé, lingala ou malinké. Au
premier rang, comme dans un village africain, un groupe d'enfants spectateurs
chante et rit bruyamment, interpellant la chanteuse. Elle, petite, énergique,
animale, a l'air d'une guerrière, avec ses cauris au bout des locks
et ses robes d'amazone. Sa voix ciselée, puissante, est comme une
arme qu'elle utilise avec dextérité. Lui, au contraire,
est tout dans la tranquillité. Il est grand et a la bonhomie d'un
pierrot lunaire. Son jeu de guitare s'inspire de la kora, de Brassens
et de Lokua Kanza. Ils ont 19 et 24 ans et se sont rencontrés il
y a cinq ans au village Ki Yi à Abidjan, un groupe panafricain
fondé par Wèrèwèrè Liking où
se regroupent comédiens, danseurs et musiciens. Depuis, ils ont
fait un enfant, Maeva, un groupe, Ano Neko, et une maquette de disque
avec l'appui de Ray Lema et de Lokua Kanza. Vous pouvez suivre la suite
de cette histoire d'amour sur leur site. La création
"Instants malgaches", à l'initiative de Twamay Association,
est la rencontre de l'écrivain Jean-Luc Raharimanana et du guitariste-compositeur
Solorazaf. Au milieu de la scène, Solorazaf, longtemps guitariste
de Myriam Makeba, trône enchaînant ses accords minimalistes.
Autour de lui, Jean-Luc Raharimanana et deux comédiens lisent des
textes qui décrivent un Madagascar violent et miséreux.
Un spectacle très théâtrale et un peu figé. Les sept
musiciens du groupe portugais Terrakota
(terre cuite) déboulent littéralement sur scène.
Ils ont des allures de beatniks des années soixante-dix, ou de
pirates des mers du sud, avec leurs cheveux longs, leurs boucles d'oreilles
et leurs pieds nus. Ils sont portugais, angolais, mozambicain, et même
italiens (tous basés à Lisbonne) et ont une moyenne d'âge
de 25 ans. C'est après un voyage en Afrique (Burkina, Mali, Côte
d'Ivoire et Sénégal) qu'ils ont décidé de
monter ce groupe de rock d'inspiration mandingue (et même complètement
dingue) où le chant ragga côtoie la guitare soukouss, le
tambour d'aisselle et la kora avec une énergie digne de la Mano
Negra version africaine. En avant scène, le chanteur et guitariste
Junior, grand et beau, s'adresse au public dans un français approximatif:
"ça chauffe, ça chauffe!". Alors qu'à ses
côtés, la délicieuse chanteuse Romi, seule femme au
milieu de tous ces hommes, vêtue de multiples foulards, virevolte
telle une fée des Mille et une nuits. Pour leur premier concert
en France, c'est un succès: le public saute et danse dans tous
les sens et en redemande. La conclusion de cette cinquième édition est donc positive, puisque malgré toutes les péripéties, le festival a pu se dérouler tout de même dans la bonne humeur et l'enthousiasme. Félicitations à l'équipe de Métissons qui a su garder son sang froid et aux artistes qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes, malgré des conditions pas toujours évidentes (manque de public, transgression de la loi).
Textes
et inetrviews: Marion Provansal |
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