Détail de "Talisman", un tableau du peintre comorien Modali.
 
Colin et Valérie, un duo de contrastes...
 
La famille Ano Neko raconte sa rencontre au sein de la troupe ivoirienne Ki Yi M'Bock.
 
Junior et Romi, fiers représentants d'un Portugal cosmopolite.
 
Alex (guitare), David (batterie), Romi (chant) et Francesco (basse) de "Terrakota" dans une interview bordélique en français, portugais et espagnol.
   
 

08 décembre 2001

TERRES BRULEES ou "Place au jeunes"

Pas de nouveau ce soir en arrivant à Métissons. La sanction n'a toujours pas été levée. La dernière soirée se déroulera donc encore de manière clandestine. Pas politiquement correct, le festival Métissons? Toujours est-il que le public est venu et c'est l'essentiel. Un public chaleureux, simple et décontracté.

Ce soir, on se décide enfin à prendre le temps de regarder les toiles accrochées au mur: des peintures du peintre comorien Modali, des formes étranges, des corps dénudés peints dans les tons ocres à base de terre et de sable. Formé aux Beaux-Arts de Tours et de Rennes, Modali vit actuellement aux Comores où il enseigne les arts plastiques. Petit-fils d'un marabout, il détourne les signes magiques (amulettes, talismans) qu'il intègre à ses œuvres d'art.
Nous retrouvons Soeuf El Badawi, président de l'association Twamay pour la promotion de la culture comorienne, qui nous parle du travail de ce peintre et de l'identité comorienne.

Le duo franco-ivoirien Ano Neko ("créons ensemble" en bété), composé de la chanteuse Valérie Dobet Gnahoré et du guitariste Colin La Roche de Féline, interprète un folk africain, proche des Zap Mama ou de Sally Nyolo, aux paroles en français, bété, fon, baoulé, lingala ou malinké. Au premier rang, comme dans un village africain, un groupe d'enfants spectateurs chante et rit bruyamment, interpellant la chanteuse. Elle, petite, énergique, animale, a l'air d'une guerrière, avec ses cauris au bout des locks et ses robes d'amazone. Sa voix ciselée, puissante, est comme une arme qu'elle utilise avec dextérité. Lui, au contraire, est tout dans la tranquillité. Il est grand et a la bonhomie d'un pierrot lunaire. Son jeu de guitare s'inspire de la kora, de Brassens et de Lokua Kanza. Ils ont 19 et 24 ans et se sont rencontrés il y a cinq ans au village Ki Yi à Abidjan, un groupe panafricain fondé par Wèrèwèrè Liking où se regroupent comédiens, danseurs et musiciens. Depuis, ils ont fait un enfant, Maeva, un groupe, Ano Neko, et une maquette de disque avec l'appui de Ray Lema et de Lokua Kanza. Vous pouvez suivre la suite de cette histoire d'amour sur leur site.
Contact

La création "Instants malgaches", à l'initiative de Twamay Association, est la rencontre de l'écrivain Jean-Luc Raharimanana et du guitariste-compositeur Solorazaf. Au milieu de la scène, Solorazaf, longtemps guitariste de Myriam Makeba, trône enchaînant ses accords minimalistes. Autour de lui, Jean-Luc Raharimanana et deux comédiens lisent des textes qui décrivent un Madagascar violent et miséreux. Un spectacle très théâtrale et un peu figé.

Les sept musiciens du groupe portugais Terrakota (terre cuite) déboulent littéralement sur scène. Ils ont des allures de beatniks des années soixante-dix, ou de pirates des mers du sud, avec leurs cheveux longs, leurs boucles d'oreilles et leurs pieds nus. Ils sont portugais, angolais, mozambicain, et même italiens (tous basés à Lisbonne) et ont une moyenne d'âge de 25 ans. C'est après un voyage en Afrique (Burkina, Mali, Côte d'Ivoire et Sénégal) qu'ils ont décidé de monter ce groupe de rock d'inspiration mandingue (et même complètement dingue) où le chant ragga côtoie la guitare soukouss, le tambour d'aisselle et la kora avec une énergie digne de la Mano Negra version africaine. En avant scène, le chanteur et guitariste Junior, grand et beau, s'adresse au public dans un français approximatif: "ça chauffe, ça chauffe!". Alors qu'à ses côtés, la délicieuse chanteuse Romi, seule femme au milieu de tous ces hommes, vêtue de multiples foulards, virevolte telle une fée des Mille et une nuits. Pour leur premier concert en France, c'est un succès: le public saute et danse dans tous les sens et en redemande.
Contact

La conclusion de cette cinquième édition est donc positive, puisque malgré toutes les péripéties, le festival a pu se dérouler tout de même dans la bonne humeur et l'enthousiasme. Félicitations à l'équipe de Métissons qui a su garder son sang froid et aux artistes qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes, malgré des conditions pas toujours évidentes (manque de public, transgression de la loi).

 

Textes et inetrviews: Marion Provansal
Images et vidéos: Didier Urbain