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Coco M'bassi se souvient du grand chapiteau des Musiques Métisses, où elle accompagnait Salif Keïta, il y a quelques années. Cette fois, c'est sous son propre nom que notre Camerounaise tient l'affiche. Une place tout à fait méritée, à en juger par la grande qualité des compositions sophistiquées qu'elle nous dévoile, dans un jeu naturel, sans effort apparent. Impressionnant de fluidité sur le manche de sa basse acoustique, Serge Ngando-Mpondo mène le groupe, où l'on reconnaît Patrick Bebey aux claviers. Bien qu'installée dans les climats jazzy, en digne cousine de Richard Bona, Coco Mbassi n'oublie jamais ses traditions. Elles affleurent derrière les belles harmonies vocales de ses deux choristes à la séduisante féminité et dans les rythmes de certaines chansons. A ces moments-là, Coco nous embarque en trois pas de danse vers les rivages marins de son pays, bercés de rythmes nonchalants dans la chaleur du soir humide. Ceux qui s'imaginent qu'Amadou et Mariam, le "couple aveugle du Mali", jouent un genre de folk traditionnel aux paroles pavées de bonnes intentions, s'empressent de réviser leur jugement dès les premiers accords du combo qui les accompagne. C'est du pur rock blues mandingue, et du meilleur ! Personne encore n'avait osé aller jusqu'au bout de ce mixe, totalement abouti et bienvenu en la matière. La section guitare, basse, batterie figurerait sans complexe derrière un John Mayall ou un Eric Clapton des meilleurs jours. Mais le vrai coup de génie, c'est ce djembé totalement africain, qui donne un swing irrésistible à la rythmique d'acier. Il faut dire que devant, aidés par deux choristes absolument charmantes, les amants inséparables y mettent du leur, étrangement beaux dans leurs boubous verts d'eau. Mariam, qui chante pourtant en malinké, vous a de ces accents soul-funk à la Etta James absolument grisants. A ses côtés, arc-bouté sur sa Fender rouge et blanche, Amadou nous régale de riffs électriques à la sobriété proprement décapante. Le timbre chaud de sa voix dans le registre médium aigu complète avec bonheur l'équilibre harmonique de l'ensemble. A l'évidence, ces deux-là se donnent un plaisir fou à nous faire plaisir. Autant dire que personne n'est prêt à les laisser sortir de scène Difficile en voyant Souad Massi monter sur scène ce soir de ne pas se remémorer l'édition de 1999 de Musiques Métisses. Mondomix était venu à Angoulême pour réaliser un de ses premiers reportages multimédias et l'équipe était accompagnée de la même Souad alors totalement inconnue. Cette année là Souad n'avait chanté sur aucune scène, mais la vision d'un petit film vidéo tourné quelques mois plus tôt avait suffit à convaincre un important tourneur l à prendre le risque de s'occuper de la jeune chanteuse kabyle. Depuis la popularité de Souad a fait tâche d'huile et peu de personne s'intéressant aux musiques d'Afrique du Nord ignore le charme irrésistible de sa voix. Ce soir sur la grande scène du chapiteau elle ressemble à ce qu'elle est une grande artiste. Ismaël Lô n'a plus grand chose à prouver. Super star au Sénégal et en Afrique de l'Ouest, il est l'un des rares artistes africains à s'être fait un nom dans les milieux de la variété française. Il est donc parfaitement à sa place pour clore cette 27ème édition extrêmement africaine du festival Musiques Métisses. Le registre chatoyant de sa voix habite entièrement l'espace plutôt rempli du grand chapiteau. Sa tournée 2002 présente une configuration relativement lourde : deux jeux de claviers symétriquement juchés sur des praticables de part et d'autre de la batterie, une basse et une guitare électrique, un percussionniste et son jeu de tambours sénégalais sabars à l'avant scène. Guitare en main, harmonica autour du cou pour les morceaux qui le réclament, Ismaël Lô choisit d'aligner ses tubes : "Sophia", "Jammu Africa" (le public chante à gorge déployée), "Faut qu'on s'aime" (extrait de Dabah, son plus récent album), "Dibi Dibi Rek" Cette option sans surprise a l'avantage d'assurer la qualité des valeurs sûres. On quitte donc Angoulême sous le signe de la stabilité, avec l'impression d'avoir, cette année encore, vécu de beaux moments de grâce, d'échange et de partage. François Bensignor |