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Edito du 03 Juin 2001 Dès quinze heure, la scène Mandingue mime la lune artificielle des Night Clubs de Johannesburg. Les basses grondent, les curs des adolescents frémissent à la vue des déhanchements suggestifs de danseuses peu vêtues, au son des vibrations des cordes vocales lascives d'une plantureuse chanteuse. Le blond Lekgoa fixe les yeux des jeunettes en agitant son micro. La charge sexuelle de son Kwaito n'est pas voilée. On s'amuse de se retrouver dans cette surboum sud africaine, mais il aurait sans doute fallu au préalable se laisser aller à quelques excès liquoreux pour y prendre du plaisir. L'Afrique du Sud est la reine du jour, mais la clarté immodérée des mélodies et des arpèges de Djélimady Tounkara nous rappelle que la musique mandingue est née au centre d'un fastueux empire d'Afrique de l'Ouest. Le mariage entre la leste guitare acoustique du Malien et la précieuse puissance des voix de ses chanteurs est un évènement plein de majesté. Le n'goni, les deux autres guitares, le tambour et la calebasse forment un magnifique cortège rythmique. La liesse des convives est instantanée et ne cesse de croître durant cette joviale cérémonie. En coulisses, à l'heure de l'apéritif, les officiels locaux et d'éminents représentants de la communauté sud africaine, Mahotella Queens en tête, échangent cadeaux, discours et certificats honorifiques. Lorsque les tintements des verres s'évanouissent, peuvent démarrer les choses sérieuses et celles qui nous attendent le sont extrêmement. Sur le programme Nothembi
Mikhwabane est annoncée comme un vénérable
porte-parole de la tradition des Ndebele et rien ne nous laisse présager
l'incroyable modernité de sa musique. Dans son costume traditionnel
- procession de bracelets de métal rutilants encerclant les
avant-bras, volumineux colliers de petites perles vivement colorées
superposés le long du cou et enserrant les jambes de la cheville
au genou - cette sexagénaire trapue est d'autant plus étonnante
qu'elle caresse avec une joie euphorique une rouge guitare tel Bo
Diddley dans ses moments les plus sauvages. Phuzekhemezi est parmi les chanteurs et chefs d'ensembles les plus cotés de la scène zouloue contemporaine. Comme Nothembi, avec laquelle il a créé le premier show et le premier CD zoulou-ndebele, il partage des secrets magiques avec sa guitare, possède un groupe d'une grande efficacité et un quatuor de danseurs spectaculaires. Ces dynamiques sportifs à l'arythmie irréprochable sont doués d'un irrésistible sens de l'auto dérision. Notre seul regret, c'est de ne pouvoir assister à la rencontre scénique, pourtant prévue, entre les groupes de Phuzekhemezi et de Nothembi. Christian Mousset, le directeur artistique du festival, retenu en cuisine par une faim légitime et s'étant emmêlé la fourchette dans son timing, ne put suggérer à temps aux régisseurs de scène d'oublier leur scrupuleux respect des impératifs horaires. La classe des Mahotella Queens dépasse largement leur professionnalisme de haut niveau. Elles sont riches d'une grâce définitive, émanant d'une vie offerte aux feux de la danse et à la religion du chant. Une nouvelle fois ces pyromanes calcinent les planches avec une joie infaillible, dégustant le simple bonheur d'être encore ensemble. Cette après-midi encore, lors de la remise d'une distinction angoumoisine, elles évoquaient la mémoire de leur regretté compagnon Simon Mahlathini. Elles connaissent le prix de la vie humaine et sont bien décidées à profiter de la leur au maximum. C'est certainement cette détermination vitale qui rend leur art si convaincant. Sous le grand chapiteau, la fête sud africaine est passionnante, mais il est aussi tentant d'aller humer les airs qui jaillissent des autres scènes. Quand j'arrive dans la tente acoustique, Tao Ravao perche sur une chaise, pour son plus grand plaisir la très jeune danseuse (catégorie 6-7 ans) qui les a rejoint et quitte la scène en compagnie de ses musiciens. Je n'entendrai alors que le rappel pendant lequel le Malgache armé d'un dobro, le percussionniste Karim Touré, l'harmoniciste Vincent Bucher et Loy Erlich et son hajouj exécutent avec conviction une chanson aux accents étonnement cajuns. En passant rapidement à l'espace Mandingue les rastas de l'Original Turtle Shell Band me font penser à une secte bizarre dans laquelle on invoque les esprits en martelant des rythmes décalés sur des coquilles de tortues, tout en psalmodiant des mélodies tordues. À quelques pas de là comme chaque soir le Circus Baobab a aimanté une foule qui bénira la rumeur qui les a conduits là. Retour en sud Afrique. Depuis leur formation en 1976,
The Soul Brothers
n'ont cessé d'affiner leur style vocal velouté, d'épurer
leur danse énergique. Croisement d'élégance stylistique
héritée des formations noires américaines de
type Tamla Motown et de l'énergie brute du mbaqanga. Ces frères
de carrière sont des étoiles qui brillent comme nulle
autres dans le ciel de leur pays. Dès le début de leur
show, les Mahotellas Queens se sont glissées dans la fosse
réservée aux photographes pour ne pas perdre une miette
du festin swinguant. Benjamin MiNiMuM |