Avant même qu'elle ne démarre nous savions que cette nouvelle édition des Nuits Atypiques de Langon, douzième du nom, n'allait pas se dérouler comme elle avait été prévue. L'actualité avait rattrapé ce festival de musiques et de paroles. Le porte drapeau de la confédération paysanne, le très médiatique José Bové, aurait du participer à un débat intitulé "Que faire de l'OMC ?" mais était en prison. Il fut libéré quelques jours plus tard et ne pourra qu'envoyer un message de sympathie aux organisateurs. Inutile de revenir sur les raisons qui occasionnèrent l'annulation du concert de clôture par Noir Désir. Précisons que cette année les assurances ne dédommagèrent aucunement les organisateurs du festival comme ce fut le cas en 2002 lorsque Bertrand Cantat indisposé par un problème de santé ne put tenir ses engagements. L'autre facteur de perturbations fut bien sûr le mouvement des intermittents qui tout l'été empêcha les festivals de tourner rond ou en rond, lorsqu'il ne les fit pas annuler. A Langon, haut lieu d'engagement citoyen, pas de grève totale mais des débats quotidiens pour expliquer au public, souvent acquit à leur cause, les raisons de leur colère et de fréquentes interventions plus ou moins spectaculaires, avant ou pendant les concerts.


Mercredi 30
Le festival démarre toutefois sur un air de fête avec des habitués de Langon les Toulousains d'Amestoy Trio qui sous la direction de l'accordéoniste Jean-Luc Amestoy, membre actif du collectif Motivé-e-es prouvent que la musette n'est pas cette vieille musique rétrograde mais une réalité plus populaire que populiste.

A Langon les artistes sont souvent aussi des hommes de convictions, c'est bien sûr le cas d'Amazigh Kateb chanteur charismatique du groupe Gnawa Diffusion. Après avoir rendu hommage à son père, le grand poète Kateb Yacine, lors d'une rencontre de fin d'après-midi au village, Amazigh et sa bande présentent les chansons de leur nouvel album Souk System, mélange efficace de rythmes gnawis et de tchatche ragga. Ils dénoncent les excès des gouvernements et des médias. Dans l'irrésistible Ben La Danse ils pointent le doigt sur la présentation marketing du bien et du mal après les évènements du onze septembre

Zebda, les musiciens suivants, sont également aussi célèbres pour leurs chansons que pour leurs prises de positions. Leur hymne estival de 98 Tomber la chemise, leur a apporté une reconnaissance populaire et leur engagement aux législatives de 2001 sur la liste toulousaine Motivé-e-es, une crédibilité politique. Leur show énergique où se mêlent rap, rock, ragga, raï, dénonciations d'abus politiciens et incitations au réveil citoyen, trouve un grand impact au près du public langonais.

Et cette première journée se termine comme elle a commencé avec un groupe fidèle aux Nuits Atypiques. Sur la scène du Village, les acrobaties et les rythmes précis des burkinabés Djiguya remportent comme chaque année un beau succès.

Jeudi 31
Les concert démarrent après une présentation au centre culturel des Carmes, d'un pré-montage du film de Vincent Glenn "Notes sur l'OMC" largement tourné lors des deux précédentes éditions des Nuits Atypiques, du débat sur le même sujet où devait intervenir José Bové et d'une rencontre avec les musiciens du groupe Massilia Sound System et de François Mauger respectivement participant et initiateur du projet de disque " Drop the Debt " en faveur de l'annulation de la dette du tiers monde.
Les premières notes résonnant dans le village atypique sont celles des bretons François Corneloup au saxophone et Yann-Fanch Kemener au chant. A mille lieues du Fest-Noz ils nous proposent une vision recueillie presque mystique de la culture celte portée par leurs deux souffles complémentaires.

Une heure plus tard les Marseillais sautillants Massilia Sound System entrent en scène. Tout comme Zebda, leur répertoire oscille entre chanson festive et hymne citoyen, mais pour faire passer leur message ils emploient une belle dose d'humour. A mi-parcours de leur prestation ils abordent le problème des intermittents par un sketch pendant lequel Tatou, personnalisant le MEDEF, se débarrasse à l'aide d'un revolver imaginaire de tout ce qui n'est pas indispensable au groupe, il tue ainsi tour à tour chaque technicien et chaque musicien avant de se suicider. Et quatre à cinq minutes durant la scène est plongée dans le noir, sans musique, lorsqu'ils se relève le chanteur exhorte la foule à témoigner de cette scène qui préfigure de l'avenir du spectacle vivant. Cette parenthèse est suivie par une traditionnelle tournée générale de pastis et le concert se termine joyeusement au son de leur raggamuffin aiolisé.

Les fadas précèdent un autre artiste participant du projet Drop the Debt, Tiken Jah Fakoly. Le chanteur ivoirien n'a pas non plus sa langue dans sa poche, son reggae est carré et ses propos aussi. En France il dénonce les problèmes de visas subis par les musiciens étrangers qui, malgré sa récente Victoire de la Musique, ne l'ont pas épargnés. Dans son pays ses critiques du gouvernement l'ont forcé à s'exiler au Mali. Quand il chante "Mon pays va mal ", on le prend aussi bien pour la Côte d'Ivoire que pour la France.

Comme chaque soir au denier concert de la Mosquée succède une prestation tonique dans le Village. Le trompettiste italien Roy Paci, s'est fait connaître dans l'orchestre de Manu Chao. Ses qualités de musicien et de crooner latino devraient finir par éclipser ses heures de bons et loyaux services auprès de son célèbre patron. Son show est original et ne manque pas de caractère.

 
Amazigh Kateb en première ligne de Gnawa Diffusion
 
 
Zebda tombe la chemise mais se méfie du bruit et de l'odeur
  
 
François Corneloup au saxophone et Yann-Fanch Kemener au gwerz
  
 
Le MEDEF peut tuer Massilia Sound System
  
 
Entre deux interviews Tiken Jah Fakoly rencontre Adama de Djiguiya
  
 
La trompette folle de Roy Paci