Jeudi 12 juin (Mis en ligne Vendredi 13 juin à 19h GMT)
En direct de Fès [Maroc]
 
 

L'Ensemble Al Kindi

 
Julien Weiss

 
 
L'ensemble Al Kindî


  
  
 
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A Bab Boujloud, les hirondelles n’en reviennent toujours pas. Les rythmes de l’orchestre de Doudou N’Diaye Rose, ont transformé la place en caisse de résonance pour message de paix. Malgré la scène trop petite pour danser et les tentatives répétées et ratées de la machine à fumée, la foule est resté bouche bée devant le ballet des filles du maître tambour. Pourtant le public était loin d’être acquis, peu familier de la polyrythmie sénégalaise, mais Doudou N’Diaye Rose en vrai showman généreux a su réchauffer l’ambiance, parlant coupe d’Afrique des nations, mais aussi croyances et pratiques soufies. Une fois de plus il est descendu de la scène, réduisant l’espace qui la sépare des barrières, il a dansé là, se rapprochant des spectateurs impressionnés, les regardant droit dans les yeux, haranguant la foule.


Sheikh Habboush et l'Ensemble Al Kindî (Syrie),
Bab Makina

Quand la lune s’est levée, pleine et ronde, une autre ambiance s’est installée sur la ville : cette nuit a sans doute été la plus fervente depuis le début du festival. Tout a commencé sous les murailles de Bab Makina grâce à l’ensemble Al Kindi. Pour nous, Julien Jallal Eddine Weiss, doigts bagués d’argent pince les cordes de son quanun, accompagnant la voix du mounschid Sheik Habboush. Ce que nous voyons ce soir n’est pas une cérémonie, mais un spectacle, et pourtant, malgré l’affluence du public, Al Kindi parvient à instaurer une intimité silencieuse et respectueuse avec l’audience.
Deux derviches tourneurs ferment le demi-cercle de musiciens qui occupent la scène. L’accompagnement est simple, oud, percussions et quanun dialoguent tour à tour avec les poèmes mystiques et les incantations chantées par Sheik Habboush. Sur la place silencieuse, les taqsims, improvisations musicales, s’envolent. L’oreille posée sur la caisse ronde de son oud, Mohamed Qâdri Dalal laisse filer les notes, Adel Shams El Din marque le rythme. C’est lui qui accompagne la danse tournoyante des Derviches quand ils se lèvent. Tête penchée, bras levés ou posés sur le cœur, ils dessinent dans l’espace, pendant de longues minutes, un cercle sacré.
Ensemble, ils quittent la scène après une prière, partagée avec le public.
On ne peut que remercier Julien Weiss, virtuose et respectueux, de nous montrer que l’identité n’est pas qu’une histoire de filiation mais qu’elle est processus, choisie autant que donnée.

Nous continuons la soirée par une nuit soufie, mais cette fois nous n’allons pas directement au palais du festival. Nous sommes invités à une soirée de prière de la confrérie Tidjaniya. Assis en cercle dans le patio d’une maison de la médina, les hommes prient. Les femmes sont à l’écart sous les arcades en stuc sculpté. L’odeur de l’encens se mêle à celle de l’eau sacrée parfumée à la fleur d’oranger.
A Fes Saiss nous attend un autre spectacle, rare : celui de la tariqua des chorfas du Kandar. Ici aussi l’atmosphère tranche avec celle des autres soirs. Le recueillement est de mise, moins joyeux, mais plus fervent. Les chants sont appuyés par des souffles et quand l’intensité des rythmes augmente les adeptes se mettent à sauter, expirant, utilisant leur respiration pour parvenir à la transe. La tariqua projette alors un souffle puissant dont les vibrations nous atteignent… en plein cœur.


Emilie da Lage

> retrouvez l'édition 2002  du festival

L'Equipe de Mondomix en direct de Fès [Maroc]:
Direction Editoriale, Photos & Interviews : Benjamin MiNiMuM
Textes & Interviews : Emilie Da Lage
Réalisation Vidéo : John Allen, assisté de Bella Lenestour
Production & Réalisation multimédia : Marc Benaïche


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