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A Bab
Boujloud, les hirondelles n’en reviennent toujours pas. Les rythmes de l’orchestre
de Doudou N’Diaye Rose, ont transformé la place en caisse de résonance
pour message de paix. Malgré la scène trop petite pour danser et
les tentatives répétées et ratées de la machine à
fumée, la foule est resté bouche bée devant le ballet des
filles du maître tambour. Pourtant le public était loin d’être
acquis, peu familier de la polyrythmie sénégalaise, mais Doudou
N’Diaye Rose en vrai showman généreux a su réchauffer
l’ambiance, parlant coupe d’Afrique des nations, mais aussi croyances
et pratiques soufies. Une fois de plus il est descendu de la scène, réduisant
l’espace qui la sépare des barrières, il a dansé là,
se rapprochant des spectateurs impressionnés, les regardant droit dans
les yeux, haranguant la foule. Sheikh
Habboush et l'Ensemble Al Kindî (Syrie), Bab
Makina Quand la lune s’est
levée, pleine et ronde, une autre ambiance s’est installée
sur la ville : cette nuit a sans doute été la plus fervente depuis
le début du festival. Tout a commencé sous les murailles de Bab
Makina grâce à l’ensemble Al Kindi. Pour nous, Julien Jallal
Eddine Weiss, doigts bagués d’argent pince les cordes de son quanun,
accompagnant la voix du mounschid Sheik Habboush. Ce que nous voyons ce soir n’est
pas une cérémonie, mais un spectacle, et pourtant, malgré
l’affluence du public, Al Kindi parvient à instaurer une intimité
silencieuse et respectueuse avec l’audience. Deux derviches tourneurs
ferment le demi-cercle de musiciens qui occupent la scène. L’accompagnement
est simple, oud, percussions et quanun dialoguent tour à tour avec les
poèmes mystiques et les incantations chantées par Sheik Habboush.
Sur la place silencieuse, les taqsims, improvisations musicales, s’envolent.
L’oreille posée sur la caisse ronde de son oud, Mohamed Qâdri
Dalal laisse filer les notes, Adel Shams El Din marque le rythme. C’est
lui qui accompagne la danse tournoyante des Derviches quand ils se lèvent.
Tête penchée, bras levés ou posés sur le cœur,
ils dessinent dans l’espace, pendant de longues minutes, un cercle sacré.
Ensemble, ils quittent la scène après une prière, partagée
avec le public. On ne peut que remercier Julien Weiss, virtuose et respectueux,
de nous montrer que l’identité n’est pas qu’une histoire
de filiation mais qu’elle est processus, choisie autant que donnée.
Nous continuons la soirée par une nuit soufie, mais cette fois nous
n’allons pas directement au palais du festival. Nous sommes invités
à une soirée de prière de la confrérie Tidjaniya.
Assis en cercle dans le patio d’une maison de la médina, les hommes
prient. Les femmes sont à l’écart sous les arcades en stuc
sculpté. L’odeur de l’encens se mêle à celle de
l’eau sacrée parfumée à la fleur d’oranger.
A Fes Saiss nous attend un autre spectacle, rare : celui de la tariqua des chorfas
du Kandar. Ici aussi l’atmosphère tranche avec celle des autres soirs.
Le recueillement est de mise, moins joyeux, mais plus fervent. Les chants sont
appuyés par des souffles et quand l’intensité des rythmes
augmente les adeptes se mettent à sauter, expirant, utilisant leur respiration
pour parvenir à la transe. La tariqua projette alors un souffle puissant
dont les vibrations nous atteignent… en plein cœur. Emilie
da Lage >
retrouvez l'édition 2002 du festival
L'Equipe de Mondomix en direct de Fès [Maroc]:
Direction Editoriale, Photos & Interviews : Benjamin
MiNiMuM Textes & Interviews : Emilie Da Lage Réalisation Vidéo
: John Allen, assisté de Bella Lenestour Production & Réalisation
multimédia : Marc Benaïche
Design : Elise Kamm / Le Studio Mondomix (c) 2003 Mondomix / Fes Saiss
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