Mercredi 11 juin (Mis en ligne Jeudi 12 juin à 19h GMT)
En direct de Fès [Maroc]
 
 

Doudou N'Diaye Rose,

 
Les Roudaniyates [4'25]

 
Doudou N'Diaye Rose


 
Doudou N'Diaye Rose []


 
Les Roudaniyates
[]
   
 
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Les Roudaniyates (Maroc),
Ensemble de Femmes de Taroudant
Musée Batha

La pluie nous a chassé du jardin du musée Batha et nous nous sommes réfugiés dans une grande salle couverte de zéliges et au plafond de cèdre qui sent si bon. Voilées de bleu et déjà chantantes, les Roudaniyates, groupe de femmes berbères de Taroudant, passent le seuil de la salle et s’installent sur scène. Les voiles bleus tombent sur des chemisiers et des foulards blancs. Sans micro, c’est à voix nue qu’elles entament le concert. Deux meneuses lancent les chants, repris par l’ensemble des femmes. Leur répertoire est fait d’invocations profondes, mais aussi souvent joyeuses. Un peu crispés au début, leurs visages s’ouvrent au fil des morceaux et des sourires s’échangent. Les Roudaniyates ont le rythme, chacune le sien, chacune sa percussion : battement de mains, nakous, taarija, bandir. Les mains tatouées frappent les tambours, les rythmes s’accélèrent, attention, ils peuvent mener à la transe… Elles terminent le concert debout, simples et belles, à capella, et l’assistance peut sortir doucement du rythme hypnotique.
L’arbre du jardin Batha a manqué un beau moment tout simple.


Festival Off (Place Bab Boujloud)

Place Bab Boujloud, l’orchestre de Dina Abdeljawad tarde à se mettre en place. Il faut dire que la pluie vient juste de cesser, et que les techniciens improvisent une balance tout en enlevant les bâches qui protègent les enceintes. Encore un peu timide, la jeune chanteuses fassie paraît impressionnée par la foule qui maintenant se masse aux barrières, ce n’est jamais facile de jouer devant les siens. Le concert commence et le oud se mêle au synthétiseur sur un rythme qui pousse les spectateurs à la danse.

La place se remplit, rapidement la foule se densifie, et quand le chanteur fassi Abdelhadi Belkhayat est annoncé toute la place se met à vibrer. Le premier « Allah » de Belkhayat résonne comme un appel et le public y répond, mêlant sa voix plurielle à celle, impériale de la star marocaine. L’ambiance est électrique, un peu mystique, populaire et chaleureuse. Dans le public il y a : un garçon aux yeux qui brillent, une jeune fille voilée, les mains sur les genoux et la tête dans les étoiles et le sourire de la petite Hanane.


Doudou N'Diaye Rose (Sénégal),
Bab Makina

Place Bab el Makina nous sommes quelques uns à trépigner d’avance, il faut dire que ce soir le festival accueille le maître des rythmes, le rois des tambours sénégalais : Doudou N’Diaye Rose.

Doudou N’Diaye Rose est un sage, père d’une famille nombreuse (quarante deux enfants) il est spécialiste de l’engendrement et avec lui la question de la création trouve forcément une réponse immédiate et musicale : ce qui a créé le monde, ce n’est ni la lumière ni le son, mais le rythme ! Pulsations et vibrations tout part du cœur.

Dès le premier battement de tambour le rythme appelle le mouvement et le mouvement engendre le rythme, féconde alliance… Mouvements amples des bras d’hommes qui s’abattent sur les tambours, mouvements souples de Doudou N’Diaye Rose qui balance son énergie à son orchestre attentif. Un mouvement d’épaule et le rythme change, un mouvement de bassin et l’air se met à trembler. Pas besoin de partition, la mémoire partagée relie les musiciens et Doudou N’Diaye Rose les guide.

La deuxième et la troisième partie laisse une belle place aux femmes. Innovateur traditionnel, Doudou N’Diaye Rose a décidé que ses filles elles aussi auraient le droit de maîtriser le rythme et leur à ouvert la porte de l’orchestre familial. Tambours sur la hanche, elles le tapent de la main, peau contre peau, puis, rejointes par les hommes, elles s’arment d’une baguette et frappent. Quand elles posent leurs tambours pour danser, nous sommes galvanisés. Energie brute, sexuelle et sacrée.

Le rythme structure le temps, ne le hachure pas, ne le divise pas, mais le cisèle et le construit. Complexe il n’est pas métronomique, mais dynamique. Il s’accélère, se ralentit, se multiplie, se transforme et alors pris par surprise il nous ouvre la conscience. Il focalise notre attention sur l’intervalle, cet entre deux des pulsations dans lequel se déploie le mouvement rapide, fluide, perpétuel.


Emilie da Lage

> retrouvez l'édition 2002  du festival

L'Equipe de Mondomix en direct de Fès [Maroc]:
Direction Editoriale, Photos & Interviews : Benjamin MiNiMuM
Textes & Interviews : Emilie Da Lage
Réalisation Vidéo : John Allen, assisté de Bella Lenestour
Production & Réalisation multimédia : Marc Benaïche


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