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Les Roudaniyates (Maroc),
Ensemble de Femmes de Taroudant
Musée Batha
La pluie nous a chassé
du jardin du musée Batha et nous nous sommes réfugiés
dans une grande salle couverte de zéliges et au plafond de
cèdre qui sent si bon. Voilées de bleu et déjà
chantantes, les Roudaniyates, groupe de femmes berbères de
Taroudant, passent le seuil de la salle et s’installent sur
scène. Les voiles bleus tombent sur des chemisiers et des
foulards blancs. Sans micro, c’est à voix nue qu’elles
entament le concert. Deux meneuses lancent les chants, repris par
l’ensemble des femmes. Leur répertoire est fait d’invocations
profondes, mais aussi souvent joyeuses. Un peu crispés au
début, leurs visages s’ouvrent au fil des morceaux
et des sourires s’échangent. Les Roudaniyates ont le
rythme, chacune le sien, chacune sa percussion : battement de mains,
nakous, taarija, bandir. Les mains tatouées frappent les
tambours, les rythmes s’accélèrent, attention,
ils peuvent mener à la transe… Elles terminent le concert
debout, simples et belles, à capella, et l’assistance
peut sortir doucement du rythme hypnotique.
L’arbre du jardin Batha a manqué un beau moment tout
simple.
Festival Off (Place Bab Boujloud)
Place Bab Boujloud, l’orchestre de Dina Abdeljawad tarde à
se mettre en place. Il faut dire que la pluie vient juste de cesser,
et que les techniciens improvisent une balance tout en enlevant
les bâches qui protègent les enceintes. Encore un peu
timide, la jeune chanteuses fassie paraît impressionnée
par la foule qui maintenant se masse aux barrières, ce n’est
jamais facile de jouer devant les siens. Le concert commence et
le oud se mêle au synthétiseur sur un rythme qui pousse
les spectateurs à la danse.
La place se remplit, rapidement la foule se densifie, et quand
le chanteur fassi Abdelhadi Belkhayat est annoncé toute la
place se met à vibrer. Le premier « Allah » de
Belkhayat résonne comme un appel et le public y répond,
mêlant sa voix plurielle à celle, impériale
de la star marocaine. L’ambiance est électrique, un
peu mystique, populaire et chaleureuse. Dans le public il y a :
un garçon aux yeux qui brillent, une jeune fille voilée,
les mains sur les genoux et la tête dans les étoiles
et le sourire de la petite Hanane.
Doudou N'Diaye Rose (Sénégal),
Bab Makina
Place Bab el Makina nous sommes quelques uns à trépigner
d’avance, il faut dire que ce soir le festival accueille le
maître des rythmes, le rois des tambours sénégalais
: Doudou N’Diaye Rose.
Doudou N’Diaye Rose est un sage, père d’une
famille nombreuse (quarante deux enfants) il est spécialiste
de l’engendrement et avec lui la question de la création
trouve forcément une réponse immédiate et musicale
: ce qui a créé le monde, ce n’est ni la lumière
ni le son, mais le rythme ! Pulsations et vibrations tout part du
cœur.
Dès le premier battement de tambour le rythme appelle le
mouvement et le mouvement engendre le rythme, féconde alliance…
Mouvements amples des bras d’hommes qui s’abattent sur
les tambours, mouvements souples de Doudou N’Diaye Rose qui
balance son énergie à son orchestre attentif. Un mouvement
d’épaule et le rythme change, un mouvement de bassin
et l’air se met à trembler. Pas besoin de partition,
la mémoire partagée relie les musiciens et Doudou
N’Diaye Rose les guide.
La deuxième et la troisième partie laisse une belle
place aux femmes. Innovateur traditionnel, Doudou N’Diaye
Rose a décidé que ses filles elles aussi auraient
le droit de maîtriser le rythme et leur à ouvert la
porte de l’orchestre familial. Tambours sur la hanche, elles
le tapent de la main, peau contre peau, puis, rejointes par les
hommes, elles s’arment d’une baguette et frappent. Quand
elles posent leurs tambours pour danser, nous sommes galvanisés.
Energie brute, sexuelle et sacrée.
Le rythme structure le temps, ne le hachure pas, ne le divise pas,
mais le cisèle et le construit. Complexe il n’est pas
métronomique, mais dynamique. Il s’accélère,
se ralentit, se multiplie, se transforme et alors pris par surprise
il nous ouvre la conscience. Il focalise notre attention sur l’intervalle,
cet entre deux des pulsations dans lequel se déploie le mouvement
rapide, fluide, perpétuel.
Emilie da Lage
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retrouvez l'édition 2002 du festival
L'Equipe de Mondomix en direct de Fès [Maroc]:
Direction
Editoriale, Photos & Interviews : Benjamin MiNiMuM
Textes & Interviews : Emilie Da Lage
Réalisation Vidéo : John Allen, assisté de
Bella Lenestour
Production & Réalisation multimédia : Marc Benaïche
Design : Elise Kamm / Le Studio Mondomix
(c) 2003 Mondomix / Fes Saiss - Tous droits réservés
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