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Saïd Hafid, Une voix celeste |
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Malgré la nécessité
de maintenir la sécurité du festival, la musique déborde
de l’enceinte de la place Bab el Makina et c’est toute la ville qui,
depuis hier, grâce au festival off, vit au rythme des musiques sacrées.
Les rues de Fès sont imprégnées par l’esprit du festival
et la musique s’invite dans les riads ou sur la place Bab Boujloud à
l’entrée de la médina. Ulali
(USA), Traditions des Indiens d'Amérique du Nord
Musée Batha Dans le
jardin du musée Batha, la journée musicale a commencé par
un spectacle étonnant, celui des Ulali,
groupe a capella d’Amérique du nord. Elles n’étaient
que deux sur trois à avoir survécu à la chaleur de Fès
et elles ont rejoint la scène en s’excusant presque et en riant.
Loin des clichés, c’est sans plumes, mais joliment tatouée
pour l’une, qu’elles se sont avancées en indiennes d’aujourd’hui
braconnant dans les cultures américaines, recyclant même ses produits
industriels : des canettes de coca-cola transformées en maracas de fortune
donnent un exemple de toute l’ingéniosité de ces multiples
détournements. Nous étions déjà conquis
par leur simplicité, mais dès le premier chant nos oreilles ont
vibré à la force des voix aux accents de blues. Simplement accompagné
de tambours sur cadre traditionnel, ce duo surprenant, aux voix propulsées
par le souffle, explorant des registres sonores inhabituels, a imposé son
univers à une audience médusée. Elles ont émaillé
leur performance de remarques joyeuses ou drôles qui nous ont installés
tout de suite dans une sorte de proximité chaleureuse. Pour reposer leurs
voix mises à rude épreuve, elles nous ont raconté des parties
de leur vie sans folklore ni tralala. Nous avons compris l’importance des
femmes dans le système des clans, mais aussi que Jennyfer, mi-indienne
mi-juive, avait déjà trois chats, deux chiens et un mari, et que
cela lui suffisait bien !!! Elles ont pris soin de dédicacer
chaque chant, nous rappelant sans le dire que l’important dans la relation
reste le don qui nous oblige et qui nous lie. Dernier cadeau, malgré la
chaleur à laquelle elles n’étaient visiblement pas habituées,
Pura s’est levée pour une démonstration de danse aussi frénétique
qu’impressionnante, nous laissant ébahis et conquis.
Lofti Bouchnaq (Tunisie), Festival Off
Place Bab Boujloud Après
l’intimité du musée Batha, nous avons rejoint la grande place
de Bab Boujloud. Le festival off donne à la population de Fès la
possibilité d’assister gratuitement à des concerts réunissant
un plateau spécifique et des artistes programmés dans le cadre du
In. Sur la place, des rues ou des terrasses environnantes, les Fassis profitent
du festival, au son de l’orchestre Malhoun de
Mohamed Soussi. Musique d’ambiance pour certains, rendez-vous d’aficionados
pour d’autres, on vient sur la place s’offrir une promenade en dilettante,
s’abriter du soleil encore fort au pied des murailles de la médina.
Des femmes passent laissant parfois entrevoir un talon ou une main tatoués
au henné, d’autres en jean et t-shirt donnent un exemple de la diversité
des attitudes et habitudes fassies. Au chassé-croisé des femmes
et des enfants répond le ballet incessant des hirondelles qui nichent dans
la muraille. Quand la voix de Lofti Bouchnaq,
star venue de Tunisie retentit sur la place, le public encore peu nombreux jusque
là afflue vers la scène. Inspiré, Lofti Bouchnaq adresse
alors à tous un message de tolérance et de paix et invoque notre
responsabilité envers les générations futures.
Saïd Hafid, Mohamed Tarouat et Nihadd Fatallah
(Egypte), Incantations spirituelles Bab Makina
Le soir tombe sur la place encore animée de Bab Boujloud et pour la
première fois la lune règne dans le ciel sans nuage de Fès.
Quoi de plus normal puisque ce soir le festival accueille place Bab el Makina
les étoiles de la musique égyptienne : Nihadd
Fatallah, Saïd Hafid et Mohamed Tarouat. Trois voix et trois styles
représentant la diversité de l’école du Caire.
Pour les chanteuses égyptiennes, Oum Kalsoum reste la référence
et Nihadd Fatallah ne fait pas exception. L’orchestre marocain de Salah
Cherkaoui d’un classicisme parfait adopte sans problème les conventions
égyptiennes. Très belle, d’une classe folle, Nihadd Fatallah,
venue remplacer au pied levé Amal Maher restée au Caire, tient le
devant de la scène, intemporelle. Le concert prend une autre dimension
quand Saïd Hafid guidé jusqu’au micro en raison de sa cécité,
se lance dans des improvisations mystiques. L’orchestre sait se faire plus
léger laissant une belle place au oud qui n’en finit plus d’explorer
le même mode à la suite de la voix de Saïd Hafid. Il ne peut
pas voir le cadre majestueux et pourtant sa voix semble se mesurer aux murailles,
se réverbère dans l’enceinte et remplit la place. Seuls
les violons se font parfois trop insistants recouvrant un peu rapidement l’écho
de sa voix. Le set de Saïd Hafid prend fin alors que la lumière
change. Les portes magnifiques qui servent de décor à la scène
prennent un ton bleuté pour accueillir Mohamed Tarouat au charme très
cinématographique et au sourire ravageur. L’orchestre prend le temps
de se réaccorder avant de recouvrir la place d’une nappe musicale
sucrée. Se dégageant des violons un solo de ney nous offre une respiration
bienvenue. Mohamed Tarouat enchaîne les succès que ses fans arabophones
reprennent en cœur, quelques youyou fusent, c’est sur cet homme là
sait faire chavirer le cœur des femmes. Quittant les étoiles
égyptiennes nous filons au palais du festival pour notre première
nuit soufie et nous arrivons juste au moment ou les Aïssaouas de Fès
font retentir leurs longues trompes si caractéristiques. Le public est
composé pour moitié de fassis habitués du rituel. Les rythmes
s’accélèrent doucement soutenus par les battements de mains
savants. Il ne nous reste plus qu’à prendre le temps, laisser la
musique imposer son rythme à notre corps et atteindre, via les sens, notre
conscience. Emilie da Lage
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retrouvez l'édition 2002 du festival
L'Equipe de Mondomix en direct de Fès [Maroc]:
Direction Editoriale, Photos & Interviews : Benjamin
MiNiMuM Textes & Interviews : Emilie Da Lage Réalisation Vidéo
: John Allen, assisté de Bella Lenestour Production & Réalisation
multimédia : Marc Benaïche
Design : Elise Kamm / Le Studio Mondomix (c) 2003 Mondomix / Fes Saiss
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