Dimanche 8 juin (Mis en ligne Lundi 9 juin à 19h GMT)
En direct de Fès [Maroc]
 
 

Saïd Hafid, Une voix celeste
 
Ulali
[15'19]
  
  
 
Ulali
[2'42]

 
Said Hafid
[6'55]
  
 
Les musiques et les vidéos sont au format Real One Player [Téléchargement Gratuit] 
 

Malgré la nécessité de maintenir la sécurité du festival, la musique déborde de l’enceinte de la place Bab el Makina et c’est toute la ville qui, depuis hier, grâce au festival off, vit au rythme des musiques sacrées. Les rues de Fès sont imprégnées par l’esprit du festival et la musique s’invite dans les riads ou sur la place Bab Boujloud à l’entrée de la médina.

Ulali (USA), Traditions des Indiens d'Amérique du Nord
Musée Batha

Dans le jardin du musée Batha, la journée musicale a commencé par un spectacle étonnant, celui des Ulali, groupe a capella d’Amérique du nord. Elles n’étaient que deux sur trois à avoir survécu à la chaleur de Fès et elles ont rejoint la scène en s’excusant presque et en riant. Loin des clichés, c’est sans plumes, mais joliment tatouée pour l’une, qu’elles se sont avancées en indiennes d’aujourd’hui braconnant dans les cultures américaines, recyclant même ses produits industriels : des canettes de coca-cola transformées en maracas de fortune donnent un exemple de toute l’ingéniosité de ces multiples détournements.

Nous étions déjà conquis par leur simplicité, mais dès le premier chant nos oreilles ont vibré à la force des voix aux accents de blues. Simplement accompagné de tambours sur cadre traditionnel, ce duo surprenant, aux voix propulsées par le souffle, explorant des registres sonores inhabituels, a imposé son univers à une audience médusée. Elles ont émaillé leur performance de remarques joyeuses ou drôles qui nous ont installés tout de suite dans une sorte de proximité chaleureuse. Pour reposer leurs voix mises à rude épreuve, elles nous ont raconté des parties de leur vie sans folklore ni tralala. Nous avons compris l’importance des femmes dans le système des clans, mais aussi que Jennyfer, mi-indienne mi-juive, avait déjà trois chats, deux chiens et un mari, et que cela lui suffisait bien !!!

Elles ont pris soin de dédicacer chaque chant, nous rappelant sans le dire que l’important dans la relation reste le don qui nous oblige et qui nous lie. Dernier cadeau, malgré la chaleur à laquelle elles n’étaient visiblement pas habituées, Pura s’est levée pour une démonstration de danse aussi frénétique qu’impressionnante, nous laissant ébahis et conquis.


Lofti Bouchnaq (Tunisie), Festival Off
Place Bab Boujloud

Après l’intimité du musée Batha, nous avons rejoint la grande place de Bab Boujloud. Le festival off donne à la population de Fès la possibilité d’assister gratuitement à des concerts réunissant un plateau spécifique et des artistes programmés dans le cadre du In. Sur la place, des rues ou des terrasses environnantes, les Fassis profitent du festival, au son de l’orchestre Malhoun de Mohamed Soussi. Musique d’ambiance pour certains, rendez-vous d’aficionados pour d’autres, on vient sur la place s’offrir une promenade en dilettante, s’abriter du soleil encore fort au pied des murailles de la médina. Des femmes passent laissant parfois entrevoir un talon ou une main tatoués au henné, d’autres en jean et t-shirt donnent un exemple de la diversité des attitudes et habitudes fassies. Au chassé-croisé des femmes et des enfants répond le ballet incessant des hirondelles qui nichent dans la muraille.
Quand la voix de Lofti Bouchnaq, star venue de Tunisie retentit sur la place, le public encore peu nombreux jusque là afflue vers la scène. Inspiré, Lofti Bouchnaq adresse alors à tous un message de tolérance et de paix et invoque notre responsabilité envers les générations futures.


Saïd Hafid, Mohamed Tarouat et Nihadd Fatallah (Egypte), Incantations spirituelles
Bab Makina

Le soir tombe sur la place encore animée de Bab Boujloud et pour la première fois la lune règne dans le ciel sans nuage de Fès. Quoi de plus normal puisque ce soir le festival accueille place Bab el Makina les étoiles de la musique égyptienne : Nihadd Fatallah, Saïd Hafid et Mohamed Tarouat. Trois voix et trois styles représentant la diversité de l’école du Caire.
Pour les chanteuses égyptiennes, Oum Kalsoum reste la référence et Nihadd Fatallah ne fait pas exception. L’orchestre marocain de Salah Cherkaoui d’un classicisme parfait adopte sans problème les conventions égyptiennes. Très belle, d’une classe folle, Nihadd Fatallah, venue remplacer au pied levé Amal Maher restée au Caire, tient le devant de la scène, intemporelle.
Le concert prend une autre dimension quand Saïd Hafid guidé jusqu’au micro en raison de sa cécité, se lance dans des improvisations mystiques. L’orchestre sait se faire plus léger laissant une belle place au oud qui n’en finit plus d’explorer le même mode à la suite de la voix de Saïd Hafid. Il ne peut pas voir le cadre majestueux et pourtant sa voix semble se mesurer aux murailles, se réverbère dans l’enceinte et remplit la place.
Seuls les violons se font parfois trop insistants recouvrant un peu rapidement l’écho de sa voix.

Le set de Saïd Hafid prend fin alors que la lumière change. Les portes magnifiques qui servent de décor à la scène prennent un ton bleuté pour accueillir Mohamed Tarouat au charme très cinématographique et au sourire ravageur. L’orchestre prend le temps de se réaccorder avant de recouvrir la place d’une nappe musicale sucrée. Se dégageant des violons un solo de ney nous offre une respiration bienvenue. Mohamed Tarouat enchaîne les succès que ses fans arabophones reprennent en cœur, quelques youyou fusent, c’est sur cet homme là sait faire chavirer le cœur des femmes.

Quittant les étoiles égyptiennes nous filons au palais du festival pour notre première nuit soufie et nous arrivons juste au moment ou les Aïssaouas de Fès font retentir leurs longues trompes si caractéristiques. Le public est composé pour moitié de fassis habitués du rituel. Les rythmes s’accélèrent doucement soutenus par les battements de mains savants. Il ne nous reste plus qu’à prendre le temps, laisser la musique imposer son rythme à notre corps et atteindre, via les sens, notre conscience.


Emilie da Lage

> retrouvez l'édition 2002  du festival

L'Equipe de Mondomix en direct de Fès [Maroc]:
Direction Editoriale, Photos & Interviews : Benjamin MiNiMuM
Textes & Interviews : Emilie Da Lage
Réalisation Vidéo : John Allen, assisté de Bella Lenestour
Production & Réalisation multimédia : Marc Benaïche


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