Samedi 7 juin (Mis en ligne Dimanche 8 juin à 19h GMT)
En direct de Fès [Maroc]
 
 

Gilberto Gil, triomphal
 
Madhup Mudgal
[9'31]

 
Gilberto Gil
[25'39]
  
 
Madhavi Mudgal
[3'37]

 
Gilberto Gill
[5'04]
  
 
Les musiques et les vidéos sont au format Real One Player [Téléchargement Gratuit] 
 

Rencontre de Fès :
"Nos responsabilités vis-à-vis des générations futures"

Il est presque 9 heures et déjà le jardin du palais Batha bruisse de monde. L’arbre multiséculaire qui trône au milieu du jardin semble accueillir les participants et projette une ombre rassurante sur la petite estrade qui sera bientôt transformée en lieu de débat. Pour cette première matinée des rencontres de Fès, consacrée à notre responsabilité, individuelle et collective, vis-à-vis des générations futures, l’arbre aura sans doute quelque chose à dire, tout au moins à signifier, lui dont les racines plongent dans la terre de Fès et dont les branches s’épanouissent dans son ciel depuis quelques générations.
L'expérience de l'arbre fait écho à l'intervention de Régis Debray, philosophe spécialiste de la transmission, sur l’importance du temps long. Il nous a rappelé qu’il ne fallait pas confondre la maîtrise de l’espace et la maîtrise du temps : si nous avons en quelque sorte raccourci les distances entre les différents points de la planète, rendu presque instantanés certains échanges, si le direct règne en maître sur les ondes, il nous faut toujours le même temps d’apprentissage et le temps d’écoute des Variations Goldberg reste invariable... Préserver cette humilité face au temps et à l’histoire, c’est cela pour Régis Debray, notre principale responsabilité d’hommes souvent trop modernes.

Madhavi Mudgal (Inde du Nord), Danses sacrées Odissi
Musée Batha

Si les conférences nous avait donné de quoi méditer pour la journée, orientant nos pensées en un tour particulier, nous forçant à réfléchir aux symboles et à leurs interprétations, le concert de l’après midi allait être une mise en pratique directe des palabres sages échangées au cours de la matinée. Le même jardin, le même arbre, la même petite scène, mais un tout autre spectacle. Grâce à Madhavi Mudgal, danseuse indienne de la tradition Odissi, formée par le Guru Kelucharan Mohapatra nous avons pu apprécier un mouvement fluide, qui occupe l’espace et joue avec le temps. La danse Odissi nous vient de l’état d’Orissa, elle est l’une des plus anciennes traditions de danse indienne, précédant le Baratha Natyam la forme la plus connue. Les parties purement esthétiques et les parties narratives s’enchaînent, les pliés sont maîtrisés, les mudras légers et les déhanchements particuliers sont bien marqués. La danse odissi est plus fluide que le Baratha Natyam, les mouvements s’enchaînent, jamais arrêtés ou juste une fraction de seconde. L’immobilité du corps est alors immédiatement démentie par la mobilité des visages.
Cadeau au festival et aux festivaliers en fin de représentations, le Guru Kelucharan Mohapatra, nous offre une véritable performance. La lenteur contrôlée de ses mouvements d’une précision géométrique, la maîtrise de ses équilibres reflètent une sérénité rare. Je ne sais pas ce qu’il a dit aux dieux, mais en tout cas à ce moment là le vent s’est remis à souffler doucement et les oiseaux perchés dans l’arbre ont accompagnés les musiciens.


Gilberto Gil (Brésil), Musique de la Terre et du Ciel
Bab Makina

Changement radical d’atmosphère, pour le concert du soir, Gilberto Gil, costume blanc sur peau noire, a déchargé une énergie surprenante, réveillant la place Bab El Makina aux sons mêlés de sa guitare électrique et du berimbau. Le discours officiel nous avait promis un « retour au sources » via le Candomblé et ses origines Dahoméennes et Nigérianes. Mais Gilberto Gil a démenti dès ses premiers accords : électriques. Ce soir si le Candomblé est au programme, ce ne sera pas pour une démonstration de muséification musicale, mais pour une interprétation vivante et contextualisée. Un moment « gracieux », nous prévient Gilberto Gil avec ce sens du mot juste de ceux qui maîtrisent une langue, mais pas encore ses conventions.
Durant toute la soirée, il enchaîne les morceaux énergiques entrecoupés de ballades aussi douces que des berceuses, opérant même parfois un retour vers la bossa nova juste accompagné de sa batterie. Puisant dans les traditions nordestines, il les dévore sur le mode anthropophagique. Louant les saints, chantant les fêtes, il élargit son approche du sacré invoquant le Yi King (le livre des mutations chinois), la mystique rastafari et les animismes africains. Il esquisse des pas de danse comme un vrai fils de Bahia et n'hésite pas à descendre de la scène pour faire se lever la foule et la transformer un instant en percussion supplémentaire !
Avec lui les musiques sacrées sont quotidiennes, populaires, vivantes, naturelles et profondes.


Emilie da Lage

> retrouvez l'édition 2002  du festival

L'Equipe de Mondomix en direct de Fès [Maroc]:
Direction Editoriale, Photos & Interviews : Benjamin MiNiMuM
Textes & Interviews : Emilie Da Lage
Réalisation Vidéo : John Allen, assisté de Bella Lenestour
Production & Réalisation multimédia : Marc Benaïche


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