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Rencontre de Fès : "Nos
responsabilités vis-à-vis des générations futures"
Il est presque 9 heures et déjà le jardin du palais Batha bruisse
de monde. L’arbre multiséculaire qui trône au milieu du jardin
semble accueillir les participants et projette une ombre rassurante sur la petite
estrade qui sera bientôt transformée en lieu de débat. Pour
cette première matinée des rencontres de Fès, consacrée
à notre responsabilité, individuelle et collective, vis-à-vis
des générations futures, l’arbre aura sans doute quelque chose
à dire, tout au moins à signifier, lui dont les racines plongent
dans la terre de Fès et dont les branches s’épanouissent dans
son ciel depuis quelques générations. L'expérience de
l'arbre fait écho à l'intervention de Régis Debray, philosophe
spécialiste de la transmission, sur l’importance du temps long. Il
nous a rappelé qu’il ne fallait pas confondre la maîtrise de
l’espace et la maîtrise du temps : si nous avons en quelque sorte
raccourci les distances entre les différents points de la planète,
rendu presque instantanés certains échanges, si le direct règne
en maître sur les ondes, il nous faut toujours le même temps d’apprentissage
et le temps d’écoute des Variations Goldberg reste invariable...
Préserver cette humilité face au temps et à l’histoire,
c’est cela pour Régis Debray, notre principale responsabilité
d’hommes souvent trop modernes. Madhavi
Mudgal (Inde du Nord), Danses sacrées Odissi Musée
Batha Si les conférences nous avait donné de quoi
méditer pour la journée, orientant nos pensées en un tour
particulier, nous forçant à réfléchir aux symboles
et à leurs interprétations, le concert de l’après midi
allait être une mise en pratique directe des palabres sages échangées
au cours de la matinée. Le même jardin, le même arbre, la même
petite scène, mais un tout autre spectacle. Grâce à Madhavi
Mudgal, danseuse indienne de la tradition Odissi, formée par le Guru Kelucharan
Mohapatra nous avons pu apprécier un mouvement fluide, qui occupe l’espace
et joue avec le temps. La danse Odissi nous vient de l’état d’Orissa,
elle est l’une des plus anciennes traditions de danse indienne, précédant
le Baratha Natyam la forme la plus connue. Les parties purement esthétiques
et les parties narratives s’enchaînent, les pliés sont maîtrisés,
les mudras légers et les déhanchements particuliers sont bien marqués.
La danse odissi est plus fluide que le Baratha Natyam, les mouvements s’enchaînent,
jamais arrêtés ou juste une fraction de seconde. L’immobilité
du corps est alors immédiatement démentie par la mobilité
des visages. Cadeau au festival et aux festivaliers en fin de représentations,
le Guru Kelucharan Mohapatra, nous offre une véritable performance. La
lenteur contrôlée de ses mouvements d’une précision
géométrique, la maîtrise de ses équilibres reflètent
une sérénité rare. Je ne sais pas ce qu’il a dit aux
dieux, mais en tout cas à ce moment là le vent s’est remis
à souffler doucement et les oiseaux perchés dans l’arbre ont
accompagnés les musiciens. Gilberto
Gil (Brésil), Musique de la Terre et du Ciel Bab
Makina Changement radical d’atmosphère, pour le concert
du soir, Gilberto Gil, costume blanc sur peau noire, a déchargé
une énergie surprenante, réveillant la place Bab El Makina aux sons
mêlés de sa guitare électrique et du berimbau. Le discours
officiel nous avait promis un « retour au sources » via le Candomblé
et ses origines Dahoméennes et Nigérianes. Mais Gilberto Gil a démenti
dès ses premiers accords : électriques. Ce soir si le Candomblé
est au programme, ce ne sera pas pour une démonstration de muséification
musicale, mais pour une interprétation vivante et contextualisée.
Un moment « gracieux », nous prévient Gilberto Gil avec ce
sens du mot juste de ceux qui maîtrisent une langue, mais pas encore ses
conventions. Durant toute la soirée, il enchaîne les morceaux
énergiques entrecoupés de ballades aussi douces que des berceuses,
opérant même parfois un retour vers la bossa nova juste accompagné
de sa batterie. Puisant dans les traditions nordestines, il les dévore
sur le mode anthropophagique. Louant les saints, chantant les fêtes, il
élargit son approche du sacré invoquant le Yi King (le livre des
mutations chinois), la mystique rastafari et les animismes africains. Il esquisse
des pas de danse comme un vrai fils de Bahia et n'hésite pas à descendre
de la scène pour faire se lever la foule et la transformer un instant en
percussion supplémentaire ! Avec lui les musiques sacrées sont
quotidiennes, populaires, vivantes, naturelles et profondes. Emilie
da Lage >
retrouvez l'édition 2002 du festival
L'Equipe de Mondomix en direct de Fès [Maroc]:
Direction Editoriale, Photos & Interviews : Benjamin
MiNiMuM Textes & Interviews : Emilie Da Lage Réalisation Vidéo
: John Allen, assisté de Bella Lenestour Production & Réalisation
multimédia : Marc Benaïche
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