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La nostalgie baignant les chants
tchétchènes de l'Ensemble Aznach est en harmonie avec le
léger vague à l'âme qui s'empare de nos pensées
en ce dernier après-midi musical dans les jardins du Musée
Batha. Aznach, qui veut dire "voix", regroupe pour ce concert
cinq femmes, chanteuses et instrumentistes, épaulées par
un homme, qui accompagne certaines chansons à la guitare ou au
tambour. Etrangement, certaines polyphonies vocales de ces femmes tchétchènes
ont des accents balkaniques, bien qu'assez éloignés de la
sophistication des churs bulgares. D'autres sonnent plus nettement
caucasiennes s'approchant des chorales de Géorgie. Tout au long
du concert, on perçoit l'âpre force du sentiment de résistance
qui s'exprime à travers le répertoire d'Aznach. "Tchourt
sanna" ("Comme une stèle je me dresse") est la prière
d'un déporté qui sait qu'il ne reverra plus sa terre natale,
rappelant les terribles années staliniennes. "Stiglara"
("Au ciel une étoile s'est éteinte") est un chant
en l'honneur d'un défunt évoquant la brièveté
de la vie. Mais c'est l'hymne tchétchène, "Nokhtchiin
gimn", donné pour clore le concert, qui en constitue le moment
le plus fort. En voici quelques paroles :
Ce qui de loin pourrait paraître une aimable fanfare - quatre trombones, un tuba, un hélicon, et une section rythmique constituée de deux tambourins, l'un avec peau, l'autre sans, d'une caisse claire, d'une paire de cymbales et d'un kit grosse caisse + cymbale - va s'avérer bien vite une incroyable machine à bouger. Lord ô lord ! Ce Révérend Elder Babb, qui dirige l'orchestre à grands coups de trombone à coulisse, est vraiment habité d'une force de conviction sans pareille. Crâne luisant et petite moustache blanche du plus bel effet sur sa peau d'ébène, il avise le public sagement installé sur des chaises, dodelinant le la tête au rythme entraînant de son Brass band. Il a parfaitement perçu sa sensibilité au balancement de la soul américaine et le régale de quelques soli bien frappés. Chacun se dit que ce gars-là pourrait se mesurer aux meilleurs jazzmen, mais nul n'imagine encore ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux ébahis. Ce Fils du Tonnerre en chef, Elder Babb himself, vient de plonger à même la foule, la coulisse brandie, s'époumonant dans l'embouchure, joues gonflées, arpentant les allées. Miracle du gospel ! Voilà qu'il fait lever l'ensemble du parterre. Les yeux écarquillés, un sourire fendu jusqu'aux oreilles, tout ce public fasi, certes bien musulman, bat des mains en cadence. O Lord ! Tire de sa poche un mouchoir et l'agite dans l'air, "and put their hand in the air, and move it like they just don't care" Elder Babb fonce maintenant sur un jeune marocain au jeans en accordéon, qui danse avec le fou rire. Et il joue, joue, joue pour lui ! Tout le monde est debout, danse et tape dans ses mains. Babb remonte sur scène et porte l'estocade, entonnant les gospels les plus universels de sa belle voix un peu voilée, toujours porté par son brass band de choc. Personne ne pense à se rasseoir et c'est la fête au cur que les gens se dispersent à la fin de spectacle. A six heures du matin dans l'avion qui attend les derniers passagers sur le tarmac du petit aéroport, une salve d'applaudissement accueille l'arrivée d'Elder Babb, sous les cris de : " Happy day ! O Happy day ! " Un beau jour qui commence et nous arrache à Fès François Bensignor |
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