Monter un festival sur les rencontres des musiques ethniques et électroniques c'est un peu vouloir dresser un constat sur l'état le plus actuel du métissage. Existe t-il des barrières infranchissables entre tradition et technologie ? Cette dernière est-elle uniquement accessible au seul monde occidental ou au contraire permet-elle un rapprochement et une meilleure compréhension entre le Nord, le Sud, l'Est et l'Ouest du globe ? L'électronique permet-elle de tracer un trait d'union entre le passé et le futur? Voici les questions que le festival Etnotek devrait soulever durant deux semaines.

Vendredi 13 octobre
C'est en douceur et en banlieue que démarre la première édition de cette manifestation. Vendredi soir la salle des Fêtes Jean Vilar d'Argenteuil accueille un concert en deux parties. La communauté berbère des environs n'a pas raté le rendez-vous. S'ils ont découvert les premiers pas publics de l'enfant du pays, le groupe argenteuillois kabyle Aryles, ils étaient surtout là pour se rassembler autour de celui qui depuis des années symbolise leur identité: Idir.

Les premiers pas, c'est prévisible, ne se font pas sans hésitations. Sur scène Aryles chante l'enfance, la famille et la communauté avec sincérité mais maladresse. Le groupe derrière lui n'est pas très en place et n'évite que rarement les clichés d'une fusion berbero-funk qui manque de finesse et de maturité. Mais ce qui est vert est appelé à mûrir.

Idir est fidèle à lui-même, son authenticité est sa force. La reconnaissance médiatique de ces derniers mois n'a absolument pas entamé sa simplicité, mais la multiplication des concerts consécutifs a renforcé la cohésion et l'aisance de son groupe. La partie acoustique des arrangements remplit son rôle, elle souligne et porte les mélodies du chanteur. Ce qui est beaucoup plus discutable en revanche, c'est l'utilisation ici faite du synthétiseur. Quand il est là en palliatif d'autres instruments, en usant pour ce faire des 2 ou 3 même sons d'usine que les autres orchestres dépourvus de moyens ou d'imagination, le synthé n'est plus qu'une vulgaire machine. Les instruments électroniques proposent des blocs de matière sonores que le musicien doit sculpter et s'approprier. C'est ce qu'a bien compris Frédéric Galliano, l'unique invité d'Idir ce soir et le parrain non-officiel du festival. Avec lui sampleurs et boîtes à rythmes deviennent des boîtes à malices qui s'ouvrent vers le monde. Avec la chanteuse guinéenne Hadja Kouyaté et le joueur de kora sénégalais Diourou Sissoko, ils proposent une autre aventure au poète kabyle. Une musique où les différences géographiques et générationnelles s'estompent au profit d'une proposition ouverte.

Le temps d'un seul morceau " Délit d'opinion ", car le public habituel d'Idir n'est sans doute pas prêt pour poursuivre plus longtemps sans balises. Il attend les hymnes et les invitations à la danse que ne manque pas de leur faire le chanteur. Le concert se termine comme une fête de village ou les drapeaux kabyles volent des danseurs aux musiciens.

Samedi 14 octobre
Depuis les concerts de l'an passé Mukta a gagné en cohésion. Mais les différents ingrédients qui agrémentent leur jazz un tantinet conventionnel se croisent sans jamais vraiment se rencontrer. Le sitar, les rythmes drum'n bass du dj ou les envolées latino du percussionniste ne quittent guère leur rôle d'ornements. Le mélange semble plus réfléchi que senti et au final leur musique reste plus distrayante que passionnante.

Sur un pari un peu similaire les Lyonnais Meï Teï Shô s'en sortent avec beaucoup plus d'enthousiasme. Dès les premiers morceaux le chanteur nous averti que le groupe est là pour la paix et leur concert ressemble à un combat dans la jungle. Flirtant avec l'Afro Beat, le funk et le free jazz, leur son est compact et fougueux, la rythmique trace des pistes nerveuses a travers un entrelacs foisonnant de guitares, de samples ethniques et de cuivres en liberté. Sur le devant de la scène Jean, le chanteur sénégalais, psalmodie, déclame, crie et chante tout en louvoyant à travers les sons tel un félin urbain évitant des coups imaginaires. Leur musique militante peut agir comme une thérapie dont on sort courbaturé mais réconcilié avec l'idée que la musique peut avoir d'autres fonctions que de tuer l'ennui.

Retour vers la capitale, plus exactement au Divan du Monde où Etnotek a incorporé à sa programmation une soirée New Bled Vibrations qui depuis plusieurs années présente le nouveau son du Maghreb. Les djs habituels sont présents Dj Awal, Dj Ali et Dj Soundar déploient leur mixs arabo techno, arabo hip hop et indian break beats.

Mardi 17 octobre

Plus Show case que concert la prestation de Joi au MCM Café, n'en fut pas moins un grand moment. Avec près d'une heure de retard sur l'horaire annoncé, Farook Shamsher et deux musiciens montent sur scène. Derrière ses machines, Farook crie le nom du groupe et lance le coup d'envoi. Le ton est vite donné, ce soir l'énergie prime. Alors que les bpms défilent à vive allure le percussionniste les rattrapent agilement en développant des rythmiques complémentaires sur ses congas, sa derbouka ou son bendir. Le guitariste, à l'aide d'une douze cordes ou d'un oud électrique, conduit accords et notes à travers des paysages denses et des cieux orageux. Entre deux réglages de séquences Farook exécute une danse à mi-chemin entre Kung-Fu et rituel bouddhiste. De temps en temps une chanteuse indienne vient les rejoindre, avec son costume argenté on l'imaginerait bien figurer dans un mélo indien disco, mais son chant puissant et lyrique n'a rien de kitsch, il ajoute une note spirituelle à une musique déjà proche de la transe. Une petite heure durant, Joi alterne anciens et nouveaux morceaux en mettant l'accent sur leurs pouvoirs hypnotiques et vivifiants. Et avec eux, on comprend que les rencontres ethno-électro ont dépassé l'ère des préliminaires balbutiants, nous proposant une nouvelle palette de langages.

Benjamin MiNiMuM et Magali Bergès
Photos : Pamela Jousselin, Antoine Fournier, Benjamin MiNiMuM et Magali Bergès.

 
Aryles, groupe entre Kabylie et Argenteuil, entre tradition et soul/funk/rock.

 
Idir dans la lumière, Fred Galliano en retrait qui orchestre le mix entre musiques berbère, africaine et électronique.
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Mukta en pleine envolée World-Jazz.
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Meï Teï Shô dans une luxuriante jungle urbaine.
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Larbi Dida et ses potes font la fête au Divan du Monde.
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Entre dance et transe, Farook Shamsher de Joi.
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