" Cucurucucu Palooooma ", dans les rues piétonnes de la ville, résonnent déjà les prémices du concert de ce soir. On sent une sorte d'excitation chez certains festivaliers. Ce jeudi est un jour particulier. Par sa position charnière dans la semaine du festival bien sûr, mais pas seulement. Un événement approche, le concert de Caetano Veloso. La direction a mis les petits plats dans les grands pour que cet épisode des Suds se passe sans anicroche. Le soir même, nul besoin d'être devin pour savoir que le Théâtre Antique va connaître une effervescence particulière. La superstar de la musique brésilienne, sa chaise et sa guitare s'installent pour une heure et demi de bonheur. Une voix exceptionnelle, un humour et une finesse qui touchent. Au sein du Théâtre Antique plus un bruit, tout le monde est assis et écoute religieusement le monstre sacré égrainer ses plus grands succès.
Plutôt dans la journée, les Guinéens des Etoiles du Mandingue avaient déjà envoûté le public avec leur musique griotte aux forts accents reggae. Ce soir les jeunes musiciens ont déposé leurs koras mais pas leur bonne humeur et se sont mêlés au public afin de découvrir le style inimitable du guitariste brésilien.

Le Théâtre vide, direction les Ateliers de nuit. Nombreux étaient les gens qui réclamaient un endroit pour pouvoir continuer la fête. Ces ateliers SNCF sont selon les habitués " le meilleur endroit pour les afters que l'on aie eu jusqu'à aujourd'hui ". Sur la grande étendue de gravier qui borde le bâtiment, des gens partout, dans des transats, autour de tables ou près du bar. De dehors les cris de Lo Cor de la Plana appellent à passer sous le porche de l'Atelier. Au fond de la bâtisse, sur la scène, les Marseillais de la plaine, lancent leurs chants occitans, leurs voix et quelques percussions corporelles déclenchent des réactions sismiques dans la foule. Les brésiliens Dj Dolores & l'Orchestra Santa Massa surgissent sous les feux rougeoyant des lampes pour enchaîner avec leur mélange de tradition nordestine et de musique électronique. Petite surprise qui vient ajouter à l'atmosphère chaude bouillante de la soirée, Caetano Veloso qui s'est déplacé pour goûter l'ambiance, monte sur scène s'amuser un peu avec ses petits camarades brésiliens.

Vendredi, voilà une journée où le joli plateau de l'après-midi sert de hors-d'œuvre afin de patienter jusqu'au plat du soir. Car Mercedes Peon n'a pas attendu la scène du Théâtre Antique pour embellir l'Apéro Dédicace de sa jolie voix, même si sa mixture de rock et de tradition galicienne y fera tout de même le plein d'énergie. L'attention se porte aujourd'hui sur la Malienne Oumou Sangaré, qui passe, elle aussi, dans ce cadre inoubliable. Tradition griotique à l'état pur, le Mali s'insinue dans toutes les têtes et dans tous les corps. On danse sur scène comme dans le public, union des sens et des idées, Oumou chante pour les femmes, leurs reconnaissances et leur respect, dans une ambiance de fête irrésistible. Ce soir l'Atelier est électrisé. Dupain s'embrase et c'est tout le public qui part avec eux aux cris de " Public, privé, grève générale ! " et de leurs chants d'ouvriers occitans.

Le dernier jour se fait la journée des Voix. Tout d'abord occitanes. Les filles de Lo Cor d'Ôc dau Tipi, choeur féminin A Cappela, font éclater leurs poumons sous le préau de l'espace Van Gogh. S'enchaîne un moment inoubliable dans la si belle acoustique de l'Eglise des Prêcheurs. La prestation d'un troubadour comme on en fait plus l'arlésien Jan-Màri Carlòtti et sa guitare nous plonge hors du temps. Puis la voix grecque d'Angélique Ionatos, artiste qui dégage poésie, gentillesse et talent fait résonner une dernière fois la Cour de l'Archevêché. Tomasito a fait le show comme une vraie pop star, même s'il fut décontenancé par la réaction du public. Devant ses yeux le Théâtre Antique se vidait des familles arlésiennes venues en masse pour assister à la rencontre de l'orchestre de leurs arènes et de la Banda Municipal de Santiago et ne goûtant pas la flamboyance de son flamenco rock. Plus tard l'organisation aura du mal à lui faire admettre qu'en dépit des apparences sa prestation fut un succès qui lui aliénera de nouveaux inconditionnels. Totonho & Os Cabra clôture les soirée de l'Atelier avec sa musique brésilienne pleine de rage et d'énergie.



 
Caetano Veloso, décontraction et bossa nova, un grand moment
 
Sam Karpienia, chanteur de Dupain, n'a pas oublié les intermittents lors de leur hypnotique prestation
 
Lo Cor d'Ôc dau Tipi, l'Occitanie en version féminine