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A l'apéro on retrouve Manu Théron avec Dan Jacobi et Jérôme Vion, Annie Ebrel et Ricardo Fra et leurs courtes prestations sont autant de promesses de bonheurs. L'après-midi Manu, le premier, nous le confirme dans la fraîcheur et la pénombre de l'église des Prêcheurs. Accompagné d'un jeune et prodigieux oudiste d'Alexandrie, Manu Théron lance vers le ciel avec autant de conviction et d'esprit, ses chants magnifiques. Qu'il y soit question de saints hommes, de grands amoureux ou de prostituées, tous nous élèvent. L'art vocal de Manu Théron atteint devant nous de vertigineux sommets. Son génie émotionnel est d'autant plus saisissant qu'il semble avoir repoussé ses limites techniques à des distances inqualifiables. Décidément ce lieu aura été porteur de moment d'exception et le festivalier, devenu fidèle, priera et prêchera tout au long de l'année afin que cette église ouvre à nouveau ses portes l'an prochain aux Suds. La programmation de la cour de l'Archevêché est toujours fidèle à ses ambitions délicates. L'union du contrebassiste romain Ricardo Fra et de la chanteuse finistérienne Annie Ebrel, n'a rien de fragile mais ne fraye avec aucune des évidences qui pourraient surgir à l'évocation d'un tel couple. Le jazz très élégant de l'italien se love autour ou au sein des chants empruntés à la tradition celte. Les cloches et les oiseaux qui se manifestent pendant leur récital sont acceptés comme des invités et ils reprochent juste au bip de mon appareil photo de ne pas être accordé avec la contrebasse. Plus tard j'allais m'en excuser et leur promettre que la prochaine fois j'irai dès les balances m'accorder avec eux. Cette parenthèse refermée, leur musique verte et azur se fait aussi familière et caressante ici, dans la cour de l'Archevêché, qu'elle le serait dans les landes bretonnes ou au centre du Colisée. Aux martèlements pédestres et aux chants aux goûts salins d'Annie Ebrel, les cordes profondes, inventives et aériennes, de Ricardo Fra répondent avec tendresse et passion. Ensuite place au grand spectacle. Samedi
20 juillet Il faudra du temps avant de pouvoir passer à autre chose et ce n'est qu'en fin d'après-midi que l'on distinguera une nouvelle émotion. Pour leur dernière émission, les Fatche d'Eux reçoivent Jan Mari Carlotti qui, par sa présence, pérennise la légitimité troubadouresque des deux trublions arlésiens. Il est venu avec sa guitare et à nouveau décline une splendide démonstration poétique. Après l'émission, pendant une interview avec Alain et Jean-François, Jan Mari Carlotti s'amusera à prendre le rôle du manager approximatif. C'est aussi une facette importante de ce festival tourné vers le monde que d'offrir aux talents locaux une occasion de rencontrer les professionnels hexagonaux. La cour de l'Archevêché est bondée, gitans de toute la région, personnalités artistiques et culturelles locales ou festivaliers, personne ne voulait manquer le concert du poète guitariste et cantaor Manuel Molina. Autrefois avec Lole, son épouse, ils formaient le couple le plus célèbre du flamenco. Lole y Manuel incarnait la fougue et l'amour mieux que quiconque. Aujourd'hui Manuel se produit seul avec sa guitare et la flamme qui le ronge est incandescente mais semble douloureuse. De cette douleur qui donne tout son sens au flamenco et résume la vie vue par les yeux passionnés de ce peuple qui ne sait ce que vivre à moitié veut dire. Sa concentration est totale et il a refusé que l'on tente de capter l'indicible à l'aide de micros ou de caméras. Les aficionados frémissent, le regard des amateurs se brouille et le cur des curieux est projeté dans une nébuleuse de sensations inédites. Cet homme seul qui s'adresse autant au ciel qu'à ces contemporains de chair et de sang délivre bien plus qu'un simple concert. Il effectue une mise à nu de son âme incorruptible. L'ultime soirée du théâtre antique est entièrement hispanophone, Cuba d'abord avec les pétillantes et septuagénaires soeurs Faez de Casa de la Trova. Tant qu'il y a du rhum dans leurs verres et que les musiciens jouent pour elles, Candida et Floricella sont infatigables. Ces musiciens qui les accompagnent, elles les connaissent bien puisqu'ils sont dirigés par leur neveu et que depuis toujours les deux surs, qui ne voulaient empêtrer leurs doigts dans des cordes de guitare, ont toujours poussé les jeunes enfants de leur entourage à apprendre les vertus magiques de cet instrument indissociable de la musique dont elles sont pétries. La trova, ce rythme joyeux qu'elles fréquentent depuis leurs plus tendres années, recèle des secrets d'éternité et c'est un vrai bain de jouvence dans lequel elles nous immergent pendant la durée de leur spectacle. Ragaillardis, les espagnos qui leur succèdent le sont aussi, emmenés par Diego Carasco, qui l'an passé fit l'événement sur cette même scène, musiciens et vieilles gitanes sont venus de Jerez le berceau du flamenco contemporain. Ce que nous présenteLas viejas Gitanas de Jerez est joyeux et vif, guitares et cajon dressent un chemin sûr où les trois gitanes tour à tour démontrent leur ferveur inaltérée. Leurs robes à volants embrasent nos yeux et le martèlement saccadé de leurs pas de danse enfoncent encore plus profondément en nous ce rythme qui, plus que tout autre, évoque les grandes étapes de la vie. L'amour et la mort s'y rejoignent avec autant de naturel que d'audace. Manuel Molina est aussi de la fête, c'est même lui que l'on honore puisque ce jour est celui de sa naissance, un gâteau en témoigne, et la parfaite pertinence dont il fait ici encore preuve ne peut découler que d'un artiste en adéquation totale avec son environnement cosmique. Son chant aussi est plus léger que quelques heures auparavant. Ce n'est pas lui qui viendra assombrir la fête. En deux concerts il nous fut offert de vivre les deux vives tonalités du Flamenco : le rire et les pleurs. Durant toute l'année le Cargo remplit à merveille
son rôle d'animateur musical. Plus qu'un simple club, c'est le centre névralgique
des nuits musicales arlésiennes. Il était naturel que ce lieu s'associe
au festival Les Suds pour proposer aux festivaliers les plus infatigables un prolongement
à leurs agapes. Ce soir, nous découvrons les nouveaux prodiges de
la musique mandingue : Ba Cissoko et sa bande. Parce qu'il est tard et
que nous sommes quand même dans un lieu de danse du vingt et unième
siècle, un dj marseillais, Yvi Slan, est monté sur scène
avec eux. Non pas que son mix soit sans intérêt, mais nous détournons
les yeux de ses platines pour comprendre d'où vient ce son incroyable qui
jaillit des instruments traditionnels, le percussionniste paraît nourri
au lithium et il nous paraît impossible que les accords funambulesques que
créent les deux koras naissent dans des doigts aussi jeunes. Sans doute
parce que sous le soleil d'Afrique le talent et la précision mûrissent
plus vite et que les Cissoko et les Kouyaté naissent avec des gènes
virtuoses. Dimanche
21 juillet Benjamin MiNiMuM |