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Edito du 15 juillet 2001
mis en ligne le 16 Juillet
2001 à 17h GMT+1
Ce matin, départ
sur des chapeaux de roue et pas d'émission : les festivaliers
partent tous vers Salin de Giraud (petite commune située à
40 km d'Arles, près de la mer). Cette année c'est Nena
Venetsanou qui donne un récital dans la petite église
de Barcarin. La petite église blanche du village camarguais
s'est vite emplie :outre les arlésiens, on croise des campagnards
(dont un couple âgé vêtu en gardian. La femme arbore
une tenue traditionnelle rose vif, du plus bel effet) ainsi que Jean-Marc
Zelwer et sa compagne Francesca Lattuada, échappés du
Festival d'Avignon où le spectacle " La Tribu Iota "
(que Francesca a mis en scène et dont Jean-Marc a assuré
la bande son) joue à guichets fermés.
Alors que Nena interprète une version enflammée des
" Montagnes Grecques " (dernière chanson du rappel),
la pluie commence à tomber. Heureusement, les organisatrices
ont tout prévu : à cause du temps incertain, cette année,
la tellinade ne sera pas servie sous les oliviers mais dans la salle
du comité des fêtes de Salin de Giraud. Moins poétique
mais plus abritée.
Seul hic : une Fanfare doit jouer pendant le repas. Et nous tremblons
à l'avance d'imaginer quand tuba et trompettes vont retentir
dans cette grande pièce. Alain Arsac (des Fatche d'Eux) ajuste
déjà ses boules quiès.
Le pastis coule à flots, la tellinade est délicieuse
et la fanfare des Kadors de Montpellier est excellente. Leur répertoire
navigue de Bretch à Joe Dassin en passant par Edith Piaf et
Nino Rota. Bon
le vin et le pastis aidant, nous nous sommes
retrouvés en train de danser debout sur les chaises avec les
Fatche et une partie de l'équipe des Suds, en hurlant sur "
Que je t'aime " de Johnny Hallyday. Ce qui est la preuve indéniable
que la Fanfare est efficace.
Et puis il faut bien avouer qu'en ce dernier jour, nous avons tous
un peu le cur serré : comme chaque année la semaine
a été forte en émotions, en fous rires, en situations
burlesques, en rencontres, en échanges humains riches, en chaleur,
en amitié et en musique. Alors il faut bien célébrer
tout ça.
Une partie de l'équipe est repartie sur Arles
depuis belle lurette : il tombe des cordes et il est fort possible
que le concert de ce soir tombe à l'eau. Mirta Gonzalez, les
Mahotellas Queens et Cheikha Rimitti doivent jouer au Théâtre
Antique à partir de 21h. Scrutant les nuages, Marie José
Justamond (directrice du festival) appelle sans relâche l'assurance,
les techniciens
L'heure limite pour se décider est fixée
à 17h. A cinq heures moins dix, le ciel commence à se
dégager sérieusement. Le concert est maintenu; la température
a chuté mais la pluie s'est arrêtée.
Nous abandonnons le Café des Sports (institution
: c'est le superbe café dans lequel se retrouvent les festivaliers
une fois le déjeuner achevé), investit par la fanfare
et les danseurs pour rentrer sur Arles pour y écouter nos magnifiques
vieilles dames.
Il y fait un froid glacial et Mirta Gonzalez monte sur scène
frigorifiée. La chanteuse cubaine est entourée d'une
formation composée de percussions, de violon et d'une guitare.
Sa musique ressemble à sa robe en dentelle blanche : d'apparence
délicate , élégante plus que sophistiquée
et qui porte le sel de la terre. Ce n'est pas du "made in Taïwan",
mais de l'étoffe solide et le côté désuet
ajoute encore du charme. Mirta Gonzalez a une vraie présence,
du charisme et lorsque son regard croise le vôtre, vous pouvez
y lire toute une vie. A la fois timide et pleine d'assurance sur scène,
elle emporte les curs dès les premiers sourires et les
premières notes. Et lorsqu'elle entonne un "Ave Maria"
bien incongru dans une concert de musique cubaine, on ressent toute
la profondeur de sa foi à travers sa voix chaude, pure et magnifique.
Lui succède la tornade Mahotella Queens. Les trois sexagénaires
sud africaines ont toujours autant la pêche. Le public arlésiens
réagit au quart de tour à leur facéties; en les
voyant trémousser des fesses un grand jeune homme éclate
de rire " Elles sont pas vraies ! ". La bonne humeur des
Mahotellas est communicative et en dépit du froid glacial,
les spectateurs dansent dans les gradins balayés par le vent.
A 23h 30, la grande Cheikha Rimitti entre en scène; et quelle
entrée en scène ! Vêtue d'une longue robe blanche,
ses cheveux noirs épars sur les épaules et retenus par
un diadème en forme de couronne, elle porte un énorme
paire de lunettes noires et brandit un bouquet de tournesols à
bout de bras tout en esquissant des pas de danse. Un drôle de
mélange entre Marlon Brando et une petite fille espiègle.
Doyenne du Raï à l'âge incertain, Cheikha Rimitti
appelle le paradoxe. C'est une jeune vierge qui chanterait le sexe
et l'alcool avec des mots crus, sans équivoque; une tenancière
de cabaret qui parlerait de fleurs, d'amours trahis et de lendemains
pâles
Cette fois ci, la diva avait encore prévenu : si elle voyait
le moindre appareil photo ou une caméra, elle quittait la scène
illico.
Dès le premier morceau, intitulé "Allô, Allô",
elle instaure une cadence extatique. Cheikha Rimitti chante l'amour
d'une voix lointaine et rocailleuse, presque monocorde. De temps à
autre elle se met à danser, de manière à la fois
économe (ne bougeant que ce qu'il faut) et torride. Une jeune
danseuse orientale dénudée vient agiter ses courbes
et ses voiles le temps de quelques chansons. Elle prend sans doute
trop de place : en deux mouvements de bassin, Cheikha Rimitti reprend
la main, hypnotisant littéralement les spectateurs. Il faut
la voir les mains sur les hanches, toiser le public d'un air vainqueur
derrière ses lunettes noires puis se mettre à danser
de façon mutine, le ventre comme secoué d'étranges
décharges électriques. Elle n'est pas sensuelle mais
totalement sexuelle. Et lorsque mystérieuse séductrice,
elle soulève furtivement ses lunettes pour adresser deux oeillades,
chaque spectateur (homme et femme) a l'impression que le clin d'il
était une invitation personnelle à venir la rejoindre,
vite et n'importe où.
Le personnage incroyable est porté par son raï complètement
moderne. Musicalement on est à mille lieux des Khaled, Mami
(qui ont pourtant bien plus de moyens mais qui sont tellement prévisibles).
Malgré son âge et son passé, Cheikha Rimitti nous
emporte bien plus loin que les mélanges électronico/main-stream
des Natacha Atlas et consorts.
A 2h 10, le manager s'avance sur scène et enlève le
micro à sa star, qui s'en sépare à regret. Fin.
Dire qu'avant le concert , la doyenne de la programmation
se plaignait d'être légèrement fatiguée
Dans les coulisses, les musiciens gémissent : " Dire qu'on
a 3 concerts la semaine prochaine. On ne va jamais tenir ! ".
Assise dans un coin, Cheikha Rimitti statique, est ailleurs, étrangère
à tout ceci et déjà repartie dans son monde.
Magali Bergès
Photos
: Magali Bergès, Camille Courau, Benjamin MiNiMuM |