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SOIRÉE
RÉUNIONNAISE
Avec Pat'Jaune - Salem Tradition - Françoise Guimbert
Samedi 30 novembre, Forum culturel du Blanc-Mesnil
Vu de l'extérieur, dans l'humidité froide et désolée
de la nuit, le Forum culturel a des allures de petit temple stalinien
de la culture, la forme monumentale de flèche brisée
plantée au beau milieu de la place qu'il borde apportant une
touche légèrement décadente à l'ensemble.
De l'intérieur, le lieu s'avère spacieux, pratique et
confortable, offrant un bel espace d'exposition. Jouant sur l'aspect
modulable de la salle, les organisateurs ont dégagé
la partie haute du gradin, laissant la partie basse descendre au pied
de la scène. Si bien que ceux qui ont envie de bouger sont
invités à danser en haut, sur l'espace dégagé
en piste derrière les spectateurs assis : une première
expérience assez peu concluante
Pourtant, nul doute que
ce rendez-vous de La Réunion allait donner des fourmis dans
les jambes.
Pat'Jaune
Si le look uniforme de Pat'Jaune - feutre brun, chemise blanche, bretelles
apparentes et pantalon anthracite - laisse une moue dubitative sur
le visage du chroniqueur, la qualité musicale de l'ensemble
plaide rapidement pour une approche moins critique. Après quelques
pantomimes verbales dans le savoureux créole des "petits
Blancs des Hauts" - ainsi que l'on appelle les petits paysans
pauvres installés sur les hauteurs de l'île - le voilà
déridé. Ce quatuor composé d'une fille et trois
garçons fait revivre le répertoire des "ti bal
lontan" (les petits bals d'autrefois) avec ses quadrilles, scottish
et autres vieux ségas. Les airs balancent aux sons du violon,
de la contrebasse, de la guitare, du banjo ou de la mandoline, rythmés
par la caisse claire. Parfois, on se croirait franchement au "fait
dodo" près d'un bayou de la Louisiane
Mais nul doute
n'est permis sur la provenance de l'ensemble, quand il entame la complainte
du chouchou, le fameux fruit qui sert à tout et qu'on adapte
en mille recettes du côté de Salazie
Salem Tradition
L'atmosphère est bien détendue quand entrent en scène
Christine Salem et son équipe. Sa voix sombre attaque a cappella
en langue arabe, façon de se démarquer du tout venant
du maloya. Nadège, en rouge, pose ses harmonies aiguës
sur le chant grave. Et bientôt les percussions entrent en force.
L'énergie de Salem Tradition commence juste à faire
vrombir le moteur. il pétillant, Nadège tourbillonne
comme un elfe solaire, arborant ses anneaux d'argent aux oreilles
et à la narine. Cambrée, la tête haute, les pieds
solidement campés au sol, Christine lance la machine, entonnant
"Kabaré". Dans ses mains, le kayamb s'ébroue
de toutes ses graines, pendant que David à l'imposante chevelure
rasta, fait mugir le "houleur" comme un taureau lancé
à pleine vitesse. Vincent qui frappe les contretemps sur ses
congas impose la dynamique de l'envol. En trois morceaux, le show
a pris son altitude de croisière. Il ne démordra pas
de ce niveau d'énergie. Les variations maintiennent en éveil
l'attention face aux modulations envoûtantes de ces voix et
tambours. Christine lance "Kadjembawé", les trois
autres reprenant en écho. Pied nus, sauvage, elle chante "Camélia",
ce " quartier qu'on appelle difficile d'où je viens "
: un moment fort ! Caressée en a cappella, la salle est reprise
dans le tourbillon de "Alizoumama" et en redemande encore
après que le souffle de "Maloki", dernier morceau
du show, s'est calmé.
Françoise Guimbert
Après la pause, Françoise Guimbert a du mal à
venir nous cueillir là où nous ont laissé les
Salem Tradition
Son style aux allures de séga des années
70 paraît un peu daté. On sent pourtant la personnalité
de la chanteuse : quelqu'un qui a vécu au plus fort du courant
maloya revendicatif et qui fut la première femme à s'illustrer
en vedette à travers cette musique. Mais on ne peut faire abstraction
de la distance qui la sépare des jeunes musiciens l'accompagnant
aux instruments électriques : guitare, basse, clavier. Seule
sa choriste, belle femme au format imposant et au sourire convaincant,
semble en phase avec la chanteuse. Toutefois, plus le spectacle avance,
plus on s'attache au personnage. Elle semble avoir tant de choses
à dire, de ces choses de la vie qui tracent souvent les destins
légèrement cabossés, comme le sien semble l'être.
Il nous manque seulement la connaissance du créole réunionnais
pour goûter toute la saveur de ses chansons. Peut-être
un petit stage prolongé en terre réunionnaise pourrait-il
faire l'affaire
François Bensignor
Images : Sophie Bachelier
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| Jean Didier Waro et ses stagiaires du
Blanc-Mesnil |
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| Pat'jaune |
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| Salem Tradition |
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| Emmené par Christine Salem |
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| Françoise Guimbert |
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